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Pourquoi finance-t-on nos politiciens…
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Pourquoi finance-t-on nos politiciens…
La question n’est pas «qui finance nos politiciens ?». La vraie question, la seule qui vaille, c’est : pourquoi finance-t-on nos politiciens ? Qu’attend-on d’eux, en retour ? Quels services, quels privilèges, quels passe-droits ? Car, dans ce pays, personne ne finance par charité. On finance pour obtenir. Et nos institutions, elles, ferment les yeux depuis trop longtemps.
Le vaste chantier de la réforme électorale, pourtant, est connu. Best Loser System à éliminer. Représentation proportionnelle à introduire. Et maintenant – miracle ou stratégie ? – Navin Ramgoolam annonce la révision du plafond des dépenses électorales et une future loi sur le financement des partis. On devrait s’en réjouir. On devrait. Mais comment croire à cette soudaine illumination alors que, depuis 50 ans, tout le monde profite du système ?
Pendant que gouvernement, syndicats et Business Mauritius s’écharpent sur la compensation salariale – enjeu explosif s’il en est –, un autre débat remonte à la surface : celui des dépenses électorales. Une loi au mieux inutile, au pire mensongère, qui oblige chaque candidat à débuter sa carrière politique en jurant un faux affidavit devant la justice. Et tout le monde fait semblant d’y croire.
Depuis des décennies, cette loi sert d’écran de fumée. Elle déguise en légalité ce qui est, au fond, un pacte mafieux entre argent et pouvoir. Donateurs et partis s’invectivent en public et s’enlacent en privé. Devant les caméras, on joue la comédie ; dans l’ombre, on règle la note.
Pourquoi réformer un système qui vous nourrit ? Qui, parmi ceux arrivés au Parlement par la grâce d’un carnet de chèques, aura le courage de mordre la main qui l’a porté au pouvoir ? Aucun. L’histoire récente l’a prouvé : Sun Trust, coffres-forts de Rs 220 millions, chèque signé Dawood Rawat au MMM, carnet des dépenses du défunt Kistnen au numéro 8 en 2019. Tout y est. Tout est su. Tout est nié.
Le plafond de Rs 150 000 est une farce. Une plaisanterie nationale. Une fiction administrative violée avec une telle décontraction que les affidavits eux-mêmes en rougiraient s’ils le pouvaient.
La Representation of the People Act exige un retour de comptes sous six semaines. Six semaines pour raconter n’importe quoi sans rire. Six semaines pour maquiller une campagne à plusieurs millions en sortie de caisse d’un salon de thé. Et la Commission électorale, impuissante, note, archive, publie… et regarde. Irfan Rahman lui-même l’admet : cette loi est une farce. Mais l’avouer suffit-il à la réparer ?
Les plaintes affluent, les preuves circulent, mais tout finit dans un tiroir en attendant mieux – ou pire. Lors de la PNQ du 9 décembre, Ramgoolam a reconnu l’obsolescence du plafond et a annoncé une réforme. Sept élus cités. Trois candidats battus ajoutés à la liste. Contre-affidavits tardifs, plaintes consignées, dossiers bientôt envoyés au DPP. Tout cela donne l’illusion d’un État en marche. Mais on sait comment finit cette histoire : en n’allant nulle part.
Car le problème n’est pas administratif. Il est politique. Structurel. Culturel. On ne finance pas un politicien : on investit dans un politicien. Avec l’espoir d’un retour, d’un appel, d’un contrat, d’un mot glissé au bon endroit.
Les villageoises aussi le prouvent : la money politics a colonisé jusqu’aux conseils de district. Les candidats antiGM gagnent les votes, mais le pouvoir contrôle quand même les instances. Comment ? Toujours par l’argent. Toujours par la corruption.
Mais le plus dangereux n’est pas la corruption. C’est l’indifférence. Ce «tout-le-monde-le-sait» qui transforme la pourriture en normalité.
Une démocratie ne meurt pas d’un coup d’État. Elle meurt d’habitude. D’habitude de fermer les yeux, d’habitude de ne rien attendre de meilleur, d’habitude de se dire que réformer serait suicidaire.
Alors oui, la question n’est pas «qui finance ?». La question est : pourquoi finance-t-on ? Et tant que personne n’aura le courage d’y répondre, la réforme électorale restera ce qu’elle est depuis toujours : un serpent de mer nourri par ceux qu’il protège.
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