Publicité

Insécurité́ alimentaire

FoodWise lève le voile sur la pauvreté cachée dans le Sud

30 octobre 2025, 05:54

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

FoodWise lève le voile sur la pauvreté cachée dans le Sud

Photo: FoodWise

Il veut aider à cibler, comprendre et agir. Ce rapport de FoodWise, construit à partir d’une étude ethnographique et statistique de quatre mois, menée par Analysis Kantar, dresse un portrait sans fard de la précarité alimentaire dans le Sud du pays. FoodWise a révélé ce rapport le lundi 27 octobre, le matin à plusieurs partenaires, ministres et autres acteurs ; puis l’après-midi à la presse. Entre chiffres et récits de terrain, il met des visages sur la faim et alerte sur l’urgence d’agir autrement.

Commandée par FoodWise et menée entre juin et octobre 2025, l’étude mêle données statistiques et immersion humaine, une première à Maurice. «Pour la toute première fois, une enquête quantitative a été enrichie par une immersion dans les foyers», explique Lotilde Charpy, General Manager de FoodWise. Cette approche, pilotée par Virginie Villeneuve, directrice d’Analysis Kantar, visait à comprendre la pauvreté de l’intérieur. «On a passé parfois deux heures dans un foyer, à écouter, observer, comprendre», raconte-t-elle. «On ne voulait pas seulement des chiffres, mais une lecture du vécu.»

Le Sud concentre près d’un cinquième des Mauriciens vivant sous le seuil de pauvreté –environ 22 000 personnes. Les salaires mensuels y sont plus bas – Rs 22 000 à Rs 24 000 contre environ Rs 28 000 dans le centre – et les foyers souvent monoparentaux, avec une majorité de mères sans emploi. La précarité y est multiple, enracinée, souvent invisible. Certains habitants doivent parcourir jusqu’à 10 km pour se rendre à l’école, à un centre de santé ou à un supermarché. Dans ces conditions, la pauvreté s’installe, discrète mais persistante. L’étude distingue trois grands profils de foyers :

  1. Foyers en extrême pauvreté : un seul repas par jour, souvent du riz et des brèdes. Les protéines ne sont consommées qu’une fois par semaine, parfois sous forme de sardines ou d’œufs.

  2. Foyers en survie : revenus irréguliers, alimentation pauvre en nutriments mais riche en féculents et en boissons énergisantes pour «tenir».

  3. Foyers précaires mais résilients : petits lopins cultivés, plus de variété alimentaire, mais sans réelle sécurité.

Derrière les statistiques, il y a surtout des histoires : fatigue, honte, peur du lendemain. Les mères, souvent seules, jonglent entre la gestion du budget, la charge mentale et la culpabilité de ne pas pouvoir offrir mieux à leurs enfants. «Certains doivent même payer le transport pour aller chercher la nourriture qu’on leur offre», déplore Virginie Villeneuve. Les conséquences se lisent dans les corps et les regards : fatigue chronique, malnutrition, difficultés scolaires, sentiment d’abandon. L’étude recense environ 30 000 enfants de moins de 16 ans vivant sous le seuil de pauvreté dans ces régions. «Cette jeunesse dont le pays a besoin pour travailler grandit dans des conditions très négatives», prévient-elle.

Pour Lotilde Charpy, ce rapport n’est pas une fin, mais un point de départ. «On travaille chaque jour à construire des solutions concrètes, à sensibiliser sur la nutrition et le gaspillage alimentaire, parce qu’on est convaincus que le changement passe par l’éducation», dit-elle. FoodWise s’est déjà illustrée en contribuant à la réforme de la législation sur les dates de péremption, permettant la redistribution sécurisée des produits après leur best before date. Mais pour aller plus loin, l’organisation a besoin de soutiens financiers durables.

En partageant les résultats avec plus de 60 ONG, entreprises et institutions lundi dernier, FoodWise espère déclencher une réflexion nationale. L’ambition : bâtir une stratégie coordonnée contre l’insécurité alimentaire, en s’appuyant sur les données, mais aussi sur la compassion. «Cette étude ne sert pas qu’à FoodWise, mais à tout le pays», conclut Lotilde Charpy. «Elle nous aide à cibler, à comprendre, et à agir. Ensemble.»


Région étudiée : Sud de Maurice (Savanne, Grand-Port, Rivière-Noire)

Population concernée : Environ 260 000 habitants

Personnes en insécurité alimentaire : 22 000, soit près d’un habitant sur dix

Enfants vivant sous le seuil de pauvreté : Environ 30 000

Revenu moyen mensuel : entre Rs 22 000 et Rs 24 000

Part du budget consacré à la consommation : 78 %

Part du budget alimentaire : 41 %

Taux de pauvreté relative : 9,3 % à Savanne, 10,3 % à Rivière-Noire, contre 8 % au niveau national

Niveau d’éducation : 25 % des habitants n’ont pas dépassé le primaire

Familles nombreuses : 29 % comptent plus de trois enfants

Accès difficile : jusqu’à 10 km pour atteindre un centre de soins ou une école

Publicité