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Santé

Médecins en colère : ils réclament la démission d’Anil Bachoo

1 septembre 2025, 14:03

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Médecins en colère : ils réclament la démission d’Anil Bachoo

La contestation prend de l’ampleur et une marche pacifique est en préparation. Pour le corps médical, Anil Bachoo a perdu toute légitimité à la tête du ministère de la Santé.

Lors d’une visite surprise à l’hôpital Sir Anerood Jugnauth, à Flacq, le 28 août, le ministre s’est dit choqué de constater l’absence de médecins à leur poste et des patients «en détresse». Dans la foulée, il a annoncé la mise en place d’une special squad chargée de mener des visites inopinées dans tous les hôpitaux. Pour les praticiens, cette initiative ne répond en rien aux problèmes urgents du secteur : elle apparaît plutôt comme une opération de communication destinée à les pointer du doigt. Plusieurs d’entre eux réclament désormais sa démission et annoncent une marche pacifique dans les prochains jours.

Un décalage criant avec la réalité

Dès l’annonce du ministre, les médecins dénoncent un décalage entre les priorités politiques et la réalité quotidienne des hôpitaux. «Le CT-scan de Flacq est en panne depuis plusieurs mois. Les patients souffrants doivent se rendre jusqu’à l’hôpital ENT à Vacoas pour passer cet examen vital. Est-ce que le ministre en parle ? Non. Il préfère envoyer une équipe pour surveiller ses médecins», fustige un spécialiste de l’Est.

Cette critique s’étend aux pénuries de médicaments. «Même des traitements de base, comme le paracétamol, des suppositoires pour enfants ou d’autres médicaments courants, ne sont pas disponibles dans les services d’urgence. On nous dit que ces médicaments sont réservés uniquement aux patients admis. Cela veut-il dire que des patients arrivant en urgence repartent parfois sans soin ? Est-ce normal qu’en 2025, des médicaments élémentaires manquent dans les hôpitaux publics ?», s’indigne un médecin.

Des conditions de travail insoutenables

Les praticiens soulignent également la surcharge de travail qui pèse sur eux. À l’hôpital Victoria, à Candos, une doctoresse décrit un quotidien éprouvant : «Un médecin fait le travail de cinq personnes de ses deux mains. Nous couvrons la réanimation, le bloc mineur, l’observation, les consultations et les salles de garde parfois éloignées de plusieurs centaines de mètres. Nous ne restons pas assis dans un bureau. Nous courons partout, souvent à 2 heures du matin, sans sécurité et sous la pluie entre des bâtiments non interconnectés. Et malgré tout cela, c’est nous que l’on accuse.»

Une autre praticienne, de l’hôpital SSRN, estime que le ministre utilise ces visites pour faire de la propagande et se montrer comme un ministre «de terrain». «Le ministre Bachoo est une nuisance pour nous. Il ne connaît rien au système de santé et doit être mis à la porte. Nous comptons organiser une marche dans les jours qui viennent», affirme-t-elle.

Pour de nombreux médecins, ces visites surprises ne sont qu’une diversion. «Au lieu de lancer des inspections, le ministre devrait suivre un médecin pendant 24 heures pour comprendre ce métier. Malgré les infrastructures en décrépitude et les équipements hors d’usage, nous faisons tout pour les patients. Jamais un malade n’est renvoyé sans soin. Notre travail n’est pas de disperser la foule, mais de donner le meilleur traitement possible aux patients», expliquent-ils. Ils ajoutent qu’ils travaillent sans pause, sans repas et parfois avec seulement 30 minutes de repos. «C’est vers 1 h ou 2 h du matin que l’on mange. Les médecins ne sont pas des machines.»

Une politique qui aggrave la crise

Selon eux, les conséquences d’une telle politique sont lourdes. «Nous ne sommes ni des criminels ni des écoliers à surveiller. Le système fonctionne déjà avec un sous-effectif chronique. Un ministre devrait soutenir ses travailleurs, pas les enfoncer. Aujourd’hui, ses propos alimentent l’irrespect : certains patients profiteront de cette situation pour nous insulter», conclut un praticien.


Répondre au manque de personnel : le recrutement sous contrat démarre

Cet après-midi, le ministre de la Santé et du bien-être, Anil Bachoo, s’est rendu au New Cancer Hospital de Solferino afin de rencontrer le nouveau management, suite à la promotion de la doctoresse qui étais en charge de l’hôpital Jeetoo à Port-Louis. Cette visite a également été l’occasion pour le ministre de revenir sur sa récente descente surprise à l’hôpital SAJ à Flacq, où il avait constaté des manquements dans le suivi des patients. «Ce n’est pas la première fois que je fais une descente surprise dans un hôpital. Certains médecins accomplissent un travail irréprochable, mais d’autres manquent à leurs devoirs», a-t-il déclaré, insistant sur le fait qu’il ne voulait pas «lav linz sal an publik».

Par ailleurs, Anil Bachoo a pointé du doigt les négligences persistantes dans le système public. Dans plusieurs établissements, des patients circulent de service en service sans que leur problème soit correctement détecté, ce qui les pousse parfois à consulter le privé pour obtenir un diagnostic fiable. «Je n’ai peur de personne. Je ferai tout pour combattre l’injustice et je continuerai les visites surprises dans tout le pays, tout en aidant les patients», a-t-il affirmé.

Pour y remédier, une monitoring team sera bientôt mise en place par le ministère afin de suivre le travail des médecins, infirmiers et pharmaciens, tout en s’assurant du bien-être des patients. Le ministre a précisé que cette démarche ne consiste pas à surveiller le personnel, mais à identifier les problèmes rencontrés au quotidien et à les transmettre directement au ministère.

En ce qui concerne le manque de médecins, il a rappelé que ce problème date de dix ans et a critiqué l’ancien gouvernement : «Nous avons dû attendre le Budget et nous n’avions pas les ressources nécessaires. Le recrutement se fait via la Public Service Commission, il faut être patient.» Toutefois, il a annoncé que le ministère débutera dès le 1er octobre le recrutement de médecins sous contrat, que les infirmiers diplômés seront engagés et que des professionnels retraités continueront à combler les besoins immédiats.

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