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Prix Jean Fanchette
Critique sociale : Amarnath Hosany et les masques de l’hypocrisie
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Prix Jean Fanchette
Critique sociale : Amarnath Hosany et les masques de l’hypocrisie
Une dénonciation en règle des préjugés qui perdurent. Car à cause d’eux, au sein d’une même famille, le traitement diffère, selon que l’on est clair ou foncé de peau. Amarnath Hosany est colauréat du prix Jean Fanchette 2025 avec «Le clown». Rira bien qui rira le dernier…
Cette fois c’est la bonne. Lundi dernier, Amarnath Hosany a été proclamé colauréat du prix Jean Fanchette 2025, avec Le clown. Il y a quatre ans, son texte intitulé Les guérisseurs avait obtenu une mention spéciale du prix Jean Fanchette 2021.
Derrière le masque du clown d’Amarnath Hosany, il y a une histoire nourrie par son ressenti, ce qu’il voit au jour le jour. Lui, le sensible qui refuse l’indifférence, témoigne depuis longtemps de situations difficiles mais bien réelles. «Les circonstances font que tout devient normal. Une personne est maltraitée, est victime de discriminations, cela fait partie du quotidien. Je n’arrive pas à comprendre comment cela peut devenir banal, alors que c’est grave. Ce sont les droits humains qui sont bafoués.»
Il ne croit pas aux slogans, à l’île-phare lancée sur la route du progrès. Autour de lui, *«c’est plutôt les ténèbres» *qu’il voit. Entre ceux qui se «renferment» et ceux qui se replient sur leur «petit confort et se contentent de ça», Amarnath Hosany se demande : où sont nos valeurs ?
Sa réponse ? «Il n’y a plus de valeurs», se désole-t-il, face au dérèglement des*«piliers qui permettent de s’épanouir : la famille, l’école, la religion, l’État, les institutions. Je ne généralise pas, mais tout a changé»*.
Son diagnostic : «Le mal dont on souffre c’est l’égoïsme. Nous vivons dans une société hypocrite. On se vante d’être un carrefour de cultures. Mais c’est plus un bazar où chacun essaye de se faire une place.» Résultat de ce que l’on transmet aux jeunes : réussir à l’école, trouver un bon poste, se marier avec une personne du même statut social.
Toutes ces dénonciations, c’est par le biais de la littérature qu’Amarnath Hosany souhaite nous les passer, une fois que son manuscrit gagnant sera publié. Le personnage principal, celui dont nous suivons le regard et la conscience, est une grand-mère. Une enseignante à la retraite. Elle a subi, sa vie durant, des discriminations en raison de sa couleur de peau. Que ce soit dans la famille, au travail, en société, dans le regard des autres. Un personnage discret, que l’on écarte. Mais qui observe tout. Elle prendra une décision drastique et décidera d’agir pour que sa petite-fille ne subisse pas les mêmes idées toutes faites. Car à l’école, le bullying de la petite-fille a déjà commencé. Mais la grand-mère refusera la fatalité.
Le nom d’Amarnath Hosany est davantage associé à la littérature jeunesse. Il a 27 titres – excusez du peu – à son actif.«C’est un peu comme si j’étais tombé dedans», sourit celui qui produit pratiquement un album par an. Son premier album jeunesse, Le Nectar magique, a été publié en 2003. Depuis, il a enchaîné les publications. Parmi celles-ci : Le Facteur, prix du Livre insulaire Ouessant en 2015, La Ravanne de Daniella (2019), Les papillons de Risha (2018), pour lequel il a obtenu le prix Saint Exupéry en 2019. Cet album a aussi été sélectionné pour le prix Unicef de littérature jeunesse 2019 dans la catégorie 6-8 ans. Le clown est son second roman après Les guérisseurs.
Ce texte a commencé comme un album jeunesse. Il s’est par la suite déployé en roman quand l’auteur a souhaité donner plus d’épaisseur psychologique aux personnages. Tout est parti d’une interrogation. C’est une chose d’observer les travers d’une société. Mais comment lutter contre eux ? «Le seul moyen pour dénoncer ces situations, c’est de faire découvrir aux lecteurs ce que les personnages ressentent.»
L’habitude de s’adresser à un public jeune pousse Amarnath Hosany à faire le choix d’une écriture accessible à tous les lecteurs, une écriture épurée. «On m’a déjà dit que c’est facile de me lire.» Très humblement, il avoue une maîtrise toute relative de la langue française. Ce qui ne l’a pas empêché d’avoir des prix littéraires. Pour s’améliorer, l’auteur a participé à autant d’ateliers d’écriture possible, notamment «à l’époque, au centre culturel Charles Baudelaire». Il se souvient d’animateurs d’ateliers qui lui disaient que son talent était celui d’inventer des histoires. «Quand vous avez l’histoire dans la tête, c’est la structure, les personnages, les lieux, les situations le plus important. La forme, c’est autre chose.» Par la suite, les maisons d’édition, les correcteurs se chargent du reste. «Pour qu’un livre soit publié, on ne peut pas travailler seul.»
Amarnath Hosany a aussi tenté l’aventure littéraire sous d’autres cieux. Notamment à l’île sœur, à La Réunion des Livres, au Jardin littéraire de Sainte-Suzanne. Il rencontre Véronique Massenot avec qui il collabore pour Tizan et l’arbre à bonbons, paru en 2016. La littérature jeunesse lui ouvre les portes du Festival du livre jeunesse de l’océan Indien, puis du Salon du livre à Paris. Face à ce palmarès, l’auteur relativise. Raconte que la première fois qu’il a participé à un salon du livre à La Réunion, «j’étais entouré de grands auteurs de la France, de Belgique et de la région. Au moment des dédicaces, il y avait des files d’attente devant eux. Moi j’étais là à attendre en me demandant, ‘où sont-ils’?».
L’auteur se reprend. «Mais j’ai eu de la chance.» La «chance» de faire les bonnes rencontres. Des regards bienveillants qui ont «lu mes textes, ils ont dit que c’était bien»*. Qui l’ont aidé à comprendre comment trouver un éditeur après avoir étudié leurs collections, leurs catalogues. Comprendre aussi qu’un album jeunesse, «ce n’est pas des longs textes. Il faut équilibrer les textes avec des illustrations.» Au bout de 27 albums, Amarnath Hosany «continue d’apprendre. Il y a des choses que je découvre»
Parcours
De «l’apprenti du livre» À L’auteur récompensé
À l’âge de six ans, Amarnath Hosany devient un «apprenti du livre et de la lecture». Mais il ne se destine pas encore à la littérature. Il a connu une longue carrière à la municipalité de Quatre-Bornes, employé au département de la voirie.
«J’aurais pu travailler jusqu’à 65 ans. Mais aussitôt que j’ai eu 60 ans, je ne pouvais plus tenir.» Il revient à ses premières amours. Lui qui avait commencé à écrire au collège, reprend la plume. Laisse libre cours à l’imagination. C’est aussi au collège que sa conscience sociale s’éveille. Il est élève lors de la grève des étudiants de 1975. «Je n’y suis pas allé parce que mes parents m’ont dit : "non, n’y va pas"». Depuis cette époque, son regard s’est affûté. Aujourd’hui c’est lui qui, le samedi, anime des ateliers d’écriture avec la Fondation pour l’interculturel et la paix, à Bambous.
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