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Rétrospective 2025
L’année du recommencement : Convention nationale sur les arts et la culture
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Rétrospective 2025
L’année du recommencement : Convention nationale sur les arts et la culture
Prenez le portefeuille du parent pauvre. À titre d’exemple, le budget du ministère du Logement et des Terres est de Rs 2,5 milliards. Celui des Arts et de la Culture est de Rs 837 millions. Il a été martelé que «the state of the economy» est catastrophique. Dans pareil contexte, que peut la culture ? Retour sur des faits marquants de 2025, année du recommencement.
La Convention nationale – l’appellation préférée à celle d’Assises – s’est tenue entre septembre et novembre. Neuf séances à Maurice, une à Rodrigues, pour identifier des dysfonctionnements qui souvent durent depuis des années. Si les intervenants ont non seulement parlé des problèmes, ils ont aussi proposé du concret. Les recommandations de la Convention nationale serviront de base à la National Open Arts Commission. Le 12 décembre dernier, le conseil des ministres a donné son aval à la création de ladite commission qui doit conseiller le ministère de tutelle dans la formulation d’un plan stratégique national. Les fonds de cette nouvelle commission dans le Budget 2025-2026, sont de Rs 3 millions. Les membres de cette commission ne sont pas encore connus. Dans le Budget 2025-2026, l’item Strategic Plan for the Arts and Creative Sector est doté de Rs 1 million.
?Théâtre
◗ Réouverture du théâtre Serge-Constantin
Fermé pendant quatre ans, le théâtre Serge Constantin a été rouvert au public, le 5 septembre, après six mois de travaux. La rénovation a permis de moderniser les coulisses, d’installer un nouveau système de sécurité incendie et de remettre en état la scène ainsi que la grande salle.
◗ La rénovation du théâtre de Port-Louis court toujours
La réouverture de ce joyau architectural, qu’est le théâtre de Port-Louis, avait été annoncée pour août de cette année. Il n’en a rien été. Des complications concernant notamment la grande toile au dôme du théâtre ont retardé le chantier.
◗ Les créations marquantes
?Namaste adapté par Theatralis
La troupe Theatralis a adapté au théâtre le chefd’œuvre de la littérature mauricienne, paru en 1965, Namaste de Marcel Cabon. La troupe dirigée par Corinne de Baize a fait salle comble. Au total, neuf séances qui ont été proposées.
?Trois femmes ordinaires, inédit d’Ananda Devi
Trois femmes ordinaires, pièce de théâtre écrite par Ananda Devi et mise en scène par Gaston Valayden a été produite par Rama Poonoosamy et l’agence Immedia. Une intrigue aux accents hitchcockiens. Qui est vraiment le méchant/la méchante de l’histoire ? Un homme mérite-t-il d’être tué parce qu’il maltraite sa femme ? Telles sont les questions posées par cette pièce.
?Mamzel : les ravages des drogues synthétiques
Dire les travers d’une société rongée par les effets et méfaits de la consommation de drogues synthétiques. Montrer ce que cela provoque au sein d’une famille. C’est la situation de départ de Mamzel, la pièce tout en créole de l’auteur et metteur en scène Thierry Françoise. Elle a été crée le 19 octobre au Caudan Arts Centre.
?Pani Nai Ba : le grand retour
Que d’eau a coulé sous les ponts. 1982-2025 : 43 ans après la création de la pièce musicale Pani Nai Ba, ce spectacle a été remis au goût du jour en août à l’auditorium Octave Wiehe. C’est l’auteure de la pièce initiale, Sarita Boodhoo, qui a remis l’ouvrage sur le métier. Un projet qu’elle a mené avec patience et persévérance, depuis son lancement initial, en tant que premier projet du Bhojpuri Institute en 1982. Pani Nai Ba, la chanson-titre est d’ailleurs entrée dans le répertoire national.
?Chanteurs indiens
L’engouement pour les concerts Bollywood
La tendance s’est maintenue en 2025. Plusieurs artistes indiens se sont produits chez nous. Le très populaire Atif Aslam était au Côte-d’Or National Sports Complex en avril. Sonu Nigam, s’est produit au Swami Vivekananda International Convention Centre (SVICC) le 15 juillet. Ce concert électrisant était intitulé «Music Maestro».
Le 17 août, le légendaire chanteur pakistanais Rahat Fateh Ali Khan était au Swami Vivekananda International Convention Centre (SVICC), à Pailles. Il était accompagné de son fils, Shah Zaman Fateh Ali Khan, et de ses 23 musiciens. Le chanteur indien Kailash Kher était au SVICC le 23 novembre.
Dans un registre sensiblement différent, la comédie musicale Devdas – dans une version réduite pour convenir au Caudan Arts Centre – a été jouée chez nous, après un triomphe à Paris. C’était au mois d’avril.
?Patrimoine rapatrié
Les bustes de Froberville
C’est en août qu’a eu lieu l’ouverture officielle de la salle Nou bann anset es-afriken, au musée de l’esclavage intercontinental. Il s’agit d’une galerie sécurisée où sont exposés trois moulages en plâtre originaux de visages d’anciens esclaves, réalisés en 1846 par l’ethnographe Eugène Huet de Froberville. Il s’agit des visages de Benjamin, qui serait arrivé à Maurice entre 1810 et 1830, dans un contexte de traite illégale. De celui de Dinokea, qui, à Maurice, a été appelé Snap Lily. Le Lily étant le nom du bateau à bord duquel il était arrivé. Lui aussi venait de territoires de l’actuel Mozambique. Le troisième buste est celui de Pierre (un nom qui lui a été donné à Maurice). Il serait originaire de l’actuel Malawi. Son récit est celui d’une personne esclavisée, passée par une longue marche forcée «d’au moins deux mois». Après la traversée en mer, il aurait travaillé sur des plantations. «En 1846, il était chauffeur à l’usine sucrière de la Baraque lorsqu’il fut interrogé par Eugène Huet de Froberville.»
?Décoré de la République Philippe
Thomas fait «Grand Officer»
Le 12 mars, Philippe Thomas a été élevé au rang de Grand Officer of the Order of the Star and Key of the Indian Ocean (GOSK). C’est la deuxième plus prestigieuse décoration de la République. Trompettiste, compositeur et arrangeur, le musicien est aussi le créateur du sega jazz. Philippe Thomas dirige l’Atelier Mo’zar depuis 2014. Il a pris la suite de José Thérèse, disparu la même année. Le musicien a eu 60 ans cette année, ce qui a été fêté lors d’un concert anniversaire en mars au Caudan Arts Centre.
?Hommage
Les chers disparus
Plusieurs artistes sont partis pour le grand voyage, durant l’année. En février, Ismet Ganti a laissé son œuvre parler pour lui. Il était né le 6 février 1948. L’artiste pluridisciplinaire avait 77 ans.
Le peintre Fabien Cango né en 1940, qui nous a quittés en octobre, est parti après plus de cinq décennies d’une pratique artistique empreinte d’authenticité. Formé dans l’atelier du peintre Serge Constantin, Fabien Cango avait tracé son propre sillon entre dessin, peinture, gravure et lithographie. Son regard s’était posé avec une attention toute particulière sur Port-Louis, cette capitale en perpétuelle transformation qu’il documentait inlassablement dans ses carnets, comme pour en retenir les fragments avant qu’ils ne s’effacent. Exposé au Grand Palais à Paris, à la galerie Imaaya, à la Maison des Compagnons de Fontainebleau ou encore à l’ex-centre culturel Charles Baudelaire, Fabien Cango avait également été nommé au Prix de la Rose d’Or. Bahal Gowry aurait soufflé ses 90 bougies le 17 septembre. Mais il est décédé en juillet. Bahal Gowry – avec son frère - était chanteur et compositeur. Ils avaient popularisé la chanson patriotique Donn to lame.
En avril, nous avons appris avec tristesse le décès de Belingo Faro. Né à Rose-Hill en 1963, Belingo Faro était un multi-instrumentiste, compositeur, chanteur et arrangeur. Membre du célèbre Ernest Wiehe Jazz Quartet, il était considéré comme l’un des artistes les plus doués de sa génération.
«Le patrimoine, c’est quelque chose d’utile que tous les pays riches exploitent. Et nous, on est à la traîne.» Petite phrase, grand enseignement signée Nelly Ardill. Ardente défenseure du patrimoine, elle s’est mobilisée, en faveur des sites historiques en état de délabrement avancé. Des années à parlementer avec mairies, ministères et corps paraétatiques autant qu’avec des habitants. Des années à mobiliser les bonnes volontés autour des vestiges qui ont marqué l’histoire de Maurice. Après un riche parcours, Nelly Ardill s’en est allée. Elle avait 83 ans.
À Rose-Hill, Mimi Chen la gardienne de la mémoire du Magic Lantern s’est éteinte en octobre. Un chapitre s’est refermé à la Librairie Le Cygne, avec le départ de sa directrice, cheville ouvrière de ce haut lieu de culture. Mimi Chen avait 82 ans. Derrière ce prénom affectueux se cachait Marie-Claire Chen, fille de François Chen, photographe réputé et fondateur du Cygne.
? Les adieux
La Der des Der de Crossbreed Supersoul
En septembre, le Café du Vieux conseil – et la rue du même nom - ont servi de scène, de lieu de mémoire, d’écrin chargé de riffs, de souvenirs et de fra ternité. C’était pour le concert d’adieu du groupe Crossbreed Supersoul qui est monté sur scène une dernière fois. Dès sa création en 2004, il s’agissait d’un pacte entre cinq amis, cinq com plices liés par une même passion dont Vincent Brasse (chant, guitare acoustique), Roro Constantin (lead guitare), Armand Gachet (basse), Laurent Blackburn (guitare, chœurs) et Guy lain Blackburn (batterie). De cette rencontre est né un son hybride, un «crossbreed» de leurs influences, qui allait marquer le rock mauricien.
? Les nominations
Qui sont les nouveaux visages des institutions ? Il y a celui qui est resté en poste six mois avant d’être révoqué par le ministre des Arts et de la Culture, Mahen Gondeea. Il s’agit de Richard Hein, qui avait été nommé à la présidence de la MASA en avril, sommé de partir en novembre. Il a été remplacé par Joëlle Coret, qui présidait l’Union des artistes. Au conservatoire François-Mitterand, c’est Allan Marimootoo qui a été choisi.
Dans la préservation du patrimoine, Sukhend Ramdass, un directeur de compagnie de Triolet, a été nommé président de l’Aapravasi Ghat Trust Fund. Le directeur est l’ancien ministre de la Sécurité sociale, Vishnu Bundhun. Le National Heritage Fund a été confié au duo Minakshi Thannoo, comme directrice, et Ricardo Lalande, à la présidence. Stéphane Gua est président du musée de l’esclavage intercontinental. Au Mauritius Museums Council, Shiam Persand, ancien Chief Technical Producer et responsable de la Senn Kreol à la Mauritius Broadcasting Corporation, a été nommé à la présidence.
L’ancien attaché de presse Jean-Max Baya a été nommé président du Malcolm de Chazal Trust Fund. Et la chargée de cours à l’université de Maurice Nandini Bhautoo est la chairperson du President’s Fund for Creative Writing. Pour booster la production dans le 7e art, Arvind Mattadeen a été nommé president de la Mauritius Film Development Corporation, avec Kevin Gutty comme Chief Executive Officer.
Danirow Bhiwajee est président du centre culturel marathi, Goindamah Vimala Sawmy est au centre culturel tamoul, Mootaloo Poolovadoo est au centre culturel télougou. Varsharanee Bissessur-Doolooa a été nommée présidente de la Bhojpuri Speaking Union. Elle est Senior Lecturer au Mahatma Gandhi Institute et au Rabindranath Tagore Institute. Le professeur Arnaud Carpooran, auteur du Diksioner Morisien reste en poste au Creole Speaking Union. La promesse de ressusciter le centre culturel mauricien figure dans le programme gouvernemental.
Dans le cas de Le Morne Heritage Trust Fund, chargé de la gestion d’un patrimoine mondial, il n’y a toujours pas de board, après un an de mandat. Tout comme au Nelson Mandela Centre for African Culture et à la National Library.
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