Publicité
La révolution malgache
Causes, symboles et chute d’un régime
Par
Partager cet article
La révolution malgache
Causes, symboles et chute d’un régime
POV
La révolution qui a brusquement emporté l’ancien président Rajoelina et son régime est le fruit de ressentiments longuement accumulés, tels des barils de poudre n’attendant qu’une étincelle pour exploser. Trois grandes raisons, parmi d’autres, peuvent être imputées à cette colère. D’abord, la mauvaise gouvernance : le pays s’enlise dans la pauvreté tandis que le gouvernement se perd dans des projets inconséquents. La corruption et toutes sortes d’abus se pratiquent sans crainte ni honte. Ensuite, la répression de toute voix dissidente, aussi minime soit-elle. Enfin, l’insensibilité devenue mépris face à la misère qui accable la population : délestages, coupures d’eau, famine, insécurité… La coupe était pleine et l’arrestation de deux conseillers municipaux a fait déborder le vase.
Mauvaise gouvernance : Trafics et corruption

Le téléphérique de la honte : Alors que les pannes de courant s’accentuent sans qu’aucune véritable solution ne soit trouvée, le régime Rajoelina endette le pays de plus de 150 millions d’euros pour financer la construction de quelques lignes de téléphériques censées désengorger la capitale (plus de 4 millions d’habitants). Le téléphérique fonctionne avec… de l’électricité.

73 kg d’or saisis en Afrique du Sud : Affaire classée sans suite. Des dizaines de kilos d’or en provenance de Madagascar ont ainsi été interceptés par les pays voisins. Pour chaque kilo découvert, combien d’autres sont passés à travers les mailles du filet complice des autorités malgaches ?

Les fils de Rajoelina au pouvoir : Un régime dynastique se profile. Les fils du président s’affichent à ses côtés lors de voyages et de pourparlers officiels, notamment lors de la mise en place de la ligne Dubaï–Antananarivo. En passant, Dubaï est l’une des principales destinations de… l’or malgache. Quelle coïncidence !

L’ombre de Mamy Ravatomanga : L’homme d’affaires suscite tellement de crainte qu’on n’ose même pas chuchoter son nom. Les gens préfèrent le sobriquet «Pierre Bleue» ou «PB». Ses entreprises sont présentes dans toutes les affaires juteuses du pays depuis des années. Selon les indiscrétions, l’inamovible Premier ministre Ntsay Christian serait son homme de main, lui permettant de mettre la main sur l’appareil d’État. Le magnat réfute ces accusations. Mais on a découvert les deux hommes dans le même jet privé de Mamy, lors de leur fuite secrète qui les a menés jusqu’à Maurice.
Répression

Réunions politiques interdites : Les rassemblements politiques, en public comme dans les lieux privés, sont prohibés. Les places mythiques, dont celle que ce même régime a baptisée «Place de la Démocratie», sont fermées au public.

Les critiques en prison : Un pouce renversé lors du passage du cortège présidentiel, un partage de critiques sur Facebook suffisent à envoyer leurs auteurs derrière les barreaux. Journalistes, activistes, simples citoyens ont ainsi croupi dans les geôles malgaches, dans des conditions inhumaines.

Violences armées: Les manifestations pacifiques, comme celles organisées pour contester la dernière élection de Rajoelina, sont systématiquement réprimées par la force. Cette violence a atteint son apogée lors des dernières manifestations monstres à travers le pays, où les forces de l’ordre ont tiré à balles réelles, causant plusieurs morts.

Intimidation : L’ex-président du Sénat, l’ancien général de gendarmerie Ravalomanana, que les gens surnomment ironiquement «Général Bombe» ou «Général Ferraille» à cause des médailles qu’il arbore ostensiblement, a déclaré, d’un ton méprisant, que «le peuple ne peut vaincre l’armée».
Insensibilité et mépris

Famine et pauvreté : Plus d’un million de personnes sont menacées par la famine dans le sud du pays. Un reportage de la journaliste Gaëlle Borgia, récipiendaire du prix Pulitzer, et de son équipe montre des habitants se nourrissant de lanières de peaux séchées puis cuites, normalement utilisées pour confectionner des sandales. Toujours dans le sud, le projet minier Base Toliara est contesté par la population forcée de se déplacer. Les manifestations sont violemment réprimées. Pendant que la population se débat, les ténors du régime affichent un train de vie luxueux.

«Pauvres mais heureux» : Ces paroles du président Rajoelina, prononcées sur le plateau d’une chaîne internationale, ont choqué la population. Il a admis que les Malgaches étaient pauvres, mais il a immédiatement ajouté qu’ils étaient tout de même heureux, car ils souriaient.

Le Colisée tabou : L’une des réalisations restées en travers de la gorge de la population est la construction, à des coûts faramineux, d’un colisée romain dans l’enceinte sacrée du Rova d’Antananarivo, domaine des palais royaux et ultime symbole de la souveraineté malgache.

Le président français aux commandes : C’est au détour de la presse que l’on apprend qu’en 2014, Rajoelina a demandé et obtenu la nationalité française pour lui et sa famille. «Pour l’avenir de mes enfants», expliquera-t-il. Cette double nationalité le disqualifie pour la fonction de président de la République malgache. Mais l’étendue de son pouvoir sur les institutions lui a permis d’être candidat, puis élu après une campagne aussi coûteuse que tonitruante. Il avait même évoqué la possibilité de modifier la Constitution, déjà taillée sur mesure, pour s’octroyer un troisième mandat. Au bout de la piste, c’est un avion militaire… français qui l’a extirpé de Madagascar.
Épilogue

Le mouvement Gen Z : Le 18 septembre 2025, Alban «Baba» Rakotoarisoa, Clémence Raharinirina et Lily Rafaralahy, trois conseillers municipaux, ont traîné des bidons vides et des ampoules devant le bureau du Sénat pour dénoncer les incessantes pannes de courant et les coupures d’eau qui minent la vie des Malgaches. Ils ont alors annoncé qu’ils allaient demander la permission de tenir une manifestation publique pour réclamer de l’eau et de l’électricité. Baba et Clémence ont été kidnappés, arrêtés et torturés. C’était le feu aux poudres. Le 25 septembre, la Gen Z, inspirée par ce qui s’est passé au Népal, descend dans la rue et s’organise sur les réseaux sociaux. D’autres suivront, partout dans le pays.

L’armée au secours : Le soutien des militaires du camp Capsat, dirigé par le colonel Michaël Randrianirina, s’avère décisif face aux sbires du régime Rajoelina, qui ne lésinent pas sur les moyens pour contenir les manifestants. Depuis longtemps, la population appelait l’armée à la protéger de cette force de répression, composée et commandée notamment par des gendarmes. C’est ainsi que le colonel a été plébiscité et propulsé à la tête du pays, comme président de la Rénovation de Madagascar.
Publicité
Publicité
Les plus récents