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Questions au Dr Vimal Gunness, neurochirurgien

«Un Mauricien ne devrait pas devoir quitter son pays, sa famille et son travail pour recevoir une opération qui, en principe, pourrait être réalisée ici.»

4 décembre 2025, 04:30

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«Un Mauricien ne devrait pas devoir quitter son pays, sa famille et son travail pour recevoir une opération qui, en principe, pourrait être réalisée ici.»

Actuellement en consultation chez C-Care Wellkin, le Dr Vimal Gunness met son expertise de neurochirurgien au service des patients mauriciens, tout en limitant autant que possible les départs à l’étranger. Tumeurs cérébrales, pathologies de la colonne vertébrale, malformations vasculaires et certains AVC complexes peuvent déjà être pris en charge localement, même si tous les traitements hautement spécialisés ne sont pas encore disponibles à Maurice. Rencontre avec le Dr Gunness, neurochirurgien d’exception, engagé dans le développement de la neurochirurgie moderne au pays.

1. Depuis que vous consultez C-Care Wellkin, quel bilan tirez-vous ?

Au cours de mes consultations, je vois de nombreux patients qui viennent pour un deuxième avis, parfois après un long parcours médical. Les pathologies sont souvent complexes : tumeurs cérébrales, pathologies de la colonne vertébrale, malformations vasculaires, traumatismes… mais les patients sont informés, motivés et en droit d’attendre des soins de haut niveau à Maurice.

Le défi principal n’est pas uniquement la compétence médicale, mais bien l’écosystème autour du patient. Certaines interventions ne peuvent pas être réalisées localement faute de matériel spécialisé (comme la neuronavigation) ou d’infrastructures adaptées aux soins intensifs et à la rééducation. De plus, certains médicaments spécialisés sont difficiles à obtenir sur le marché mauricien, en raison de procédures de demande longues et contraignantes, ce qui complique la prise en charge, surtout pour les patients aux moyens limités.

C’est pourquoi je plaide pour une meilleure coopération entre le secteur public et le secteur privé, comme l’on peut l’observer en République d’Irlande, où le système public fait parfois appel à des hôpitaux privés pour certaines prises en charge spécialisées. En mutualisant équipements, compétences et accès aux traitements, nous pouvons soigner davantage de patients sur place, éviter des voyages coûteux à l’étranger, maintenir les patients proches de leur famille et assurer un suivi régulier et humain.

2. Qu’est-ce qui est et demeure votre cheval de bataille en matière de prise en charge neurochirurgicale ?

Mon cheval de bataille, c’est d’abord l’équité d’accès à une neurochirurgie moderne et sécurisée, quel que soit le niveau social du patient. Un Mauricien ne devrait pas devoir quitter son pays, sa famille et son travail pour recevoir une opération qui, en principe, pourrait être réalisée ici.

Je me bats pour deux choses en parallèle :

• Offrir aux patients un parcours de soins cohérent : bon diagnostic, bonne opération, bonne rééducation sans les obliger à partir à l’étranger.

• Former une nouvelle génération de neurochirurgiens et d’équipes spécialisées à Maurice. Je ne suis pas venu uniquement pour opérer, mais aussi pour transmettre, encadrer des jeunes et laisser une véritable relève. Une neurochirurgie solide, ce n’est pas un nom, c’est une équipe et une école.

À terme, mon ambition est que Maurice ne soit plus seulement un pays qui envoie des patients ailleurs, mais un pays qui accueille des patients de la région, un tourisme médical inversé en provenance d’Afrique et des îles voisines. Pour y parvenir, il faudra des investissements importants, à la fois financiers (équipements, infrastructures, lits de soins intensifs, rééducation) et humains (former, attirer et retenir des neurochirurgiens, neuro-anesthésistes, infirmiers spécialisés, rééducateurs).

Si nous réussissons cela, nous ne construirons pas seulement un service de neurochirurgie ; nous construirons une capacité nationale durable, qui continuera à soigner des patients longtemps après moi.

3. Question pratique : comment se déroule une consultation chez un neurochirurgien ?

La consultation commence avant même que le patient ne s’assoie. Dès qu’il entre dans mon cabinet, je l’observe en marchant : sa démarche, la façon dont il tient sa tête, la mobilité de ses bras, son regard. Ces premiers éléments donnent souvent des indices précieux d'une éventuelle atteinte neurologique.

Ensuite, je laisse le patient raconter son histoire, avec ses mots : douleur, gêne, vertiges, troubles de la marche, pertes de mémoire, etc. Je pose des questions ciblées, puis je réalise un examen neurologique détaillé : force, sensibilité, réflexes, coordination, équilibre, mouvements oculaires, parfois le langage ou la mémoire, selon le cas.

Ma façon de consulter a été profondément marquée par ma formation à Montréal, auprès de mon professeur. Il prenait au minimum 45 minutes par patient, parlait toujours en termes simples et expliquait les choses de manière à ce que la personne assise devant lui comprenne réellement ce qui se passe dans son cerveau ou dans sa colonne vertébrale. J’ai gardé cette philosophie :

• Je revois les images (scanner, IRM) avec le patient, sur l’écran.

• Je lui montre précisément où se situe le problème.

• Je traduis le jargon médical en un langage de tous les jours, sans dramatiser ni minimiser.

À partir de là, nous discutons ensemble des options : traitement médical, rééducation, surveillance, ou chirurgie. Une consultation de neurochirurgie ne signifie pas automatiquement qu’il faudra opérer. Mon rôle est d’expliquer clairement les risques, les bénéfices et les alternatives, pour que le patient puisse prendre une décision éclairée et se sente acteur de sa prise en charge, et non un simple spectateur.

4. Les interventions neurochirurgicales peuvent particulièrement effrayer. Quand doit-on y avoir recours et que savoir sur celles-ci ?

La neurochirurgie fait peur parce qu’elle touche au cerveau et à la moelle épinière, donc à la marche, à la parole, à la mémoire, à la personnalité. La crainte la plus fréquente chez les patients est : «Est-ce que je vais finir paralysé ?»

En réalité, on recourt à la neurochirurgie quand le risque de ne pas opérer devient supérieur au risque de l’intervention : tumeur en progression, compression de la moelle ou des nerfs, malformation vasculaire à risque d’hémorragie, canal rachidien trop étroit, etc. L’objectif n’est pas de «faire une belle opération», mais de protéger la fonction neurologique à long terme.

La bonne nouvelle est qu’aujourd’hui, la neurochirurgie est beaucoup plus précise et moins invasive qu’autrefois grâce aux nouvelles technologies :

• Le neuromonitoring peropératoire permet de surveiller en temps réel les voies motrices et sensitives et d’alerter si l’on s’approche trop d’une zone à risque ;

• La neuronavigation fonctionne un peu comme un GPS dans le cerveau et nous aide à planifier et à suivre le trajet le plus sûr ;

• L’imagerie par tenseur de diffusion (DTI) permet de visualiser les faisceaux de fibres, par exemple ceux du langage ou de la motricité, pour les éviter autant que possible ;

• Des systèmes comme l’O-arm fournissent des images en trois dimensions pendant l’opération, ce qui augmente la précision, notamment en chirurgie de la colonne vertébrale.

Tout cela ne supprime pas totalement le risque : le risque zéro n’existe pas en médecine, mais ces outils rendent les interventions plus sûres, plus ciblées et souvent moins invasives (incisions plus petites, récupération plus rapide).

Le patient doit savoir qu’une opération n’est jamais décidée à la légère : elle est discutée en équipe (neurochirurgien, anesthésiste, radiologue, parfois neurologue et oncologue) et expliquée au patient en termes clairs. Poser des questions, demander à comprendre le geste et ses conséquences fait partie intégrante d’une neurochirurgie moderne et responsable.

Infos pratiques : Pour plus d’informations, merci de contacter C-Care Wellkin au 605 1000.

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