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La mémoire dans l’édification…
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La mémoire dans l’édification…
Différemment de l’or ou du pétrole, la mémoire est toutefois une richesse, et des plus précieuses, de tout un peuple, du plus primitif au plus développé. Et elle a été (et l’est encore) très utile dans bien des activités et réalisations relatives au progrès de ces États.
La mémoire est communément liée aux idées et aux événements. Elle s’active souvent par un éveil très personnel (selon sa nature) des idées latentes et, des fois, suite au rappel d’un sujet conçu et partagé par d’autres lors des échanges. Elle peut, des fois, jouer le rôle d’un sésame d’inspirations ou de pensées originales. Nombreux politiciens et scientifiques qui, en collationnant et combinant des idées innées et acquises, ont été initiés, grâce à la mémoire, à théoriser des concepts nouveaux, à faire certaines découvertes ou à inventer des appareils très performants dans plusieurs domaines.
Ainsi, la mémoire, étant une légère «dormeuse», le moindre choc des idées la réveille et, dans certains cas, déclenche ses moyens d’éclairer l’intelligence ou d’inventer des trucs dont on tire grand profit. Ainsi, très souvent, des circonstances ou des événements spécifiques nous donnent le recours de sonder notre mémoire et d’en tirer le meilleur. Ilsemble que la nature nous a pourvus de cette faculté avec un but très particulier : nous aider à être inquisitifs, connaissants, responsables et productifs. Mais du bon ou du mauvais usage qu’on en fait dépend notre vision, notre ambition, notre mentalité et notre essence.
En contrepartie, l’oubli me semble être un genre de passoire qui laisse s’écouler tout ce qui est indigne d’être préservé ou mémorisé pour faire de la place à des faits importants. Donc, en général, tout ce qui est retenu meuble notre mémoire et enrichit notre intelligence, suscite des réactions positives et élargit les connaissances individuelles. Et alors, que dire de ce mystère : des choses exécrables ou de mauvais souvenirs que le filtre n’a pas laissés passer ? Est-ce pour que l’on médite sur leur présence en nous, et que l’on trouve une explication rationnelle et valable afin de nous aider à nous épanouir moralement ou autrement ? «La mémoire est l’étui du savoir», disait Montaigne.
Dans le cadre du sujet que l’on traite, il existe trois sortes de mémoire : (i) individuelle, (ii) sociale-traditionnelle, (iii) collective-historique. C’est à travers la mémoire que durent une culture, un patrimoine social et une civilisation. Les aînés (griots, sorciers, troubadours, ménestrels, conteurs et sages) ont transcrit ou extériorisé la mémoire oralement, par des signes gestuels, des dessins, gravures et peintures, tantôt par l’écriture antique, tantôt par des chansons et poèmes. Puis le progrès a pris la relève : (i) l’imprimerie (livres, romans, magazines, pamphlets, journaux et chroniques) ; (ii) le cinéma (longs-métrages, films documentaires, reportages) ; (iii) la science communicative (radio, magnétophone, télévision, etc.), pour aboutir aux ordinateurs.
D’abord, on doit convenir que les ingénieurs en électronique ont sciemment saisi l’importance de la mémoire puisqu’ils ont passé – entre autres – le témoin de la transmission de la mémoire à un mécanisme formidable : l’ordinateur ou le logiciel.
Celle inventée est beaucoup plus efficace en action que celle naturelle. Elle est d’une plus vaste dimension, synchronise instantanément la pensée et la requête qu’elle traite comme une instruction, alors que la mémoire humaine flanche souvent. Naturellement, la mémoire numérique, vu son efficacité, sa rapidité et son rendement dans les usages, est devenue l’instrument fétiche des modernistes. «Il faut être absolument moderne», clamait Rimbaud. En aidant ou en dépannant de mille façons, l’ordinateur produit plus d’utilités qu’il n’en crée de lui-même puisqu’il a été programmé pour ce boulot.
Mais chez l’homme, la mémoire est d’une valeur et d’une morale intrinsèques dues à son essence et, par conséquent, à son libre arbitre (il a un choix), tandis que l’ordinateur – quoique plus pratique et plus performant selon les besoins – reste un outil. Cependant, on doit complimenter les électroniciens pour cette invention. C’est en quelque sorte un hommage déguisé rendu à la nature.
La mémoire relie le passé et le présent, qui cumulent dans une certaine mesure pour planifier l’avenir. Il faut donc protéger la mémoire pour qu’elle dure, car elle peut envoyer, au moment opportun, un mémo de circonstance relatif à un oubli, un manquement ou même une défaillance qui peut affaiblir toute initiative ou nuire à un projet. Cela a été le cas dans bien des situations de l’histoire.
Donc, il incombe à tout un chacun de préserver la mémoire (individuelle, sociale, collective) et de la transmettre autant que faire se peut. Elle façonne des liens. Bien qu’elle paraisse anodine ou soit occasionnelle, elle comporte une valeur qui élargit la pensée humaine et peut même être adaptée à la formation du caractère.
La mémoire – c’est aussi l’amour programmé d’un happy past. Alors, mémorisons ! D’abord, ténorisons les morceaux de Gigli, entonnons les chansons de Trenet, les ghazals de Rafi, de Mukesh et de T. Mahmood, qui nous avaient fait l’honneur de visites en récital. Ensuite, soyons fiers du clan Duvergé, d’A. Poupard, d’Espitalier Noël, de Marie-Josée Hervel, de P. Houbert et des autres pour leurs performances dans des pièces présentées (comédies et drames) sur les scènes du Plaza et du théâtre de Port-Louis.
Dans tous les pays du monde, pour entretenir la mémoire patrimoniale et collective, on érige des monuments, des statues ou des stèles et parfois, on organise des cérémonies religieuses ou des parades militaires pour (i) honorer ceux qui se sont donnés corps et âme à servir le pays, (ii) s’incliner devant leur exemple, et (iii) sensibiliser la population et affermir le sentiment patriotique. Dans certains États, on érige des temples pour vénérer la mémoire de ceux qui sont morts pour la patrie.
Au grand respect des croyants, le patriotisme peut être considéré comme une religion d’État. À Maurice, l’âme mauricienne s’exprime sincèrement à travers ce «nous» réuni le 12.3 de chaque année autour du quadricolore. Ainsi, la mémoire s’inscrit telle une force surnaturelle d’unification qui est manifeste dans le quotidien des Mauriciens grâce à leur attitude amicale, souriante, leur bavardage et leur collaboration, que ce soit dans les villes et les villages, dans les rues, au bureau, dans les files et les queues d’attente dans les banques, les centres commerciaux et même dans les tavernes. Ces images de notre mauricianité, de nos sentiments font honneur à notre patrie et nous devons nous en glorifier. Malgré le modernisme et la continuelle invasion des influences étrangères et des réserves traditionnelles, il n’y a pas de récession patriotique.
Ce comportement exemplaire est très visible durant les marches de protestation – parfois spectaculaires. Conscient de son parcours historique, on ne hurle pas de vociférations ni d’anathèmes contre ceux visés – comme au siècle dernier. C’est plutôt la bonne humeur, les remarques bouffonnes et le rire qui se faufilent parmi les manifestants parce que chaque participant – très religieux par rapport à l’État – est désormais habité par :
(i) la décence et le respect des autres,
(ii) son abnégation – cette noblesse intérieure,
(iii) sa mémoire – le passé historique.
Rien ne blesse l’esprit ou la personne parce que la mémoire des cultures gère sa démarche et survole ses revendications. De plus, l’enthousiasme d’atteindre l’objectif renforce cette conduite très morale et civique qui élimine les différences d’origine, unifie émotion et mémoire – la portefenêtre qui s’ouvre sur la coexistence nationale. La mémoire rend le passé présent et l’avenir le meilleur possible.
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