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Réchauffement climatique : l’effet s’accélère, alertent des scientifiques allemands
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Réchauffement climatique : l’effet s’accélère, alertent des scientifiques allemands
■ Le climat tempéré des dix derniers millénaires a créé les conditions propices au développement des civilisations humaines.
Les effets du changement climatique d’origine humaine se manifestent désormais partout, et son intensité menace de dépasser la capacité d’adaptation. Les dernières données montrent même une accélération du réchauffement, rendant l’action urgente. Partout dans le monde, les phénomènes extrêmes – vagues de chaleur, sécheresses, inondations, incendies ou ouragans– deviennent plus fréquents et plus violents, touchant parfois des régions jusqu’à présent épargnées. Ces bouleversements fragilisent l’agriculture, perturbent les ressources en eau et provoquent chaque année des pertes humaines et matérielles considérables. Les températures record pèsent aussi sur la santé, en particulier celle des personnes vulnérables, et réduisent la productivité. Parallèlement, la biodiversité continue de s’effondrer, affaiblissant la résilience des écosystèmes et accentuant les risques de pauvreté, de migrations forcées et d’instabilité. Le réchauffement n’est pas uniforme car il est plus marqué sur les terres que sur les océans, maximal en Arctique et déjà visible en Europe centrale et dans la région méditerranéenne.
Malgré ces signaux alarmants, l’effort international demeure largement insuffisant. Une quinzaine de scientifiques issus de deux sociétés ont passé 18 mois à compiler les conclusions actuelles, laissant présager une accélération du changement climatique. Face à ces indicateurs, la Société météorologique allemande (DMG) et la Société allemande de physique (DPG) tirent la sonnette d’alarme dans un rapport publié en juin, suivi d’une déclaration commune : «Le réchauffement climatique s’accélère, un appel à agir avec détermination.» Ils soulignent l’urgence d’agir rapidement, car une hausse de 3°C d’ici 2050 –dans seulement 25 ans– obligerait à mettre en place des plans d’adaptation d’une ampleur sans précédent. Une telle hausse de la température ne se traduirait pas seulement par des journées plus chaudes de 3 à 4 °C, mais pourrait atteindre jusqu’à 10 °C supplémentaires, accompagnée de sécheresses beaucoup plus prolongées.
Selon les prévisions, un réchauffement de 3 °C dans les 25 prochaines années transformerait radicalement les zones climatiques. Des régions aujourd’hui tempérées connaîtraient des conditions comparables à celles du Sahara, dont l’aridité s’étendrait jusqu’à certaines parties de l’Espagne. La végétation, les précipitations et l’ensemble des conditions météorologiques seraient profondément modifiés.
Tendance inquiétante
En 2023-2024, la température moyenne mondiale a dépassé pour la première fois +1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle. Selon les lois physiques, ce seuil pourrait déjà être franchi – une situation qui ne pourra être confirmée que dans quelques années, quand il sera trop tard pour agir efficacement. Parallèlement, le risque de dépasser l’objectif des 2 °C augmente, et une hausse de 3 °C ne peut plus être écartée. Avec l’accélération du changement climatique, a indiqué Frank Böttcher, président de la Société météorologique allemande, à Worldcrunch, «nous sommes entrés dans une nouvelle phase du changement climatique». Et de renchérir : «Les données sont si convaincantes que les membres de nos sociétés ont estimé qu’ils avaient le devoir de s’exprimer, malgré toutes les incertitudes et la prudence habituelle.»
En effet, la projection de ce nouveau rapport est plus inquiétante que la plupart des études actuelles. En tenant compte des politiques climatiques mises en place, la majorité des scénarios prévoient un réchauffement d’environ 2,7 °C d’ici la fin du siècle, et près de 2 °C d’ici 2050. Selon Klaus Richter, membre de la Société allemande de physique, ces chiffres ne constituent pas une prévision au sens strict, mais les observations actuelles laissent craindre qu’un réchauffement significatif soit possible : 2,7 °C selon les scénarios intermédiaires de l’Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC), et jusqu’à 3 °C d’ici 2050 selon les scénarios les plus pessimistes, auxquels les données récentes semblent davantage correspondre.
Pour mesurer l’ampleur de cette dérive, les scientifiques rappellent que les signaux d’alerte ne datent pas d’hier. Depuis leur premier avertissement en 1987, la Société allemande de physique et la Société météorologique allemande constatent une aggravation constante du réchauffement. Depuis le début de l’industrialisation, il a fallu 65 ans pour que la température mondiale augmente de 0,5 °C, puis seulement 28 ans pour atteindre 1 °C. La température augmente de plus en plus vite.
L’augmentation continue des gaz à effet de serre renforce le réchauffement (voir les origines des gaz à effet de serre en encadré) et affaiblit certains progrès environnementaux, comme la protection de la couche d’ozone. Alors que depuis le premier rapport de l’IPCC en 1990, les émissions mondiales de dioxyde de carbone (CO2) ont augmenté de 60%, la moitié ayant été émise au cours des trois dernières décennies. D’autres gaz à effet de serre, comme le méthane ou le protoxyde d’azote, suivent la même tendance. Ces gaz retiennent la chaleur à la surface de la Terre, amplifiant l’effet de serre et provoquant un réchauffement accéléré. Ce réchauffement peut déclencher des mécanismes en chaîne, appelés rétroactions, qui renforcent encore le phénomène tels que le dégel du pergélisol –les sols gelés en permanence dans les régions arctiques– qui libère du CO2 et du méthane stocké depuis des millénaires, la fonte des glaces, elle, augmente l’absorption solaire, et le réchauffement des océans. Ces phénomènes de rétroactions accélèrent le réchauffement global et peuvent perturber la circulation atmosphérique, modifier le climat régional et augmenter l’exposition aux UV.
Les océans, longtemps tampons contre le réchauffement, enregistrent depuis deux ans et demi une hausse rapide de leur température, peut-on lire dans le rapport, réduisant leur capacité à absorber l’excès de chaleur et accélérant la hausse des températures atmosphériques. En sus de la hausse de la température, à très long terme, sur plusieurs décennies voire un siècle ou plus, le niveau des mers augmenterait considérablement.
Telle est la situation, bien que l’objectif des conférences sur le climat fût de ralentir l’augmentation du CO2. Malgré toutes les promesses, selon ces scientifiques, le dioxyde de carbone dans l’atmosphère continue d’augmenter. Ils déplorent que les mesures soient trop peu nombreuses, très lentes et prises trop tard.
Solutions
Pour limiter le réchauffement climatique et ses conséquences prévisibles sur la santé et la vie humaine, il est urgent, pour la DPG et la DMG, de viser en priorité la neutralité carbone mondiale d’ici le milieu du siècle. Le CO2 se stocke dans l’atmosphère, les sols et les océans pendant des décennies, voire des millénaires. Même si les émissions cessaient instantanément, le réchauffement déjà provoqué continuerait d’affecter la planète pendant plusieurs générations. Il faut réduire encore davantage la concentration de gaz à effet de serre, notamment le CO2, par des solutions naturelles ou techniques. Ces dernières sont toutefois peu disponibles, très coûteuses à l’échelle nécessaire et extrêmement énergivores pour être efficaces. Les solutions pour freiner la hausse des températures mondiales sont identifiées. Il faut cependant les optimiser et déterminer celles qui sont économiquement les plus viables et socialement acceptables pour atteindre cet objectif.
Le climat stable des derniers millénaires a favorisé les civilisations. La génération actuelle pourrait voir ces conditions disparaître, avec toutes les conséquences que cela entraîne. Le rapport déplore qu’aucune étude ni discussion publique n’aborde actuellement la question des conséquences possibles du changement climatique d’origine humaine sur un effondrement social à l’échelle mondiale.
L’indispensable transition rapide vers une économie sans énergies fossiles
Dans le rapport de la Société météorologique allemande et la Société allemande de physique, les scientifiques soulignent qu’une transition rapide et massive vers une économie sans énergies fossiles est indispensable pour limiter les impacts du réchauffement climatique. L’exploitation et l’usage des combustibles fossiles doivent être fortement réduits, idéalement jusqu’à leur suppression complète. Le développement des énergies renouvelables, notamment solaire et éolien, transformées en électricité à forte valeur d’usage, constitue la clé de cette transition. L’électricité peut être utilisée via des pompes à chaleur ou des moteurs électriques, mais cela nécessite un déploiement rapide et complet des infrastructures : centrales renouvelables, réseaux de transport, systèmes de stockage et conception intégrée. Aujourd’hui, cette expansion est trop lente pour atteindre les objectifs climatiques. Pour des raisons de sécurité, la production décentralisée et les structures énergétiques autonomes offrent une meilleure résilience qu’une production centralisée.
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L’origine de l’augmentation des gaz à effet de serre
Les gaz à effet de serre contribuent directement au réchauffement climatique en piégeant la chaleur émise par la Terre, ce qui entraîne une hausse des températures et des perturbations du climat.
L’augmentation de ces gaz dans l’atmosphère est principalement due aux activités humaines. Le dioxyde de carbone (CO2 ) provient essentiellement de la combustion de charbon, de pétrole et de gaz naturel, mais aussi de procédés industriels tels que la production de ciment, de la déforestation, de l’érosion des sols et de l’assèchement des zones humides. Le méthane (CH4 ) résulte de l’intensification de l’agriculture, notamment de l’élevage, de l’utilisation de matières premières végétales et animales, de fuites dans les infrastructures gazières – particulièrement lors du fracking – ainsi que des modifications des zones humides tropicales et du dégel du permafrost provoqué par le réchauffement global.
Le protoxyde d’azote (N2O) est libéré par des processus microbiens principalement dans le secteur agricole, par l’usage excessif d’engrais et par la culture de plantes destinées à la production de biocarburants. Enfin, les hydrocarbures halogénés sont émis lors d’une élimination inadéquate ou de fuites dans les systèmes de réfrigération et de climatisation, ainsi que dans certains types de pompes à chaleur et divers procédés industriels.
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Les côtes mauriciennes déjà affectées
ALORS que le réchauffement climatique causé par l’action humaine s’accélère à l’échelle mondiale, ses effets se font déjà ressentir de manière tangible sur le littoral mauricien. L’élévation des températures et la hausse du niveau des océans, combinées à des phénomènes météorologiques extrêmes plus fréquents et violents, fragilisent les côtes et les écosystèmes marins. Une récente étude, Coastal Risks in Mauritius and Rodrigues, menée par le Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM) et lancée en 2022 pour cette année dans le cadre d’un contrat financé par l’Agence française de développement (AFD) révèle que l’urbanisation, la bétonisation et la dégradation des habitats côtiers accentuent cette vulnérabilité, exposant certaines zones à des reculs importants et à des risques accrus d’inondations.
Ainsi, les bouleversements climatiques observés à l’échelle mondiale – vagues de chaleur, tempêtes et hausse du niveau des océans– se traduisent concrètement dans le pays par l’érosion des plages, la submersion des terres basses et l’affaiblissement des coraux, qui jouent un rôle protecteur contre la houle et l’érosion.
Parmi les principaux impacts identifiés figurent le recul des plages et des zones côtières, l’intensification et la fréquence accrue des vagues de submersion, ainsi que l’intrusion des eaux marines sur les terres. Selon le rapport, certaines portions du littoral pourraient reculer de 5 à 50 mètres d’ici 2050, avec 61 secteurs considérés comme particulièrement exposés. Cette érosion devrait s’accentuer d’ici la fin du siècle, pouvant atteindre 10 à 160 mètres selon les zones, avec une moyenne de 55 à 75 mètres sur les côtes sableuses.
Le blanchissement des coraux, déjà en progression, fragilise davantage le littoral, car ces écosystèmes jouent un rôle crucial de barrière naturelle contre l’érosion. Par ailleurs, le niveau de la mer à Maurice a crû en moyenne de 4,7 mm par an au cours des dix dernières années, dépassant la moyenne mondiale de 3,4mm par an depuis 1993. Si cette tendance se poursuit, le niveau des mers pourrait augmenter de près de 87 cm d’ici 2100, avec des hausses annuelles de 5,8 mm.
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L’été sera plus chaud que la normale
Des températures supérieures jusqu’à +3°c
À Maurice, comme ailleurs, les effets du réchauffement climatique se font ressentir. Pour l’été 2025–2026, la station météorologique de Vacoas prévoit que les températures seront au-dessus des normales saisonnières, de 2 à 3 °C, et atteindront jusqu’à 36 °C, surtout sur la côte ouest. Ces périodes de chaleur, associées à une forte humidité et à des vents faibles, créent des conditions torrides et inconfortables, impactant la santé et le bien-être. Parallèlement, les cyclones deviennent plus fréquents et intenses. Cette saison, plus de dix tempêtes tropicales modérées sont attendues, avec des vents pouvant atteindre 90 à 100 km/h autour du centre. Ces phénomènes accentuent la vulnérabilité des infrastructures, des habitations et des zones côtières, soulignant la nécessité d’une vigilance accrue et de mesures d’adaptation face aux aléas climatiques.
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