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Financement climatique : Un enjeu crucial pour les pays en développement

16 octobre 2025, 18:00

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Financement climatique : Un enjeu crucial pour les pays en développement

Les pays en développement et les petits États insulaires en développement (PEID) sont largement reconnus comme étant confrontés à des défis considérables pour accéder au financement du développement et de l’adaptation au changement climatique. Maurice, comme beaucoup d’autres États insulaires, est confrontée au même problème et se joindra sans aucun doute aux voix qui réclament un financement international accru et plus accessible pour l’adaptation et les pertes et dommages lors de la prochaine Conférence des parties (COP) 30, qui débutera à Belém, au Brésil, le 10 novembre.

Face à la hausse de la demande énergétique et au besoin croissant de développement durable, le financement de la transition énergétique est devenu un défi majeur. Alors que les économies de la région s’efforcent à répondre à des besoins énergétiques croissants tout en garantissant l’accessibilité, la fiabilité et la durabilité, le rôle des mécanismes de financement n’a jamais été aussi crucial. Dans le cas de Maurice, le financement des Nationally Determined Contributions (NDC) 3.0, qui définissent les mesures que Maurice entend mettre en œuvre pour réduire ses émissions et renforcer sa capacité à s’adapter aux effets du changement climatique, coûtera environ USD 5,7 milliards d’ici 2035, année fixée pour réduire de 40 % les émissions de gaz à effet de serre dans l’ensemble de l’économie.

Lors d’une récente réunion du comité directeur entre Maurice et les diverses agences des Nations unies, le ministre des Affaires étrangères, Ritish Ramful, a déclaré que les agences internationales devaient revoir leurs critères lorsque des petits pays comme Maurice demandent des subventions pour mettre en œuvre des mesures et investir dans les infrastructures nécessaires pour passer à des sources d’énergie durables. Selon le Pr Khalil Elahee, expert en énergie et président de la Mauritius Renewable Energy Agency (MARENA) : «Le financement climatique aurait dû s’élever à USD 100 milliards par an à l’échelle mondiale. Il est évident que nous sommes très loin de ce chiffre. La COP30 à Belém permettra, espérons-le, de faire la lumière sur le mécanisme de pertes et dommages, mais l’expérience nous montre que les progrès ne sont jamais radicaux. Avec l’administration Trump au pouvoir, il y a peu de chances que la dynamique mondiale s’accélère.»

De nombreux pays en développement principalement dépendent fortement du financement international pour atteindre leurs objectifs climatiques ambitieux. Ce financement prend principalement la forme suivante :

? «Green Aid» : subventions et prêts concessionnels accordés par les pays développés et les institutions multilatérales pour soutenir les projets climatiques, le renforcement des capacités et l’adaptation.

? «Climate Loans»: instruments financiers proposés par les banques de développement (par exemple, la Banque mondiale, les banques régionales de développement) et les fonds internationaux (par exemple, le Green Climate Fund) afin de financer des projets à grande échelle dans les domaines de l’atténuation et de l’adaptation. Ceuxci peuvent être assortis de conditions spécifiques liées à des garanties environnementales et sociales.

? Investissements du secteur privé : le rôle essentiel des partenariats public-privé dans le financement des transitions énergétiques, en mettant l’accent sur la nécessité d’une gouvernance forte et de politiques favorables pour attirer les investissements. Les mécanismes de financement innovants, notamment les obligations vertes et le financement mixte, sont souvent considérés comme des outils clés pour surmonter les obstacles financiers. Les ambitions climatiques sont souvent réalisables grâce à la disponibilité d’un soutien financier externe. La structure et l’accessibilité de cette aide et de ces prêts sont donc des facteurs déterminants pour la capacité d’un pays à poursuivre des objectifs climatiques ambitieux.


Questions au…Pr Khalil Elahee, expert en énergie et président de la MARENA : «Nous ne parlons jamais d’une gouvernance énergétique qui soit plus éthique, équitable et juste»

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Le financement climatique basé sur la performance s’applique aux mécanismes financiers qui lient directement la distribution de ressources monétaires à l’obtention de résultats climatiques définis, mesurables et validés de manière indépendante. Les parties prenantes qui atteignent ces résultats sont rémunérées ou incitées proportionnellement aux résultats obtenus, établissant ainsi un modèle axé sur les résultats. Cette méthodologie transforme le financement de l’action climatique, privilégiant les résultats au financement des simples intentions. Face à l’urgence de la lutte mondiale contre le changement climatique, le financement climatique basé sur la performance représente une voie prometteuse pour améliorer la transparence, la responsabilité et l’efficacité de l’allocation des fonds climatiques. Khalil Elahee, président de la MARENA : «Nous ne parlons jamais d’une gouvernance énergétique qui soit plus éthique, équitable et juste. C’est un peu parce qu’il n’y a pas de volonté d’avoir un phase out des énergies fossiles au niveau global.»

? Les PEID reçoivent une part très faible des financements climatiques mondiaux, bien inférieure à leurs besoins face aux impacts du changement climatique. Quelle est votre analyse de la situation par rapport à Maurice ?

C’est mieux pour Maurice d’avoir une stratégie à deux niveaux. D’abord, au niveau global, s’engager avec les PEID et l’Afrique pour que le financement vert soit accru en défendant l’urgence pour les populations les plus vulnérables de s’adapter au changement climatique. Secundo, il faut avoir une action locale qui soit cohérente avec notre engagement au plan international. Même une fraction des USD 100 milliards est significative pour notre économie, mais il nous faut élaborer un cadre afin d’attirer et de gérer les fonds verts pour le climat. C’est ce que le plan stratégique de la MARENA propose, entre autres, pour les énergies renouvelables. Il faut une approche systémique afin de pallier les manques et les retards accumulés jusqu’ici globalement comme localement.

? Maurice a déjà soumis ses NDC 3.0, qui incluent la production de 60 % d’énergies renouvelables. Ce qui demande des investissements conséquents car, aujourd’hui, les énergies vertes ne représentent que 18 % de la production électrique. Comment Maurice va atteindre cet objectif d’ici 2035, l’année fixée pour atteindre 40 % de réduction des émissions ?

Tout dépend de notre potentiel, des programmes qui sont déclenchés et surtout, de la demande. Cette dernière est la partie de l’équation que nous négligeons toujours. Même si nous réalisons ce qu’il faut en matière d’exploitation de notre potentiel en énergies renouvelables, si nous ne gérons pas la demande en termes d’efficacité énergétique surtout, il sera difficile d’atteindre nos objectifs. Or, la gestion de notre énergie ne signifie nullement qu’il faut réduire la demande. C’est l’efficience qui peut et doit augmenter, soit plus de rendement avec la même quantité d’énergie. D’ailleurs, la maîtrise de la demande de manière intelligente et les renouvelables sont comme les pieds avec lesquels nous marchons. En somme, il faut une approche holistique liant la fourniture et la demande, mais pas uniquement pour le réseau électrique. Il y a aussi le transport dont nous ne parlons presque jamais. C’est bien d’avoir des bus électriques mais les alimenter du réseau est actuellement une contradiction. Il faut intégrer les politiques, comme en 2018 où nous avons pu commencer à le faire avec le projet Maurice Île Durable.

? La coopération du secteur privée est-elle une solution pour avoir plus de financement ?

Parfaitement, mais il faut aussi ce que beaucoup appellent jusqu’à en abuser avec l’expression «un écosystème». Non seulement financièrement, mais aussi en matière de régulations, d’institutions et aussi de formation/ renforcement de capacités. Les projets du privé, comme du public, font face à trop de délais dans l’implémentation. Ceci dit, il faut également explorer les possibilités Government-to-Government, avec des partenariats public-privé aussi. J’ai un souci constant lorsqu’il s’agit du financement de l’installation de PV (photovoltaïque), par exemple, sur les toits des maisons pour ceux qui n’ont pas toujours les moyens afin d’investir dans les renouvelables, encore moins pour installer des batteries. Les banques ne font pas toujours le jeu car les risques de défaut de paiement sont plus élevés. Les procédures trainent aussi car souvent le Central Electricity Board et la Development Bank of Mauritius, par exemple, sont débordés. Cela, même lorsque les tarifs proposés au rachat de l’énergie verte ne sont pas très incitatifs. Les augmenter justement implique un accès à un financement vert et un mécanisme efficace pour la mise en œuvre. Le Home Solar Project dans sa forme nouvelle est un exemple à répliquer afin de démocratiser davantage l’accès à l’énergie verte. C’est là que la nécessité d’un marché carbone comme propose par le ministère de l’Environnement est pertinente.

? Les «vraies» questions concernant le financement climatique pour les PIED vont au-delà du simple montant d’argent, et devraient aussi concerner la structure, l’équité et l’efficacité du système de financement mondial. Quelle est votre opinion ?

Il faut que nous ayons non seulement de l’ambition, mais que nous nous donnions aussi les moyens de mettre en action une vision de transformation. Cela passe aussi par le dialogue, l’éducation et la sensibilisation afin que tous les stakeholders soient parties prenantes. Autant on en fait de nos jours une question de financement, l’ordre économique mondial dominant oblige, autant faut-il au niveau local développer des alternatives plus simples et plus proches de la réalité de ceux qui ont besoin d’accéder à l’énergie propre. Des modèles financiers innovateurs à travers les petites coopératives ou le crowdfunding doivent aussi être soutenus. Je crois fermement en des systèmes décentralisés, démocratisés, digitalisés et décarbonés (4Ds) comme une option à la structure conventionnelle. Nous ne parlons jamais d’une gouvernance énergétique qui soit plus éthique, équitable et juste. C’est un peu parce qu’il n’y a pas de volonté d’avoir un phase out des énergies fossiles au niveau global, d’où l’absence d’un organisme onusien, par exemple, responsable de l’énergie ou même du climat.

? Vous ne pensez pas que les aides, financières ou techniques, doivent avant tout se concentrer sur des projets d’atténuation plutôt que d’adaptation, vu que les petites îles sont particulièrement exposées aux effets dévastateurs des cyclones et l’élévation du niveau de la mer ?

Clairement, la priorité pour les PEID est l’adaptation. Nous pouvons avoir l’atténuation et l’adaptation tout en poursuivant les Objectifs du développement durable. Un exemple concret dans le contexte mauricien : les bâtiments bioclimatiques à basse consommation énergétique ou même à énergie positive et la ventilation naturelle comme l’agriculture durable ou la reforestation afin de produire de la biomasse sont quelques exemples où il n’y a pas à choisir entre l’atténuation et l’adaptation. D’ailleurs, la première permet mieux la seconde. Il ne faut pas opposer ces deux priorités.

? Un mot sur le projet de ferme solaire flottante à Tamarind Falls ? C’est une solution viable à long terme pour Maurice selon vous ?

C’est un projet coûteux mais en retour nous n’aurons pas besoin de terre, donc, pas au détriment de la sécurité alimentaire. Aussi, l’efficacité des panneaux est améliorée avec les températures plus basses à la surface de l’eau. Quant au défi structurel, je crois que c’est une opportunité pour nous, Mauriciens, d’apprendre des Indiens en matière de transfert de savoir-faire. C’est un projet ambitieux et les Indiens l’ont fait avec succès, comme les Chinois d’ailleurs. Il faut s’en servir pour que nous finissions par décoller dans ce secteur. C’est un apprentissage qui vaut la peine. Et un message aussi : il ne faut pas utiliser les superficies de terres agricoles que pour les énergies renouvelables car nous sommes sur une île avec une surface limitée et le sol agricole est précieux.

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