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Interview
Dr Himanshu Champaneri : «Il faut renforcer les capacités locales»
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Interview
Dr Himanshu Champaneri : «Il faut renforcer les capacités locales»
Dr Himanshu Champaneri, neurochirurgien.
En visite à Maurice du 21 au 23 août pour des conférences de formation médicale continue et des rencontres avec les autorités sanitaires, le Dr Himanshu Champaneri s’exprime sur les enjeux de la neurochirurgie moderne, l’épilepsie et la collaboration régionale.
? Qu’est-ce qui vous amène à Maurice cette semaine et quels résultats espérez-vous obtenir de vos rencontres avec les autorités de la Santé ?
Maurice occupe une place particulière dans mon parcours. J’ai soigné de nombreux patients mauriciens en Inde pour des interventions neurochirurgicales avancées. Cette visite vise à renforcer la collaboration clinique, à engager un dialogue avec les responsables de la Santé et à échanger avec les médecins locaux. Mon objectif est de bâtir des partenariats durables pour améliorer l’accès aux soins spécialisés du cerveau et de la colonne, que ce soit à Maurice ou via des filières coordonnées avec l’Inde. Je souhaite aussi sensibiliser à des pathologies comme l’épilepsie, trop souvent méconnue ou sous-diagnostiquée.
? Vous êtes pionnier en neurochirurgie fonctionnelle et de l’épilepsie ainsi qu’en chirurgie endoportale de la colonne. Pouvez-vous expliquer simplement ces techniques ?
La neurochirurgie fonctionnelle et de l’épilepsie traite les cas résistants aux médicaments, comme la maladie de Parkinson, certaines dystonies, les douleurs chroniques, l’épilepsie ou certains troubles psychiatriques. Elle consiste à cibler des zones précises du cerveau. Chez des patients réfractaires, des interventions comme la stimulation cérébrale profonde (DBS) peuvent transformer la qualité de vie.
La chirurgie endoportale de la colonne est une approche mini-invasive. Au lieu de larges incisions, elle utilise de petits couloirs chirurgicaux, souvent endoscopiques, pour traiter hernies discales, sténoses ou instabilités. Les patients récupèrent plus vite, avec moins de douleurs et un meilleur respect de l’architecture naturelle de la colonne.
? L’épilepsie reste sous-diagnostiquée dans plusieurs régions. Quels sont les principaux obstacles et comment Maurice peut-elle y répondre ?
Le manque de sensibilisation, la stigmatisation et l’accès limité aux outils diagnostiques spécialisés comme l’électroencéphalogramme (EEG) vidéo prolongée ou le PET scan constituent les principaux freins. Beaucoup de patients continuent à souffrir inutilement sans savoir qu’une chirurgie est possible. Cela peut être corrigé par la formation des médecins locaux, la mise en place de partenariats avec des centres spécialisés à l’étranger et des campagnes publiques pour normaliser l’épilepsie comme maladie traitable. Avec son système de santé primaire solide, Maurice peut devenir un modèle régional.
? Comment les nouvelles technologies transforment-elles la neurochirurgie et la sécurité des patients ?
La discipline vit une révolution silencieuse. Nous utilisons désormais la cartographie cérébrale en temps réel, la neuronavigation, le monitoring peropératoire et parfois, la robotique. Ces outils améliorent la précision, réduisent les traumatismes chirurgicaux et protègent les fonctions neurologiques. Pour les patients, cela se traduit par des interventions plus courtes, moins de complications et des séjours hospitaliers réduits. La neurochirurgie est passée d’une chirurgie à haut risque vital à une chirurgie de préservation des fonctions.
? Au-delà du traitement direct, quel est l’apport des sessions de formation continue pour les médecins mauriciens ?
La formation continue est cruciale dans une discipline en évolution rapide. Les discussions de cas, vidéos chirurgicales et séances de questions-réponses permettent de vulgariser les procédures avancées et d’éclairer les médecins sur les parcours de référence possibles. Mais au-delà du transfert de connaissances, ces sessions construisent des liens. Je souhaite revenir régulièrement, et participer à une communauté de savoir partagé et d’excellence clinique.
? Quels sont les axes prioritaires pour améliorer l’accès aux soins neurochirurgicaux dans les pays à revenu faible et intermédiaire ?
Je vous cite trois piliers : diagnostic précoce, collaboration transfrontalière et innovation abordable. Les pays comme Maurice n’ont pas besoin de tout développer localement. Avec des systèmes de référence adaptés, les patients peuvent accéder à des soins de pointe, quand nécessaire. Parallèlement, il faut renforcer les capacités locales grâce à la formation, aux téléconsultations et aux stages. L’essentiel est que la qualité des soins en neurochirurgie ne dépende pas de la géographie : elle doit rester accessible, humaine et centrée sur les résultats.
Bio express
Le Dr Himanshu Champaneri est directeur clinique et chef du service de neurochirurgie fonctionnelle et de l’épilepsie, spécialiste de la chirurgie endoportale de la colonne vertébrale à l’Institut Marengo Asia International de Neuro & Spine, à Gurugram, en Inde.
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