Publicité
Rapport «Export Insights 2025» de la MCCI
Maurice en pleine évolution exportatrice
Par
Partager cet article
Rapport «Export Insights 2025» de la MCCI
Maurice en pleine évolution exportatrice
Rooma Pillay Narrainen et Drishtysingh Ramdenee, «Head of Advocacy» et secrétaire général de la MCCI respectivement.
Le pays connaît une transformation notable de son modèle d’exportation. Si les biens jouent toujours un rôle important, les services entraînent la croissance et redéfinissent la structure des échanges. Cette dynamique est confirmée par le rapport «Export Insights 2025» de la Mauritius Chamber of Commerce and Industry (MCCI), présenté le 14 janvier, qui dresse un état des lieux et identifie les leviers stratégiques pour accompagner cette évolution.
La progression des services vient compléter et diversifier l’offre mauricienne à l’international. Les exportations de biens se maintiennent autour de Rs 81 milliards, tandis que les services explosent avec 74% des exportations sur les quatre dernières années ; cela confirme un virage vers une économie davantage portée par des activités à forte valeur ajoutée. Le secrétaire général de la MCCI, Drishtysingh Ramdenee, explique que le rapport Export Insights 2025 démontre une restructuration radicale de notre modèle d’exportation. «L’analyse va au-delà des chiffres : elle identifie les opportunités stratégiques, les marchés à fort potentiel et les secteurs où Maurice doit concentrer ses efforts pour maximiser ses exportations. Le document propose également un cadre d’action concret pour moderniser notre écosystème d’exportation et capitaliser sur les accords commerciaux existants.»
La Head of Advocacy à la MCCI, Rooma Pillay Narrainen, attire, elle, l’attention sur le potentiel du marché africain. «L’Afrique représente déjà 28 % de nos exportations, mais le potentiel reste largement inexploité pour les biens et services. Nos secteurs émergents affichent des croissances significatives. Il nous faut maintenant consolider l’environnement qui leur permettra de s’amplifier : accès facilité à l’information sur les marchés, accompagnement ciblé des exportateurs, modernisation des processus et exploitation stratégique de nos accords commerciaux. La diversification est une nécessité opérationnelle.»
Les services
La montée en puissance des services s’inscrit dans un contexte global où la performance des biens est confrontée à un déséquilibre commercial. En 2024, les importations de biens – produits pétroliers, machines et équipements, produits alimentaires, véhicules et biens de consommation – atteignent Rs 318milliards contre Rs 81milliards d’exportations. L’exportation de services, qui connaît une croissance soutenue depuis les quatre dernières années, est devenue le principal moteur du commerce extérieur, et constitue 76% des exportations totales de biens et services en 2024.
Cette dynamique s’inscrit dans un contexte mondial où les importations de services ont progressé de 5 000 milliards de dollars en 2015 à 8 000 milliards de dollars en 2024. Maurice exporte une large gamme de services. Parmi les principaux secteurs, les services financiers totalisent Rs 125 milliards, dont 77% proviennent des Global Business Companies, 14% des services financiers indirectement mesurés et 9% d’autres services financiers. Les autres services aux entreprises – dominés par le conseil professionnel et en gestion – atteignent Rs 109 milliards (87% du total), les services techniques et commerciaux 13%, et la recherche et développement 0,06%. Les technologies de l’information et de la communication s’élèvent à Rs 7,9 milliards, avec les services informatiques à 64,9%, les télécommunications à 35% et les services d’information à 0,1%.
Le rapport met en exergue d’importantes opportunités sur le marché africain, où la demande dépasse largement l’offre. Maurice exporte 3,29 milliards de dollars de services de conseil professionnel et en gestion aux entreprises, alors que l’Afrique – Ghana, Égypte, Nigeria et Namibie – en importe plus de 45milliards de dollars. Les services techniques et commerciaux, fortement demandés en Afrique, restent peu exploités avec des écarts importants dans les assurances et pensions, où Maurice n’exporte que 5millions de dollars contre 11,7milliards de dollars importés; dans les services financiers et les technologies numériques, la demande africaine reste largement supérieure aux exportations. Toutes ces données montrent que Maurice dispose d’une importante marge de progression pour renforcer sa position comme fournisseur de services au continent africain, en s’appuyant sur son expertise, sa connectivité et sa réputation d’acteur fiable.
Les biens
Outre la montée en puissance des services, les biens restent un pilier de l’exportation. En 2024, leur exportation atteint Rs 81 milliards, dont Rs 61 milliards de production locale et Rs 20 milliards de réexportation. 66 % de ces exportations étaient concentrées dans cinq secteurs clés : textile et habillement (Rs 20 milliards), poissons et produits de la mer (Rs 16,8 milliards), sucre de canne (Rs 10,2 milliards), bijouterie (Rs 3,4 milliards) et dispositifs médicaux (Rs 2,2 milliards).
L’Europe reste le principal marché des exportations (47%) tandis que l’Afrique est passée de 19% en 2015 à 28% aujourd’hui. L’Asie capte 14% des ventes et les États-Unis 10%. Le textile reflète bien ces tendances : les vêtements finis atteignent Rs 13,4 milliards, tandis que les tissus grimpant à Rs 4,2 milliards, sont exportés vers Madagascar et l’Afrique du Sud. Cette dernière devient le premier marché du textile mauricien, absorbant 47% du secteur. Maurice est le cinquième fournisseur de vêtements et deuxième de tissus sur le marché sud-africain, avec 23% d’importations, Madagascar complétant le tableau avec 18%, surtout de tissus.
Le sucre mauricien connaît une redistribution notable de ses marchés. En 2024, les exportations s’élèvent à Rs 10,2 milliards, avec le Kenya en tête à Rs 2 milliards (19%), suivi de Madagascar (16%), du Royaume-Uni (12%), de l’Espagne (9%) et de la France (8%). Par ailleurs, la pêche affiche Rs 16,8 milliards d’exportations – thon préparé et conservé (Rs 12 milliards) et poisson congelé (Rs 4,9 milliards) – vers l’Espagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et l’Italie. Les produits dérivés se développent avec les huiles de poisson (Rs 359 millions), et les farines et granulés de poisson (Rs 523 millions).
Les nouveaux secteurs contribuent à 29% des exportations. L’alcool éthylique industriel, l’alimentation animale, les emballages en plastique, les pâtes alimentaires et les boissons alcoolisées diversifient l’offre mauricienne. Les dispositifs médicaux illustrent cette dynamique avec Rs 2,2 milliards d’exportations, dont Rs 1,3 milliard (61%) vers la France. L’Union européenne reste notre principal partenaire – 36% des exportations grâce à l’Accord de partenariat économique intérimaire avec un accès sans droits de douane ni quotas. Parallèlement, les échanges avec l’Inde et la Chine offrent de nouvelles opportunités pour diversifier les marchés.
Trois priorités stratégiques
Pour renforcer les exportations, trois priorités stratégiques ont été identifiées. Le premier consiste à redéfinir les secteurs prioritaires, en mettant l’accent sur les services à forte valeur ajoutée et en diversifiant les offres, tout en consolidant les biens qui montrent un réel potentiel de croissance. Le deuxième axe vise à développer des stratégies sectorielles sur mesure, capables de répondre aux besoins propres à chaque filière, d’accroître la capacité de production et de privilégier les opportunités régionales, comme l’African Continental Free Trade Area, la zone de libre-échange continentale africaine, et les préférences tarifaires de la Southern African Development Community et le Common Market for Eastern and Southern Africa. Entre 2015 et 2024, les exportations africaines sont passées de 19% à 28%. Aujourd’hui, 98% des échanges vers le continent sont exonérés de droits avec l’Afrique du Sud, Madagascar et le Kenya représentant 88% de ces flux.
La troisième priorité concerne la création d’un environnement favorable aux exportations avec un cadre coordonné pour lever les obstacles transversaux – réglementaires ou liés à la maind’œuvre –, tout en favorisant un écosystème d’exportation moderne intégrant digitalisation, automatisation et intelligence artificielle, afin de soutenir une croissance durable des biens et services à forte valeur ajoutée.
Défis et limites
Malgré leur dynamisme, les services d’exportation font face à plusieurs défis majeurs. L’absence d’une stratégie nationale complique la coordination entre ministères, agences et autres parties prenantes, et empêche l’identification de secteurs à plus fort potentiel. L’approche reste fragmentée sans réelle coordination entre les organismes de promotion et de soutien à l’étranger ; l’accompagnement limité des entreprises pour la promotion et la facilitation de l’export freine leur capacité à trouver de nouveaux marchés. Enfin, les données nationales limitées rendent difficile l’évaluation des services à l’exportation, et des tendances par secteur et par marché pour orienter les politiques publiques.
Plusieurs défis freinent le potentiel d’exportation des biens. La base de produits exportés reste étroite, avec une concentration sur un nombre limité de secteurs et d’offres. La diversification des marchés demeure restreinte, les cinq principaux marchés – Afrique du Sud, Madagascar, États-Unis, France et Royaume-Uni – concentrant la moitié des exportations depuis une décennie. Quelques marchés émergents – Espagne, Pays-Bas, Réunion et Kenya – commencent à offrir de nouvelles opportunités, mais leur contribution reste limitée.
Publicité
Publicité
Les plus récents