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Santé

VIH/SIDA : Maladie curable, stigmatisation incurable ?

3 novembre 2025, 14:30

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VIH/SIDA : Maladie curable, stigmatisation incurable ?

Selon le «People Living with HIV Stigma Index», près de huit personnes séropositives sur dix n’osent pas parler de leur statut.

Mot terrible : sida. Pour certains adolescents ayant une vie sexuelle active, c’est une blague vexante dans la cour de récré. En 2025, on aurait pu penser que la stigmatisation autour de la maladie et des personnes atteintes du virus serait minime, ou au moins, moins conséquente. Hélas. Derrière ce mot, il y a des vies et des réalités invisibles. La semaine dernière, les derniers chiffres sont tombés : 268 nouveaux cas du virus de l’immunodéficience humain (VIH) ont été officiellement enregistrés à Maurice entre janvier et juin 2025.

Si cette tendance se maintient, le pays pourrait dépasser les 500 cas d’ici la fin de l’année, après 549 cas en 2024. Pendant plus de dix ans, le nombre annuel de nouvelles infections n’avait jamais dépassé 400. Les nouvelles infections concernent principalement les 25-34 ans (32,5 %) et les 35-44 ans (26,1 %). Quant aux modes de transmission, 49,3 % des cas proviennent de rapports hétérosexuels et 41 % du partage de matériel infecté entre usagers de drogues. Le VIH circule donc au sein de la population en général et ne touche pas seulement certains groupes, contrairement à ce que certains préjugés laissent croire.

Malgré les avancées médicales et la disponibilité de traitements efficaces, la stigmatisation envers les Personnes vivant avec le VIH (PVVIH) reste un problème majeur à Maurice. Jacques Achille, responsable des communications stratégiques de Prévention information et lutte contre le sida (PILS), souligne que «la bêtise et l’imbécilité persistent et font énormément de torts». L’exclusion, le rejet social, la perte d’emploi, voire l’abandon familial, sont autant de conséquences directes. Certaines personnes hésitent à se faire dépister, d’autres abandonnent leur traitement par peur du jugement. «De nombreuses personnes abandonnent le traitement par peur du regard des autres et de la stigmatisation, et elles en meurent. Sur les 10 000 personnes dépistées à Maurice, presque 2 000 sont décédées et à peine 2 000 suivent leur traitement convenablement. La stigmatisation est en effet présente en milieu hospitalier et nous avons de nombreux témoignages de personnes qui racontent comment des professionnels de la santé les traitent mal», explique Jacques Achille.

L’impact va au-delà du social : il touche l’estime de soi, la capacité à gérer le stress et l’accès aux soins. La pression sociale peut coûter un emploi, un logement ou la confiance des proches, conduisant à l’autostigmatisation, où les PVVIH intériorisent les jugements et se sentent coupables ou honteux. La HIV and AIDS Act de 2006 protège pourtant leurs droits, mais beaucoup hésitent à recourir à la loi car cela exposerait leur statut sérologique.

Le préservatif pour éviter les bébés, oui… mais qu’en est-il de se protéger contre la maladie ? Outre la stigmatisation, les raisons de cette hausse se traduisent toujours par des comportements à risque et des lacunes dans la prévention. Selon Jacques Achille, la hausse s’explique également par une baisse de vigilance dans les précautions de base, que ce soit lors des rapports sexuels ou chez les usagers de drogues. «Les personnes sont moins conscientes de la présence du VIH et des autres infections sexuellement transmissibles (IST) dans le pays. Elles s’engagent dans des rapports sans se protéger.» L’absence d’une diffusion continue et claire d’informations sur la santé sexuelle contribue directement à cette situation.

Maurice dispose pourtant de tous les moyens nécessaires pour se protéger : accès gratuit à l’information, aux préservatifs, au matériel d’injection propre, à la méthadone ainsi qu’aux traitements prophylactiques comme la pré-exposition (PrEP) et la post-exposition (PEP). Pour Jacques Achille, «il est nécessaire que les acteurs engagés, tant au niveau de l’État que de la société civile, se donnent les moyens et fournissent davantage d’efforts pour inverser cette tendance». Ce constat montre qu’il semblerait qu’à force de croire que les progrès médicaux ont tout réglé, l’inconscience s’installe, la vigilance se relâche et le risque devient presque invisible. Pourtant, le virus est toujours là, silencieux, présent dans nos milieux, nos relations, nos imprudences.

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