Publicité
Saga Mamy
Face aux risques jugés trop élevés, pas de liberté conditionnelle
Par
Partager cet article
Saga Mamy
Face aux risques jugés trop élevés, pas de liberté conditionnelle
La Bail and Remand Court (BRC) a refusé, mardi, la demande de remise en liberté sous caution de Mamy Ravatomanga, homme affaires malgache, accusé provisoirement à Maurice de money laundering et de conspiracy. Dans son ruling, la Senior District Magistrate Karuna Dwarka Davay a estimé que les risques de fuite, d’interférences avec des témoins et de manipulation de preuves demeuraient trop importants pour envisager une libération conditionnelle à ce stade.
La Cour a rappelé que l’exercice du droit à la liberté doit être mis en balance avec la nécessité de protéger l’administration de la justice et l’intérêt général, conformément aux principes dégagés par la jurisprudence mauricienne. Sans se prononcer sur la culpabilité de l’accusé, la magistrate s’est concentrée sur la nature et la solidité des éléments de preuve exposés par la Financial Crimes Commission (FCC), qu’elle estime sérieux et substantiels.
L’enquête part de l’atterrissage, aux premières heures du 12 octobre 2025, du jet privé à l’aéroport international Sir Seewoosagur Ramgoolam, transportant notamment l’ancien Premier ministre de Madagascar, Mamy Ravatomanga et plusieurs membres de sa famille, dans un contexte de bouleversement politique à Antananarivo.
Selon des renseignements de la FCC, il s’agissait d’une fuite visant à échapper à des investigations pour corruption présumée. Dès le lendemain, une enquête préliminaire a été enclenchée, sur la foi des déclarations d’un investisseur malgache et de documents émanant notamment du Parquet national financier français (PNF).
Les investigations se sont rapidement étendues au-delà des frontières mauriciennes, avec une coopération informelle impliquant les autorités françaises, le FBI et l’IACCC. Des responsables malgaches de premier plan, dont l’actuelle ministre de la Justice et un ancien ministre de l’Environnement, ont fourni des déclarations mettant en cause Ravatomanga dans plusieurs affaires présumées de corruption.
La FCC affirme avoir identifié plusieurs infractions sous-jacentes, allant de la vente illégale de cinq Boeing 777 à l’Iran en dépit de restrictions internationales, au trafic de bois de rose, en passant par des irrégularités liées à l’exportation de litchis et à l’importation de blé, sur fond de soupçons de trafic d’influence.
Sur le plan financier, l’enquête a mis au jour quelque 15 000 transactions bancaires réparties sur 105 comptes, reliant l’homme d’affaires et des entités dont il serait l’ultime bénéficiaire à des flux jugés suspects.
La Cour a également tenu compte du fait que Ravatomanga ne possède aucun bien immobilier à Maurice, détient des comptes bancaires dans plusieurs juridictions, voyage avec des passeports malgache et diplomatique, et est l’ultime bénéficiaire d’une compagnie aérienne disposant de plusieurs jets privés. Autant d’éléments qui, selon la magistrate, renforcent le risque réel et plausible de fuite, surtout à mesure que l’enquête progresse et que la perspective d’une poursuite se précise.
La question des interférences a aussi pesé lourd dans la décision. La Cour a relevé l’existence d’une rencontre entre Ravatomanga et l’ancien commissaire de la FCC, ainsi que des éléments extraits de téléphones portables suggérant des tentatives pour influencer le cours de l’enquête ou faire disparaître des preuves. Le chef d’accusation de conspiracy, lié à une tentative présumée d’obtenir des informations sur une enquête en cours, a été considéré comme révélateur d’une menace concrète à l’intégrité du processus judiciaire, d’autant que plusieurs témoins clés doivent encore être entendus et que des documents sont toujours attendus dans le cadre de l’entraide judiciaire.
Après avoir examiné les conditions de libération proposées, dont une résidence fixe chez sa fille, des obligations de pointage et des garanties financières, la Cour a jugé qu’aucune ne permettait de réduire les risques à un niveau acceptable. La demande de remise en liberté sous caution a donc été rejetée, la magistrate concluant que, pour l’heure, la nécessité de maintenir l’accusé en détention l’emporte sur son droit à la liberté.
La Cour a toutefois rappelé que la détention préventive doit demeurer exceptionnelle et a exhorté les autorités à faire preuve de diligence afin que l’affaire soit appelée devant la juridiction de jugement dans les meilleurs délais.
La défense, désormais assurée seulement par Mes Joy Beeharry et Khushal Lobine, s’est dit insatisfaite de la décision et a annoncé son intention de saisir une juridiction supérieure par le biais d’un Bail Review en Cour suprême, ouvrant ainsi un nouveau chapitre dans une affaire loin d’être bouclée.
Publicité
Publicité
Les plus récents