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Empreinte carbone

Maurice doit adopter des mesures plus ambitieuses pour parvenir à des réductions substantielles

17 novembre 2025, 18:00

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Maurice doit adopter des mesures plus ambitieuses pour parvenir à des réductions substantielles

■ Lorsque l’on rapporte les émissions carbone à la population, Maurice n’est pas bon élève : 48e au monde avec 6,2 tCO2 /personne, en 2023, alors que la moyenne mondiale est de 4,7 tCO2 /personne.

Dans le cadre de la Conférence des parties (COP) 30, le suivi et la réduction des émissions de gaz à effet de serre responsables du changement climatique sont essentiels, notamment au vu des données récentes du Global Carbon Project qui montrent que ces émissions atteignent des niveaux records. Évaluer et gérer son empreinte carbone est ainsi crucial pour respecter les engagements pris lors de la conférence, dont l’objectif de neutralité carbone et le respect de la limite de réchauffement de 1,5 °c. Aux niveaux national et international, l’empreinte carbone est fondamentale pour fixer des objectifs, élaborer des politiques et évaluer les progrès accomplis vers les objectifs climatiques.

L’empreinte carbone correspond à la quantité totale de gaz à effet de serre (GES), notamment le dioxyde de carbone et le méthane, générée par les activités humaines. Elle mesure l’impact d’un individu, d’une organisation, d’un événement ou d’un produit sur le changement climatique. L’empreinte carbone inclut les émissions directes (comme la combustion d’essence d’une voiture) et les émissions indirectes (comme celles liées à la consommation d’électricité ou à la fabrication de produits).

L’empreinte carbone de l’île Maurice repose principalement sur les émissions de CO2 liées à la production des énergies, le transport, les centrales électriques et l’utilisation de véhicules. Les combustibles fossiles, notamment le charbon et le pétrole, contribuent de manière significative à ces émissions, malgré les efforts de diversification des sources d’énergie. La gestion des déchets, en particulier les émissions de méthane provenant des décharges, constitue également un facteur important. La mise en place de politiques de gestion des déchets en 2005 visait à réduire ces émissions. Toutefois, les déchets demeurent une source majeure de méthane.

En 2022, les émissions de CO2 d’origine fossile du pays s’élevaient à environ 4,28 millions de tonnes, soit une empreinte carbone par habitant d’environ 3,36 tonnes. Le pays s’efforce de réduire son empreinte carbone grâce à ses contributions déterminées au niveau national (CDN) actualisées, qui comprennent un objectif de 60 % d’énergies renouvelables d’ici 2030, la suppression progressive du charbon et la promotion des véhicules électriques. Le dernier pointage, datant de 2023, est de 4 Mt équivalent CO2 , inchangée par rapport à 2022. À titre de comparaison, la moyenne mondiale est de 198 millions de tonnes (Mt) équivalent CO2, calculée à partir des données de 189 pays. Historiquement, la moyenne pour Maurice, de 1970 à 2023, est de 2 Mt équivalent CO2. La valeur minimale, 0 Mt équivalent CO2, a été atteinte en 1970, tandis que la valeur maximale, de 4 Mt équivalent CO2, a été enregistrée en 2010.

Légère hausse des émissions

Au cours des dix dernières années, Maurice a enregistré une légère augmentation de ses émissions totales de gaz à effet de serre, avec une variation annuelle de 0,13 %. Cette tendance indique que malgré les efforts déployés pour réduire les émissions, notamment le lancement d’initiatives en faveur des énergies renouvelables en 2010, l’effet global est resté limité. L’expansion du secteur touristique et le développement urbain ont probablement contribué à cette hausse, soulignant la nécessité de mesures plus ambitieuses pour parvenir à des réductions substantielles.

Maurice contribue modestement (0,0116 %) aux émissions mondiales, ce qui souligne la nécessité d’une collaboration entre les petits émetteurs. Le pays a entrepris des initiatives, notamment le lancement de projets de ville intelligente en 2015, témoignant de son engagement à minimiser son empreinte carbone. Néanmoins, pour atteindre les objectifs climatiques internationaux, Maurice doit accélérer sa transition vers les énergies renouvelables et améliorer ses pratiques de gestion des déchets. Ces actions seront essentielles pour assurer un avenir durable au pays.

Les émissions territoriales ne représentent pas nécessairement l’empreinte carbone totale d’un pays. Les émissions importées – celles liées à la production de biens consommés localement mais produits à l’étranger – sont tout aussi importantes. Par exemple, la France, malgré la réduction de ses émissions nationales, importe indirectement un volume considérable d’émissions via des produits fabriqués dans des pays comme la Chine. En 2021, l’empreinte carbone de la France s’élevait à 639,31 Mt équivalent CO2 , contre 443,47 Mt équivalent CO2 émises sur son territoire.

L’empreinte carbone de l’île Maurice est fortement impactée par ses importations car environ 80 % de son énergie primaire provient de combustibles fossiles importés, notamment le charbon, le fioul et le diesel. Cette dépendance aux combustibles fossiles importés contribue significativement aux émissions de gaz à effet de serre du pays, en particulier dans les secteurs des transports et de la production d’électricité.

En fait, si Maurice contribue peu aux émissions mondiales c'est parce que c’est un tout petit pays, avec seulement 1,3 million d’habitants. Mais lorsque le calcul des émissions est rapporté à la population, nous sommes en mauvaise position : 48e , avec 6,2 tCO2/personne, en 2023, alors que la moyenne mondiale est de 4,7 tCO2/personne, d’après Global Carbon Atlas. n

+2°c dès 2040

Au cours du 20e siècle, les températures mondiales ont augmenté de 1 °C et les projections indiquent une nouvelle hausse de 0,8 °C d’ici 2040. Unrapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) des Nations unies prévoit une augmentation supplémentaire de 2,6 °C à 4,8 °C au 21e siècle. Le philosophe Dominique Bourg compare ce réchauffement rapide aux variations de température historiques, soulignant que la transition de la dernière période glaciaire s’est étalée sur 1 000 ans, tandis que nous avons connu une augmentation similaire en seulement 40 ans. En réponse, l’Accord de Paris de 2015 visait à limiter le réchauffement à 1,5 °C au-dessus des niveaux préindustriels d’ici 2100. Malgré ces efforts, de nombreux experts avertissent qu’une hausse de 2 °C pourrait survenir dès 2040, ce qui ferait peser de graves risques sur les écosystèmes.

Le péril des peid

Le changement climatique met en péril les petits États insulaires en développement (PEID). Ces régions sont confrontées, comme Maurice, à la montée des eaux, à la raréfaction des ressources en eau douce et à des cyclones et typhons dévastateurs, qui menacent des vies et des économies. La communauté internationale se penche désormais sur la question de la responsabilité en matière de financement de l’atténuation et de l’adaptation au changement climatique, parallèlement aux discussions en cours sur la répartition des responsabilités face à ses impacts.

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Les sites web des COP génèrent des émissions de carbone plus élevées

Les sites web des Conférences des parties (COP) des Nations unies, comme celui de la COP30 qui se tient au Brésil, émettent beaucoup plus de carbone que les pages web classiques, avec une augmentation de plus de 13 000 % de leurs émissions depuis 1995. Une étude de l’université d’Édimbourg souligne que les sites web des COP émettent désormais environ 2,4 g de carbone par visite, contre 0,36 g pour les sites web traditionnels, illustrant l’impact des contenus multimédias tels que les diffusions en direct et les outils interactifs. L’empreinte numérique des sites web des COP a considérablement augmenté, passant de 0,02 g par consultation avant 2008 aux niveaux actuels, reflétant la complexité croissante et l’utilisation accrue des médias.

À l’heure actuelle, l’utilisation d’internet contribue à près de 3 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, ce qui indique que les plateformes en ligne soutenant l’action climatique ont un important coût environnemental. Une analyse utilisant des données d’archives web pour évaluer les sites web des COP sur une période de 30 ans est novatrice : elle révèle que les émissions liées à la COP3 à Kyoto, au Japon, en 1997 étaient équivalentes au carbone absorbé par un arbre adulte en deux jours. À l’inverse, les émissions de la COP29 à Bakou, en Azerbaïdjan, l’année dernière, ont atteint des niveaux tels qu’il faudrait planter dix arbres par an pour les compenser. Alors que l’empreinte carbone des plateformes numériques est souvent négligée, même par les défenseurs de l’environnement, les chercheurs insistent sur la nécessité pour les institutions de reconnaître et de prendre en compte l’impact environnemental de leur présence numérique.

Les efforts en matière de développement durable doivent englober les espaces numériques où se déroule le dialogue sur le climat, en insistant sur le besoin de solutions robustes qui prennent en compte les coûts cachés de l’engagement numérique.

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