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Famille
Entre travail et maternité : Le casse-tête des parents mauriciens
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Entre travail et maternité : Le casse-tête des parents mauriciens
Photo d'illustration.
Le drame de Pointe-aux-Canonniers a bouleversé Maurice. Un bébé de 18 mois a été retrouvé noyé dans une piscine pendant que sa mère, employée dans une villa, travaillait à quelques mètres de là. Ce drame a ému l’île, mais il a aussi révélé une détresse silencieuse, celle de nombreux parents qui n’ont nulle part où laisser leurs enfants pendant leurs heures de travail.
Il y a vingt ans, une place en garderie coûtait entre Rs 3 000 et Rs 5 000 par mois dans les écoles du centre de l’île. Aujourd’hui, ce tarif a presque doublé et atteint en moyenne Rs 7 000. Dans certaines écoles anglophones, les frais peuvent atteindre Rs 10 000 – Rs 20 000, sans compter les dépôts et les frais annexes. Pour de nombreuses familles, ce coût est impossible à assumer, surtout lorsque le revenu mensuel se situe entre Rs 15 000 – Rs 20 000.
Face à cette situation, les parents improvisent. Ils font appel à des garderies non enregistrées, à des voisines ou à des membres de la famille. Parfois, ils emmènent leurs enfants sur leur lieu de travail. Ces solutions de survie comportent des risques considérables. Selon le rapport 2024-2025 de l’Ombudsperson for Children, sur 333 cas rapportés, 41 concernaient la négligence, les mauvais traitements ou des enfants en danger. Ces chiffres illustrent à quel point l’absence de structures d’accueil sécurisées peut exposer les plus jeunes à des situations à risque.
C’est le même constat de Magali Freyneau, présidente de Planète Enfants Mauritius. «Il n’y a pas de structure, tout simplement», déplore-t-elle. «Les parents doivent aller travailler, mais ils ne savent pas où laisser leur enfant. Certains n’ont pas les moyens de payer une crèche, d’autres n’ont tout simplement pas de place. Alors ils se débrouillent, parfois au risque de leur vie.»
Elle accompagne depuis des années de jeunes mères, souvent issues de milieux précaires. Elle décrit les dilemmes, la fatigue et la peur de certains mères qui viennent demander de l’aide l’ONG ; beaucoup viennent en pleurs. «Elles voudraient travailler, mais ne savent pas comment faire pour mettre leur bébé à la crèche. Certaines ont moins de 18 ans, donc elles n’ont droit à aucune aide de l’État. Même les aides pour les mères majeures, comme les child care vouchers ou l’allocation d’environ Rs 2 000, ont disparu. Aujourd’hui, il ne reste rien», explique-t-elle.
Magali Freyneau critique un système qui tente seulement de colmater les trous sans s’attaquer aux causes profondes. «On parle beaucoup, on fait de beaux discours, mais sur le terrain, il n’y a rien de concret. Les politiques changent, les allocations disparaissent et les familles les plus vulnérables se retrouvent seules.»
Une société en déséquilibre
Ces drames ne sont pas des accidents isolés. Ils sont les symptômes d’une société qui a perdu ses repères. Elle évoque le changement du rôle des femmes, sans nostalgie mais avec lucidité. «Avant, la mère restait à la maison. Aujourd’hui, les deux parents travaillent, mais les conditions n’ont pas suivi. On a oublié l’essentiel : nos enfants. On a voulu libérer la femme, mais on ne lui a pas donné les moyens de concilier travail et maternité.»
Elle évoque aussi un cycle de précarité et d’inégalités qui pousse certaines familles à des situations extrêmes. «Les abandons d’enfants, ce n’est pas par égoïsme. C’est la pauvreté, le manque d’éducation, la solitude. Ce sont des générations entières qui reproduisent la même misère faute de soutien», souligne Magali Freyneau.
À Maurice, aucune crèche publique à grande échelle n’existe et aucun programme national cohérent pour la garde d’enfants en bas âge n’est en place. Quelques ONG, comme Planète Enfants Mauritius, tentent de combler le vide mais sans financement stable. Entre culpabilité et fatigue, de nombreux parents jonglent tant bien que mal avec travail et responsabilités familiales. Et quand un drame éclate, la société se réveille seulement pour quelques jours.
Le manque de contrôle des structures d’accueil ajoute au problème. Beaucoup de garderies, maternelle, ou même refuge opèrent sans enregistrement ni supervision formelle. «On trouve de tout, des structures bien tenues et d’autres où il n’y a même pas de protocole de sécurité», précise Magali Freyneau. «Il y a des cas où des enfants sont restés enfermés des heures dans une pièce ou laissés sans surveillance pendant les siestes, selon les dires et les témoignages de mamans que nous rencontrons tous les jours. Quand un parent se plaint, il n’y a souvent pas de suite. Le cadre reste flou et l’application des règles est insuffisante.»
La disparition de l’aide publique a aggravé les inégalités. «Une mère qui travaille comme caissière ou aideménagère ne peut pas se permettre de payer une crèche à Rs 10 000. Alors elle fait appel à une voisine, une tante ou emmène son bébé avec elle. C’est un cercle vicieux», rappelle Magali Freyneau.
Derrière ces chiffres, il y a la fatigue. Ces mères enchaînent deux journées en une : celle du travail et celle des soins à la maison. «Elles culpabilisent de travailler, de ne pas être assez présentes, de ne pas offrir la sécurité qu’elles voudraient à leurs enfants», raconte Magali Freyneau.
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