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Enregistrement des chiens
Micropuce, macro-problème?
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Enregistrement des chiens
Micropuce, macro-problème?
Les toutous australiens, japonais ou encore ceux de l’Union européenne n’y échappent pas : chacun porte une micropuce, outil technologique fiable pour identifier l’animal, prévenir l’abandon et assurer un meilleur suivi vétérinaire. Ici, la loi veut aller dans la même direction. Mais alors que l’île fait face à un nombre alarmant de chiens errants, une question s’impose : est-ce une obligation équitable ou même réalisable ?
Nul ne conteste l’ampleur du problème. Des centaines de chiens errent dans les rues, parfois malades ou agressifs. Sur le papier, le puçage obligatoire pourrait constituer un premier pas vers une meilleure responsabilisation des propriétaires. Sur le terrain, pourtant, le dispositif montre vite ses limites.
Le processus, présenté comme simple: munissez-vous de votre carte d’identité et d’une preuve d’adresse et l’enregistrement ne prend que quelques minutes. Mais il se complique déjà quand il s’agit de plusieurs chiens. Que faire lorsqu’on en possède trois, quatre ou même neuf, comme une des propriétaires recensée pour cet article ?
L’accueil, lui, est loin d’être enthousiaste. De nombreux maîtres affirment déjà qu’ils ne feront pas enregistrer leur animal. Les raisons varient : coût jugé trop élevé, difficultés de déplacement, peur des longues files d’attente, ou encore crainte des bagarres entre chiens agressifs dans un même espace. Sur les réseaux sociaux, la grogne est palpable : beaucoup dénoncent une contrainte administrative mal adaptée à la réalité locale.
Certes, les frais d’enregistrement ont été revus à la baisse, Rs 350 au lieu de Rs 500, mais cela reste lourd pour certaines familles, surtout avec plusieurs chiens. Quant aux déplacements, ils constituent un autre obstacle : seuls deux centres, à Rose-Hill et Plaine-Magnien, effectuent l’enregistrement. Pour les habitants des régions éloignées ou les personnes âgées, l’exercice tourne vite au casse-tête.
Le processus lui-même suscite des inquiétudes : que se passe-t-il si plusieurs chiens agressifs se retrouvent face à face dans une file d’attente ? Comment transporter un animal malade ou trop imposant ? Ces questions reviennent sans cesse dans les témoignages recueillis.
Pour le Dr Vicky Ruhee, vétérinaire, la loi reste positive dans son principe. «C’est une bonne chose, car cela permettra un vrai recensement et plus de contrôle.» Il insiste aussi sur l’innocuité du dispositif : «La pose ne fait pas mal, il n’y a pas d’effet secondaire et, contrairement à ce que beaucoup pensent, ce n’est pas un GPS. La puce ne permet pas de localiser un chien en temps réel, seulement de l’identifier avec un lecteur.»
Mais lui aussi déplore l’absence de mesures pratiques. «On a reçu énormément d’appels après l’annonce de la loi. Il aurait été plus simple d’autoriser un enregistrement en ligne, avec un rendez-vous planifié. Cela éviterait les attroupements et rassurerait les maîtres de chiens difficiles.» Les vétérinaires devraient aussi être pleinement associés au dispositif.
La loi prévoit des délais stricts : 60 jours pour enregistrer un nouveau chien, 15 jours pour les races classées dangereuses. Les contrevenants s’exposent à des amendes allant jusqu’à Rs 100 000 et trois ans de prison. Mais sans mécanisme de contrôle crédible, la menace paraît largement théorique. Déjà, les campagnes de capture et de stérilisation des chiens errants peinent à suivre le rythme. L’ajout du puçage obligatoire pourrait surcharger un système déjà fragile.
En théorie, l’obligation d’identifier chaque chien devrait marquer un tournant vers plus de responsabilité. En pratique, elle risque surtout de renforcer le fossé entre maîtres exemplaires et ceux qui, déjà, ne vaccinent pas, ne stérilisent pas et abandonnent leurs animaux.
Sans soutien financier, sans multiplication des points d’enregistrement, sans campagne massive d’information et sans implication directe des vétérinaires, la loi risque de rester lettre morte. Pire, elle pourrait renforcer l’indifférence d’une partie des propriétaires.
Et une question dérangeante s’impose : que se passet-il lorsque cette loi, pousse certains maîtres à abandonner leur animal plutôt qu’à l’enregistrer ? Une ironie cruelle, qui viendrait aggraver le problème même que la mesure prétendait résoudre.
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