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TVA

Une surcharge qui pèse lourd dans la balance des PME

5 novembre 2025, 17:15

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Une surcharge qui pèse lourd dans la balance des PME

Entre hausse des taxes, flambée des coûts et baisse du pouvoir d’achat, de nombreuses petites entreprises alimentaires craignent de devoir mettre la clé sous la porte.

Près de 7 000 PME mauriciennes sont concernées par l’abaissement du seuil d’assujettissement à la TVA de Rs 6 millions à Rs 3 millions. Cette mesure visant à élargir la base fiscale et à renforcer les recettes de l’État, impose aux petites entreprises déjà éprouvées par le contexte économique de nouvelles charges administratives et financières. Hausse des prix, marges réduites et complexité des déclarations… la facture réelle plombe le moral des entrepreneurs.

Depuis le 1er octobre, toutes les entreprises réalisant un chiffre d’affaires annuel supérieur à Rs 3 millions doivent désormais être enregistrées à la taxe sur la valeur ajoutée (TVA). Cette disposition du budget 2025-2026, concerne environ 7 000 petites et moyennes entreprises (PME). Elle s’inscrit dans la volonté du gouvernement d’élargir la base d’imposition, d’améliorer la collecte de la TVA et d’augmenter les recettes fiscales de l’État, estimées à près de Rs 2 milliards supplémentaires par an.

La TVA, instaurée à Maurice en 1998, est un impôt indirect sur la consommation. Depuis sa mise en place, elle a connu plusieurs ajustements, concernant notamment le seuil d’assujettissement et les secteurs exonérés. Ce nouveau seuil abaissé à Rs 3 millions oblige de nombreuses PME jusque-là non soumises à la TVA à s’adapter rapidement à un système complexe et administratif. Cette intégration vise à réduire la concurrence déloyale et à uniformiser les pratiques commerciales entre entreprises enregistrées et non enregistrées.

Les entreprises enregistrées bénéficient d’un avantage selon le gouvernement: la possibilité de récupérer la TVA payée sur leurs matières premières, machines ou équipements. Toutefois, les activités exonérées, telles que la vente de fruits, de légumes, de poisson ou de viande, ne sont pas concernées, même lorsque le chiffre d’affaires des commerces dépasse le seuil fixé. Pour ces entreprises, l’adhésion au système TVA induit la tenue d’une comptabilité plus stricte et la mise en place de procédures internes, ce qui représente un coût supplémentaire pour des structures qui, souvent, ont peu de ressources humaines.

Pression administrative

En pratique, ces entreprises doivent désormais facturer la TVA à leurs clients et faire une déclaration trimestrielle, et non plus annuelle, auprès de la Mauritius Revenue Authority (MRA). Cette nouvelle périodicité impose de nouvelles obligations en termes de suivi des ventes, gestion des factures et contrôle des paiements. Le non-respect de cette obligation constitue une infraction à la VAT Act, passible d’une amende pouvant atteindre trois fois le montant de la taxe due et d’une peine de prison pouvant aller jusqu’à huit ans.

Sur le terrain, la réforme suscite des inquiétudes. Dès l’annonce en juin, la SME Chamber avait alerté sur les risques liés à l’abaissement du seuil d’assujettissement de Rs 6 millions à Rs 3 millions. Selon l’organisation, cette mesure fragilisera les plus petites structures, qui devront désormais faire face à des contraintes administratives et financières supplémentaires, freinant leur développement.

Pour ces raisons, Ajay Beedassy, président de la SME Chamber, estime que le seuil aurait dû être maintenu à Rs 6 millions. «Aujourd’hui, tout coûte plus cher. Le chiffre d’affaires augmente, mais les charges également, car il faut désormais un comptable pour le retour trimestriel, alors qu’auparavant, la déclaration se faisait annuellement. Au lieu de se concentrer sur le développement de leur activité, les entrepreneurs doivent gérer chaque détail administratif. Cela décourage particulièrement ceux qui débutent et freine ceux qui souhaitent lancer un business», explique-t-il.

Cette pression administrative touche plus particulièrement certains secteurs déjà fragilisés. Par exemple, dans le textile, certaines transactions interentreprises auraient pu être exonérées de TVA. La baisse des exportations, l’inflation des matières premières et la volatilité des marchés internationaux ont exacerbé ces difficultés, obligeant les PME à revoir toute leur stratégie commerciale. Elles estiment que les autorités auraient dû consulter les parties prenantes avant d’adopter cette mesure. Pour Ajay Beedassy, «il est essentiel que toute décision fiscale majeure soit prise en concertation avec les acteurs économiques concernés, y compris les petites structures». Selon lui, la mesure pourrait aussi inciter certaines entreprises à travailler au noir, surtout celles qui traitent principalement en espèces, afin de s’épargner les formalités.

Vinay Kanhye, directeur de V. Kanhye Health Foods, spécialisée dans les produits pharmaceutiques, illustre un autre aspect de la réforme : «Nous payons la TVA sur le packaging, mais nos infusions sont exemptées, sauf notre huile. Maintenant que nous sommes enregistrés à la TVA, nous pouvons réclamer celle payée sur le packaging.»

Baisse des ventes, marges réduites

Un mois après l’instauration de la réforme, les effets se font déjà sentir. Les patrons de PME rapportent une baisse des ventes, des marges réduites et une pression accrue sur le personnel et la gestion des stocks. Certains expliquent qu’ils sont obligés d’augmenter les prix pour compenser la TVA, ce qui fait fuir certains clients.

Dans les quartiers animés comme dans les centres commerciaux, dans les fastfoods ou le long des routes côtières, les stands de milk-shakes, gâteaux et glaces faisaient partie du décor quotidien. Le sourire des vendeurs cache une réalité de plus en plus amère. Depuis le 6 juin, le taux d’accise appliqué à la teneur en sucre a doublé, passant de 6 à 12 sous par gramme. Et depuis le 1er octobre, cette taxe s’étend désormais aux chocolats et aux crèmes glacées. Pour beaucoup de petits entrepreneurs, ce serait la charge de trop.

Dans le centre, un jeune homme qui tient depuis quelques années un comptoir de boissons sucrées raconte qu’il ne parvient plus à équilibrer ses comptes. «Avant, je vendais un verre d’ice tea à Rs 80, maintenant c’est à Rs 180», confie-t-il. Ses ventes sont passées de plus de 400 à une vingtaine de verres par jour. «Je comprends les clients. Avec un salaire bas, entre le loyer, l’école des enfants et la nourriture, il reste peu pour les petits plaisirs. Mais nous, les petits commerçants, on souffre aussi.» Entre ses cinq employés, les factures et le loyer, il dit avoir «le cœur gros» à chaque hausse de prix. «Si sa kontinie koumsa, mo pou bizin ferm mo bizness. Ena letan mo perdi lespwar. Ena boukou depans, pri pe monte touletan, ek bann kliyan pa kapav aste kouma avan. Être entrepreneur aster, se enn vre kas-tet.»

Toujours à Port-Louis, un vendeur de boissons et douceurs observe, inquiet, le changement dans son quartier. «Avant, à la sortie des bureaux, il y avait toujours du monde. Aujourd’hui, les gens s’arrêtent à peine, ils regardent les prix et continuent leur chemin.» Il soupire en pensant au coût du lait, du chocolat et même de la glace pilée, qui a presque doublé. «Chaque jour, je me demande comment tenir, comment continuer à offrir quelque chose sans perdre plus.»

Fin d’année redoutée

À Quatre-Bornes, Maya une pâtissière à la tête de sa petite entreprise depuis huit ans, raconte qu’elle a dû revoir tout son fonctionnement. «Le beurre, la farine, le sucre… tout a augmenté plusieurs fois cette année. Je vendais mes cupcakes à Rs 40. Aujourd’hui, à Rs 85, je ne fais même plus de bénéfice.» Pour limiter les pertes, elle a réduit ses heures d’ouverture et mis fin à deux contrats à temps partiel.

À Rose-Hill, une jeune entrepreneure spécialisée dans les gâteaux personnalisés tente de s’adapter. Elle expérimente des recettes avec moins de sucre et de plus petites portions. «Mais les clients le remarquent. Ils me disent que ce n’est plus comme avant. Je comprends, mais si je garde les anciennes recettes, je perds de l’argent.»

Ces témoignages traduisent une même réalité : la hausse des taxes et des coûts fragilise un secteur déjà sous pression. Dans le Budget 2020-21, la taxe sur le sucre avait déjà doublé, passant de 3 à 6 sous par gramme. Cinq ans plus tard, le taux a encore été multiplié par deux, tandis que la portée de la mesure s’élargit.

À l’approche des fêtes de fin d’année, une période autrefois synonyme de reprise, beaucoup d’artisans redoutent des ventes décevantes. «Les gens se serrent la ceinture, et nous aussi», soupire Faadil, un pâtissier de Curepipe. «Mais à force de tirer sur la corde, elle va finir par casser.»

Sur le terrain, l’inquiétude reste vive. Entre la montée des coûts et la baisse du pouvoir d’achat, les petites entreprises du secteur alimentaire peinent à maintenir leur activité. Pour certains, novembre pourrait bien marquer la fin d’une aventure commencée avec passion. Ces témoignages montrent que, si la réforme TVA vise à élargir la base fiscale et à améliorer la collecte, elle impose des contraintes importantes aux PME, qui doivent désormais gérer à la fois leurs obligations administratives et la gestion quotidienne de leur entreprise. Ce dilemme entre renforcement de l’État et soutien aux petites entreprises, essentielles à l’économie locale, rend les prochains mois déterminants pour évaluer l’impact réel sur leur survie et sur la dynamique économique du pays.

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