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Saga Ravatomanga

«Évacuation sanitaire» : entre urgence médicale et diplomatie sous tension

8 novembre 2025, 06:00

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«Évacuation sanitaire» : entre urgence médicale et diplomatie sous tension

■ Mamy Ravatomanga au moment de quitter l'ambulance pour entrer dans les locaux de la FCC, à Réduit. ? © Dev Ramkhelawon

À Antananarivo comme à Port-Louis, l’affaire de l’évacuation sanitaire du magnat malgache Mamy Ravatomanga prend des allures d’intrigue diplomatique. Tandis que l’ambassadeur de Madagascar à Maurice, Albert Camille Vital, dément catégoriquement toute démission et il nous a confirmé qu’il demeure bel et bien en poste. Des documents et correspondances officielles confirment cependant que sa chancellerie a été sollicitée, au nom de «raisons humanitaires», pour une évacuation sanitaire vers La Réunion.

Les évènements se sont précipités à partir du mardi 14 octobre, date de la rencontre à Quatre-Bornes entre Mamy Ravatomanga et Junaid Fakim, l’ex-commissaire de Financial Crimes Commission (FCC). Mamy Ravatomanga était alors déjà dans le viseur de la commission. Trois jours plus tard, le 17 octobre, une correspondance émanant de l’ambassade de Madagascar à Maurice est adressée au ministère mauricien des Affaires étrangères. Dans cette lettre, l’ambassade sollicite officiellement une évacuation sanitaire vers La Réunion pour le magnat malgache, alors admis à la Premium Care Clinic à Phœnix.

La demande se fonde sur une recommandation médicale du Dr Aniff Yearoo, cardiologue consultant et médecin traitant de Mamy Ravatomanga. Selon ce document, le patient souffre de douleurs thoraciques suspectes nécessitant des examens approfondis avec la prescription d’un test d’effort avec une MRI (Imagerie par résonance magnétique) ou une scintigraphie myocardique, qui n’est pas disponible à Maurice. L’ambassade précise dans sa note verbale que cette démarche relève d’un «cas humanitaire urgent» et demande la «coopération bienveillante» des autorités mauriciennes afin de faciliter les démarches administratives et logistiques.

Cette demande, bien que formellement légitime sur le plan humanitaire, intervient dans un contexte politique particulièrement sensible. Quelques jours plus tard, Albert Camille Vital est convoqué au bureau présidentiel à Antananarivo, pour des «explications» relatives à la situation sanitaire et judiciaire de Mamy Ravatomanga. Selon nos renseignements, il aurait été invité à s’expliquer sur l’implication de son bureau. Le magnat n’était pas encore entendu par la FCC à Maurice pour des affaires de blanchiment et de flux financiers transfrontaliers. Interrogé, Albert Camille Vital a nié toute démission, affirmant simplement avoir «répondu aux autorités malgaches» à propos des évènements récents à Maurice. Nous l’avons contacté pour avoir sa version et nous sommes toujours en attente d’une réponse.

Le jet de Blantyre : signal discret, mais révélateur

Le même vendredi 17 octobre, un jet privé Hawker 900 (immatriculé CN-RBS) en provenance de Rabat, avec escales techniques à Yaoundé et Blantyre, a atterri à Jet Prime, le terminal d’aviation d’affaires de l’aéroport SSR. L’appareil est conçu pour un vol avec sept passagers. Ce jour-là, Farinisoa Ernaivo, juriste malgache mandatée par la Refondation malgache et aujourd’hui ministre de la Justice malgache, est dépêchée par le colonel Michaël Randrianirina. Interrogée à son arrivée, elle confirme être à Maurice pour «pour émettre un mandat d’arrêt international et une alerte rouge contre Mamy Ravatomanga».

Elle évoque même une évacuation sanitaire à la Carlos Ghosn ou la possibilité d’un transfert «vers Blantyre ou La Réunion», selon l’évolution de la situation médicale prescrite. Cette séquence nourrit davantage le flou autour du rôle exact joué par l’ambassade de Madagascar à Floréal, dont les démarches humanitaires semblent s’être entremêlées à des considérations politiques et économiques, à un moment où le magnat malgache se trouve au cœur d’une enquête.

Entre raison humanitaire et manœuvre politique

À Madagascar, plusieurs observateurs estiment que l’affaire illustre la fragilité de la ligne diplomatique, mais aussi les liens d’influence persistants avec la figure de Ravatomanga. Dans les faits, cette tentative d’évacuation sanitaire soulève une question essentielle : s’agissaitil d’une urgence médicale avérée ou d’une opération de repli diplomatique déguisé pour soustraire un homme d’affaires controversé à la justice mauricienne ? Entre le silence prudent des chancelleries et le ballet des jets privés sur le tarmac de Plaisance, l’affaire Albert Vital–Ravatomanga laisse entrevoir les zones grises d’une diplomatie d’influence, où la santé devient parfois le paravent des intérêts politiques.

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