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Reportage

Curepipe: Une ville sous les déchets

12 janvier 2026, 08:00

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Curepipe: Une ville sous les déchets

■ Les déchets jonchent la ville lumière.

La pluie nous accueille dès notre entrée à Curepipe. Un crachin persistant, presque banal dans la ville lumière, mais qui accentue ce que beaucoup dénoncent depuis plusieurs jours sur les réseaux sociaux : des trottoirs jonchés de déchets, des sacs-poubelle éventrés, des coins de rue laissés à l’abandon. À mesure que les commentaires défilent en ligne, l’indignation grandit. Les mots sont durs, parfois accusateurs, et visent directement les autorités municipales…

C’est pour tenter d’y voir plus clair que nous avons pris la route hier. Il est 11 heures lorsque nous entamons ce reportage… À peine 20 minutes de marche suffisent. Notre galerie photos se remplit et les images parlent d’elles-mêmes. Le long des trottoirs, sur la chaussée, dans chaque zone de stationnement en bord de route, les déchets s’imposent au regard. Partout, ou presque. Il y a ce sentiment d’aberration, mêlé paradoxalement à celui d’un reportage accompli : «De belles photos dégueulasses.» L’oxymore est assumé, né d’un malaise, presque déplacé, face à une réalité qu’on préférerait ne pas documenter.

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Mais à y regarder de plus près, un détail frappe. Beaucoup de déchets ne débordent pas des poubelles (pas toutes) : ils les contournent. Dispersés autour, jetés à même le sol, comme si le dernier geste, celui de viser juste, n’avait jamais été fait. Cartons de cigarettes abandonnés à chaque mètre, mégots écrasés puis oubliés, bouteilles en plastique, emballages, cartons détrempés par la pluie… Les traces d’une consommation quotidienne devenue déchet immédiat.

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Ces images racontent autre chose qu’un simple problème de collecte, contrairement aux supplices des internautes. Elles interrogent le rapport des usagers à leur environnement, à l’espace public, à la responsabilité individuelle. Ici, les ordures ne semblent pas seulement le résultat d’un service défaillant, mais aussi celui de gestes banalisés, répétés, presque invisibles pour ceux qui les posent.

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Le maire : «90 % des ordures déjà ramassées»

«Pou enn gran lavil koumsa, bien malang, bien malprop», s’exclame une employée d’un magasin situé en face de la station du Metro Express. Cette dernière, qui fait chaque jour le trajet depuis Chemin Grenier pour venir travailler à Curepipe, confirme que la ville est sale – et que cela ne date pas d’hier. Lors de notre reportage, plusieurs passants tiennent le même discours, à l’image d’un couple âgé rencontré devant l’église Sainte-Hélène. Tous relèvent toutefois un point commun : les camions-poubelle passent régulièrement. Le problème semblerait donc se situer ailleurs.

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Chose que confirme le maire de Curepipe, Dhaneshwar Bissonauth. Selon lui, il y a bien eu une accumulation réelle de déchets après la période festive, marquée par une production plus importante d’ordures, une situation aggravée, dit-il, par la mauvaise gestion des déchets par certains habitants. «Beaucoup de gens mettent tout dans des sacs en plastique, sans trier, puis les déposent sur le chemin ou à côté des poubelles. Les chiens errants éventrent les sacs et les déchets se retrouvent éparpillés partout», explique-t-il. Face à cette situation, la municipalité affirme avoir considérablement renforcé ses moyens depuis jeudi dernier. Alors qu’un à trois camions étaient habituellement mobilisés par jour, huit à neuf camions quotidiens sont déployés afin d’accélérer le ramassage des ordures. Un effort rendu possible, précise le maire, grâce au soutien de la municipalité de Quatre-Bornes et du conseil de district de Savanne, qu’il remercie pour leur aide logistique.

Toutefois, une partie du ramassage des déchets dans la ville est assurée par une compagnie privée, dont le contrat initial est arrivé à expiration en février 2025. Ce contrat, explique le maire, a ensuite été renouvelé à trois reprises, jusqu’au 31 décembre 2025. Malgré ces extensions, la compagnie concernée n’aurait pas assuré ses services de manière adéquate jusqu’à la fin de son contrat, affirme-t-il, avançant cette défaillance comme l’une des explications de l’accumulation des ordures observée ces derniers jours. Le maire se montre également critique envers certaines publications circulant sur les réseaux sociaux. Il estime que certaines personnes agissent de mauvaise foi, partageant des images anciennes ou sorties de leur contexte. Il affirme effectuer lui-même des visites sur le terrain depuis deux jours afin de constater l’évolution de la situation.

Selon lui, environ 90 % des déchets ont déjà été ramassés et le travail se poursuit «d’arrache-pied» avec l’ensemble du personnel concerné pour rétablir la propreté dans la ville. Il lance enfin un appel aux habitants, les invitant à jeter leurs déchets de manière plus responsable et à faire preuve de civisme.

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