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Oceans Campaign Lead, Greenpeace Africa

Aliou Ba: «Greenpeace Africa qui s’installe à Maurice, c’est pour dire que l’on vous a à l’œil»

15 janvier 2026, 18:00

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Aliou Ba: «Greenpeace Africa qui s’installe à Maurice, c’est pour dire que l’on vous a à l’œil»

© Tony Fine

Greenpeace Africa est officiellement installée à Maurice. La cérémonie a eu lieu hier, dans le cadre de l’entrée en vigueur du traité des Nations unies sur la haute mer, le 17 janvier.

? Pourquoi est-ce que Greenpeace Africa, qui est déjà implanté en Afrique du Sud, au Cameroun, au Kénya, en République Démocratique du Congo et au Sénégal, vient s’installer à Maurice? Fautil y voir un signal d’alarme ?

Oui, on peut le prendre comme un signal d’alarme. Maurice est agressé de toutes parts par des menaces qui viennent de l’océan. Comme nous faisons une campagne pour la protection des océans, l’île Maurice est une zone très importante pour Greenpeace. C’est aussi une porte sur l’océan Indien.

? Océan où se trouve l’un des plus grands herbiers marins de la planète, Saya de Malha. Même s’il est cogéré par Maurice et les Seychelles, des enquêtes, comme celle d’«Outlaw Ocean Project» en 2024, montrent que c’est un territoire difficile à protéger. Est-ce là qu’intervient Greenpeace Africa ?

Exactement. Cette zone très vulnérable, qui est vraiment importante pour la biodiversité, n’est pas du tout protégée. C’est un risque non seulement pour l’environnement marin, mais aussi pour les communautés qui vivent des ressources des océans. C’est en partie pourquoi on est là.

? En 2018, cette zone a été ouverte à l’exploration pétrolière et gazière. Quelle aide Greenpeace Africa peut-elle apporter à ce territoire qui fait partie du plateau continental entre Maurice et les Seychelles ?

On vient dire : on vous a à l’œil. Nous sommes là pour dire aux exploitants, que nous les surveillons partout où ils iront. Que nous n’allons pas les laisser détruire cet écosystème qui est d’une importance capitale pour la région, mais aussi pour le monde.

Les océans n’ont pas de frontières. Saya de Malha contribue pour les pays insulaires comme Maurice, les Seychelles et les autres pays, mais aussi au niveau mondial.

? Pourrait-on voir des bateaux de Greenpeace sillonner Saya de Malha face aux chalutiers illégaux ou d’autres menaces ?

Exactement.

? Peut-on s’attendre à une campagne ciblée ?

Tout à fait. Nous étions là il y a quelques années et nous serons encore là. Étant donné que maintenant, on a un bureau ici (NdlR : à Ébène), on aura beaucoup plus d’attention dessus et on amènera nos navires pour contrôler la situation. On a nos moyens de surveillance et il y aura beaucoup plus d’attention sur les écosystèmes autour de Maurice, mais aussi autour de la zone.

? Est-ce qu’un calendrier d’actions est déjà établi ?

Il faudrait mettre en place la campagne. Pour l’heure, nous sommes dans l’établissement d’un bureau. Nous essayons de collaborer de plus en plus avec les États sur tout ce qui concerne la préservation des écosystèmes. Certains pays font des efforts. L’île Maurice a déjà ratifié le traité mondial sur les océans.

? C’était le 30 mai 2024…

Il fait partie des premiers pays à ratifier…

? Il en fallait 60 pour l’entrée en vigueur du traité des Nations unies sur la haute mer, le 17 janvier prochain…

C’est vraiment un pas en avant. Ce traité nous permettra de protéger cette zone, parce qu’elle n’est pas sous la juridiction d’un seul pays.

? La cogestion entre Maurice et les Seychelles complique-t-elle la tâche ?

Oui, mais si les États veulent vraiment protéger cette zone, ils ont maintenant un instrument international pour les aider.

? Vous avez rencontré le ministère de l’Environnement le mardi 13 janvier. Quel accueil Greenpeace Africa a-t-il reçu des autorités ?

Nous avons eu de très bonnes discussions avec eux. Ils nous ont félicités et sont contents que Greenpeace soit là, pour contribuer à la protection de l’environnement en général. J’espère qu’on va s’aligner parce que c’est dans l’intérêt des populations de préserver les écosystèmes marins.

? L’ouverture du bureau de Greenpeace Africa coïncide avec l’entrée en vigueur du traité des Nations unies sur la haute mer, le 17 janvier 2026. Plusieurs voix ont déploré la difficulté d’appliquer les traités. Qu’est-ce qui change cette fois ?

Le fait d’avoir le traité…

? Un processus qui a mis vingt ans à se matérialiser…

Il y a eu la Convention des Nations unies de Montego Bay, qui a pu mettre en place un instrument juridique pour gérer la biodiversité dans les zones économiques exclusives. Mais ce qui avait été omis, c’est la biodiversité dans les zones qui se trouvent au-delà des zones économiques exclusives. Depuis vingt ans, on négocie pour voir comment gérer la biodiversité dans ces zones. Que les États aient pu s’asseoir, dans un monde aussi divisé, pour trouver un accord, c’était déjà très bien. Donc, l’entrée en application d’un traité comme ça, c’est un grand bond en avant. Tout va dépendre maintenant de la volonté politique des États, mais aussi de la volonté et de l’engagement des communautés.

Ce sont les communautés et les organisations de la société civile qui vont pousser les États à respecter leurs engagements. À Greenpeace, nous pourrons aider à identifier les risques et documenter ces zones pour avoir des arguments solides pour contribuer à leur préservation. Puis, pousser les États, avec les communautés, à trouver un moyen de protéger la zone.

? Même si les problèmes concernant Saya de Malha sont connus, c’est trop tôt pour dire quelle serait la première chose à faire ?

Oui, c’est trop tôt. Mais la première chose serait de planifier un ship tour dans cette zone, pour mieux documenter la situation, cela en collaboration avec les communautés, mais aussi peut-être avec les États.

L’autre aspect sur lequel nous voulons travailler, au-delà de Saya de Malha, ce sont les risques de marée noire.

? Comme ce que nous avons vu avec le naufrage du «Wakashio» en 2020 ?

Nous étions là. Nous avons beaucoup communiqué là-dessus.

? Cela fait partie des raisons ayant motivé Greenpeace Africa à venir à Maurice ?

Cela en fait partie. Nous voulons faire de sorte que ces types de menaces n’arrivent plus.

? L’enquête sur le naufrage du vraquier japonais a souligné les défaillances dans la surveillance radar des côtes mauriciennes.

Nous voudrions pousser les États à mieux surveiller leurs côtes, mais aussi faire de sorte que ce type de pollution n’arrive plus. Un troisième point sur lequel nous travaillerons, c’est la pollution plastique. Des mesures ont été prises par l’État, mais peut-être que ce n’est pas encore suffisant. Il faudrait qu’on pousse vraiment la législation, sur cette problématique.

? Il y a de vifs débats sur le transfert de souveraineté sur l’archipel des Chagos de la Grande-Bretagne à Maurice. Les Chagos comprennent une aire marine protégée et nombreux sont ceux qui ont souligné que Maurice n’a pas les moyens d’assurer la préservation de la zone. Quel regard Greenpeace jette-t-elle sur cette question ?

Une aire marine protégée va beaucoup contribuer au développement des communautés. Il y a beaucoup d’organisations, de fondations qui peuvent aider à protéger cette zone. Il y a des fonds verts qui ont été créés pour la protection de l’environnement. Donc, il n’appartiendra pas qu’au Trésor public de l’île Maurice.

? … Qui est mal en point…

La protection de ces zones contribue indirectement à l’économie, par exemple en augmentant la disponibilité de poissons pour les pêcheurs. Ça pourrait contribuer aussi au tourisme. L’île Maurice doit continuer à se battre pour récupérer cette zone, mais aussi pour mieux protéger ce type d’écosystème, parce que c’est toujours bénéfique non seulement pour l’environnement local, mais aussi au niveau international.

*** 

Greenpeace Africa pense à Maurice depuis 2017

Greenpeace Africa a entamé une étude de faisabilité pour son implantation à Maurice depuis 2017. C’est ce qu’indique Meshack Mofolo, Direct Dialogue Manager de Greenpeace South Africa. Un projet qui a connu des retards, notamment liés au Covid. «Il y a eu des appels de Maurice pour que Greenpeace s’installe ici. Cela concernait des questions de biodiversité et de dégradation des récifs coralliens. Sans oublier que Maurice est une île vulnérable aux changements climatiques».

Avant l’ouverture du bureau, il y a eu une étude en ligne sur les priorités auxquelles Greenpeace Africa devrait s’intéresser. «La question de la pollution plastique en fait partie». Une fois les questions administratives réglées, les nouveaux arrivants vont s’atteler à trouver des dons de particuliers pour financer leurs actions.

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