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Campagne «16 jours d’activisme contre la violence basée sur le genre»
Cyberharcèlement : «Nouvo mo, nouvo manier nwir»
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Campagne «16 jours d’activisme contre la violence basée sur le genre»
Cyberharcèlement : «Nouvo mo, nouvo manier nwir»
Avinash Ramtohul en conversation avec Poonam Baotoo, sous le regard de Lisa Singh.
Cela fait un mois que Khushi Baotoo a trouvé la mort, le 25 octobre. Un nom qui a fait jaillir une prise de conscience et une forte envie de justice sur l’île : pour elle, mais aussi pour toutes les victimes de violences. C’est ce que nous rappelle aussi sa mère, Poonam. Pour beaucoup, l’histoire de Khushi symbolise tout ce que nous ne pouvons plus ignorer. Pour Poonam, c’est une lutte quotidienne : obtenir justice pour Khushi, mais aussi pour toutes celles qui n’ont parfois même pas la force de se défendre.
Présente le matin du lundi 24 novembre au lancement de la campagne nationale «16 jours d’activisme contre la violence basée sur le genre», Poonam a répété avec force : «Je veux la justice pour ma fille. Et pour les autres filles aussi.» Policiers, représentants de l’Organisation des Nations unies (ONU), du ministère de l’Égalité des genres et du bien-être de la famille, celui des Technologies de l’information et de la communication (TIC) et de la Cybercrime Unit ainsi que l’Ombudsperson for Children, Aneeta Ghoorah, étaient réunis pour lancer cette campagne nationale urgente. Le message est clair : la violence a changé de forme mais elle n’a jamais disparu. Elle s’invite désormais sur les téléphones et les réseaux sociaux, touchant de plus en plus de femmes et de filles souvent démunies face aux agressions numériques. La campagne, sous le thème «UNiTE to End Digital Violence Against All Women and Girls», entend frapper fort cette année.
Le lancement, organisé par le bureau de la Resident Coordinator de l’ONU à Maurice et le gouvernement mauricien, met l’accent sur la prévention, l’éducation et l’accompagnement. Le ministère des TIC a promis une meilleure sensibilisation, la police a dit miser sur une réponse rapide via la Cybercrime Unit et l’Ombudsperson for Children a insisté sur la protection des adolescentes, premières victimes de ces violences. Dans la salle, l’atmosphère était grave mais les personnes étaient déterminées. Le récit de Poonam a rappelé que derrière chaque statistique, chaque campagne, il y a une histoire. Une fille. Une mère. Et peut-être, cette fois, un véritable sursaut.
«Même une seule victime, c’est déjà trop»
Prenant la parole lors du lancement de la campagne, la Resident Coordinator de l’ONU, Lisa Singh, a rappelé l’engagement de l’organisation aux côtés du gouvernement mauricien pour lutter contre les menaces numériques et, plus largement, contre les violences basées sur le genre. Elle a souligné le fait que de nombreuses femmes et filles vivent ces agressions en silence, sans savoir vers qui se tourner. «Elles ne sont pas seules», a-t-elle martelé, rappelant que des systèmes de soutien existent, entièrement anonymes, pour les écouter et les accompagner.
Elle a cité des chiffres alarmants : 30 % à 58 % des femmes et filles dans le monde ont déjà été ciblées par une forme de violence en ligne. À Maurice, les incidents explosent également: sextorsion, grooming, deepfakes, doxxing, hate speeches… «Nouvo mo, nouvo manier fer dimal», a-t-elle souligné avec gravité. Selon la Computer Emergency Response Team Mauritius, plus de 5 200 incidents de cybersécurité ont été signalés en 2024 et l’organisation non gouvernementale (ONG) Befrienders reçoit chaque mois 250 appels d’adolescents dépassés par la honte, la peur ou la pression.
Pour Lisa Singh, le problème dépasse largement l’incident numérique : il touche à la santé mentale, à la trajectoire de vie des victimes et à leur potentiel qui est étouffé. Elle a insisté sur l’importance d’une coordination nationale : parents, écoles, police, plateformes, ministères. «S’il manque un maillon, tout le système se fissure.» Elle a conclu en saluant le slogan récemment lancé par le ministère de l’Égalité des genres : «Fam, to pa enn viktim, to enn sanzman», un message qui réaffirme que les survivantes peuvent aussi être porteuses de changement.
L’Ombudsperson for Children a qualifié le lancement de la campagne de «crucial» et d’«opportun». Elle a rappelé que son bureau, chargé de protéger et de défendre le bien-être des enfants, avait constaté une exposition croissante des jeunes filles aux menaces numériques. Selon Aneeta Ghoorah, cette initiative s’aligne pleinement avec son mandat et jouera un rôle essentiel dans la sensibilisation aux risques en ligne, en particulier pour les adolescentes.
«Le virtuel peut blesser autant que le réel»
Le commissaire de police, Rampersad Sooroojebally, a insisté sur l’ampleur du phénomène et ses conséquences, non seulement pour les victimes, mais aussi pour les familles et la société avec un impact qui se répercute jusqu’à l’État. Il a réaffirmé l’engagement de la Mauritius Police Force à répondre à ces violences à travers une collaboration renforcée avec les ONG, les institutions et la société civile dans une approche coordonnée et centrée sur les survivantes.
Le Deputy Commissioner of Police, Krishna Jhugroo, a précisé que la violence numérique n’est plus un simple «cyber-incident» : elle provoque peur, anxiété, dépression et détresse émotionnelle. «Maurice n’est pas une exception», a-t-il averti, promettant une police plus sensible à la question de genre, et formée pour reconnaître les signaux d’abus, soutenir les survivantes et intervenir efficacement. Il a rappelé que la police mène déjà des campagnes dans les écoles, les universités et fait même du porte-à-porte dans certains quartiers. Mais aucune institution ne peut agir seule, selon lui. «Tout le monde doit tenir la corde», a-t-il insisté, citant médias, ministères, plateformes, ONG et parents.
Le ministre des TIC, Avinash Ramtohul, a, lui, rappelé que derrière chaque cas de cyberviolence se cache une histoire humaine : une fille humiliée par un message, une adolescente poussée au désespoir par la diffusion d’une photo intime, une femme traquée par un prédateur en ligne. «Sommes-nous en train d’en faire assez ?», a-t-il interrogé, soulignant que la sécurité numérique est une responsabilité collective. Il a précisé que toutes les stations de police sont désormais tenues de recevoir les plaintes liées à la cybercriminalité, y compris celles des mineures. Depuis janvier, 1 414 cas de cyberharcèlement ont été enregistrés, dont 118 impliquant des mineurs. Il a également annoncé la refonte des outils de signalement, et la modernisation de la lutte contre les deepfakes et la sextorsion.
«La douleur ne s’arrête pas à l’écran»
La ministre de l’Égalité des genres et du bien-être de la famille, Ariane Navarre-Marie, a insisté sur la dimension collective de cette lutte qui touche d’abord les femmes les plus vulnérables. Les autorités ne peuvent gagner cette bataille seules, a-t-elle rappelé, et l’engagement des plateformes numériques, des opérateurs télécoms, des écoles, des parents et des citoyens est indispensable. Elle a lancé un appel solennel: «Pa res trankil fas a violans numerik. Signalonsla, dénonçons-la, combattons-la.» Elle a souligné les conséquences dévastatrices de la violence numérique : baisse de l’estime de soi, isolement, décrochage scolaire, tentatives de suicide. «Une photo peut détruire une vie en quelques secondes», a-t-elle averti.
Elle a rappelé que son ministère avait développé 20 mesures concrètes, incluant des packages jeunesse avec un contrôle parental intégré et un accompagnement psychologique renforcé. Elle a également parlé de la hotline 139, destinée aux victimes de tout type de violence, y compris le cyberharcèlement, et a insisté sur la nécessité d’anticiper l’évolution constante de la violence numérique.
Actions prévuesdans le cadre de la campagne
Les prochaines semaines seront rythmées par une série d’initiatives sous la bannière «Fam Konn To Drwa Online». Au programme : des sessions d’information ouvertes au public, des formations spécialisées destinées aux professionnels et aux jeunes, des événements collaboratifs avec la société civile ainsi que la large diffusion d’une vidéo de sensibilisation qui explique les formes de cyberviolence, offre des conseils concrets de sécurité numérique et rappelle les protections prévues par la loi mauricienne.
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