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Kronik KC Ranzé

L’ordre naturel ?

10 août 2025, 05:35

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L’ordre naturel ?

Les policiers impliqués dans l’affaire de Reward Money, théoriquement payé aux informateurs de la police, invoquent depuis peu l’Official Secrets Act (OSA) pour ne rien révéler, pour ne rien expliquer. La belle affaire !

Il suffit de survoler l’OSA pour constater que cette loi de 1972 avait dans le viseur les espions, ceux qui divulguent les documents confidentiels du Cabinet ministériel et généralement les «disaffected persons» engagés dans des activités de subversion contre l’État. À mon modeste entendement cette loi n’interdit nullement de révéler, dans le secret de l’instruction, s’il le faut, le nom des «informateurs», qui auraient apparemment encaissé jusqu’à Rs 250 millions de primes financées par les contribuables, alors que flotte autour de cette affaire, une forte odeur de détournement de fonds publics ! D’ailleurs, l’identité des «informateurs» est DÉJÀ connue de plusieurs préposés de la police, y compris ceux qui paient et ceux qui autorisent les paiements! Pourquoi ne pourraiton pas étendre ces mêmes informations à la hiérarchie supérieure, sous le secret de l’instruction, pour validation et authentification ? Cette suggestion aurait d’ailleurs dû venir des inculpés eux-mêmes pour souligner leur bonne foi… Le mutisme suggère plutôt de l’embarras. Du compromettant. D’ailleurs, si le DPP peut accorder l’immunité générale à un interpellé, contre son témoignage, pourquoi ne pourrait-il pas accorder l’immunité contre toutes poursuites, sous cette seule loi de l’OSA ?

L’indice incriminant le plus dévastateur c’est sans doute les 14 retraits quotidiens de Rs 1 million «cash» faits à la SBM pendant les 15 jours ouvrables entre le 18 octobre et le 7 novembre, veille des élections générales. D’abord, parce que ces retraits enfreignent toutes les directives opérantes sur les montants, en liquide, que l’on peut décaisser quotidiennement d’une banque (La FIAMLA autorisant Rs 500 000 et la SBM faisant même mieux avec Rs 350 000) et ensuite parce que l’on comprend mal que les «informateurs» aient eu soudain besoin d’être payés… à la veille des élections! Que pouvaient-ils bien craindre ? Qu’il n’y ait pas de continuité d’action chez les policiers ? Que l’orange passe au rouge ? Ce serait abominable de le penser et très certainement condamnable de plus d’une manière…

Le 15 juillet, le PM rappelait au Parlement que le commissaire de police Dip avait modifié en 2021, la Standing Instruction No 122 de la police, qui permettait dès lors de payer les «informateurs» «before disposal of the case by the court», ce qui faisait sauter un contrôle naturel et rationnel s’appliquant jusque-là… Il demandait de plus à quoi servait les sections d’Internal Control et de Management of Financial Operations de la police, surtout au moment où les décaissements, largement supérieurs aux budgets votés d’ailleurs ( ! ), s’accéléraient de manière notoire en septembre et octobre 2024 à un peu plus de… Rs 50 millions! Ça sent le roussi…

Le langage de l’OSA illustre clairement les intentions du législateur. On y parle de «agents of a foreign state», de forces armées, de «prohibited places», de «munitions», de «disaffected persons», d’uniformes, de documents officiels ou de communications qui pourraient «… prejudice the safety or interests of Mauritius…». On est plutôt dans le monde des bottes et de la déstabilisation d’état que de celui des marchands de drogue et des informateurs qui vont avec. Ou encore de ceux qui auraient pu être tentés par l’opacité du système pour le phagocyter...

Je ne sais pas pourquoi on parle parfois à l’envers (verlan). Est-ce par discrétion ? Est-ce pour se distinguer des autres en banlieue ? Je ne sais pas, mais le verlan nous a notamment légué plusieurs mots désormais embrassés par les dictionnaires, même si pas par l’Académie française, plus guindée. On nous a ainsi légué le mot «ripou» pour le (policier) pourri…

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Conflit Babooram/Navarre-Marie ? Le PM dit qu’il a beaucoup de priorités dont il faut s’occuper d’abord et il a tellement raison! Cette empoignade est stupide et malvenue. Celle qui a rendu ce différend public mérite sanction. Il y a un pays à diriger. Des décisions productives urgentes à prendre…

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Dans l’Anthropocène que nous vivons, nous détruisons les autres espèces et nous sommes de plus en plus solidement contaminés par notre propre pollution. Il s’agira de survivre (et de bien vivre…) malgré le scepticisme de certains face à ce que l’humain fait à sa planète… dont il n’y a évidemment pas une copie ailleurs.

On discute limitation de plastique ces jours-ci à Genève alors que l’on en produit cette année environ 550 millions de tonnes et que 79 % vont dans les décharges et la nature ! Si rien n’est fait, on en produira 3 fois plus vers 2060. Or, les humains sont perméables et ils «ramassent» tout ce qui les entoure. Puisque le plastique se retrouve partout dans la nature, il se retrouve aujourd’hui dans la chair du poisson ainsi que dans les plantes au point d’interférer dans la photosynthèse. C’est donc que ça finit aussi dans nos assiettes ! Il est presque certain que le plastique est déjà dans votre sang, dans le lait que tétera le nourrisson et dans la majorité des échantillons de sperme. Le Smithsonian Magazine rapportait le 4 février dernier que la cervelle humaine pouvait contenir jusqu’à l’équivalent d’une cuillère faite de plastique, soit 7 grammes de microplastiques…

Il n’y a pas que le plastique. Aucun endroit au monde ne peut plus se dire virginal. Perméables, nous sommes donc contaminés en mangeant, en respirant et même en touchant. Les PFA, autrement appelés forever chemicals, se retrouvent déjà dans les œufs, les fruits de mer, le téflon, les nappes phréatiques. Selon le journal Nature, les PFA sont, en 20 ans, six fois plus présents dans les eaux de surface des États-Unis. Les deltas mondiaux sont bourrés d’azote et de phosphore ruisselant des excédents de fertilisants agricoles, au point de créer parfois des zones mortes anoxiques suivant des explosions de croissance d’algues.

L’Académie des Sciences américaine estimait en avril que 6 millions de km de rivières avaient des concentrations d’antibiotiques au-delà des normes environnementales acceptables, permettant aux bactéries d’y développer une résistance. Cette étude estime aussi que 9 500 tonnes d’antibiotiques (31 % du total consommé mondialement) finissent dans les rivières et que 3 250 tonnes (11 %) finissent à la mer, dans les lacs et les réservoirs… L’air aussi est pollué, notamment par les particules fines provenant des hydrocarbures que l’on brûle et qui tuent 8,7 millions d’humains par an selon The Lancet, quatre fois plus que le Covid tuait en 2020… mais on n’en parle presque pas! Nous avons déjà parlé du plomb (*)…

Ce qui faisait dire à l’auteur Mark O’Connell que c’est peut-être la fatalité de notre espèce d’atteindre la communion parfaite (et terminale) avec ses propres déchets ?

Comme toujours, isolément, ces faits peuvent paraître un peu hystériques. Peutêtre même qu’ils le sont sur les bords. Après tout, si 80 % de nos échantillons de sang comprennent des microparticules de plastique, 80 % d’entre nous ne mourrons pas actuellement de cancer du sang ! (**) Mais ce qui certain c’est que les doses de contamination et les formes de pollution progressent inexorablement et que les accumulations finiront par nous rattraper. Comme elles rattrapent déjà la nature elle-même. Que faire alors ? Peut-être que nous cultiverons bientôt des microbes pour éliminer, dans nos intestins, les PFA qui s’y accumulent ? Peut-être que nous serons bientôt en mesure de lâcher des escouades de GMO (genetically modified organisms) microscopiques pour nettoyer les océans des 27 millions de tonnes métriques de nanoplastiques qui s’y trouvent déjà ? (**) Peut-être bien. Mais qui nous dira si ces «solutions» sont sans d’autres conséquences pour les apprentis sorciers que nous sommes devenus ; le DDT, le lait Sanlu, le plomb dans l’essence ou la Thalidomide étant là pour démontrer les profondes limites de notre sagesse…

La nature encaisse déjà et nous en sommes la cause. La méga faune disparue (moa, mammouth, etc.), c’est nous ! Selon Elizabeth Kolbert (The Sixth Extinction, 2014, Pulitzer), 1/3 des coraux, 1/3 des mollusques d’eau fraîche, 1/3 des requins et des raies, 3/4 des mammifères, 1/5 des reptiles et 1/6 des oiseaux sont en voie d’extinction. Il est estimé que 96 % de la biomasse actuelle des mammifères est représentée par... l’humain et ses élevages ! Nous étions 188 millions d’humains en l’an 1 AD, 1 milliard au début des années 1800 ; et les avancées de l’hygiène publique et de la médecine (notamment pour réduire la mortalité des enfants) nous mèneront à environ 10,5 milliards vers 2085 ! Notre espérance de vie qui était estimé à 33 ans pendant l’empire romain (et jusqu’au 19ᵉ siècle !) est maintenant à 73 en moyenne mondiale !

La «pyramide» d’âge en l’an 2100 ressemblera, bien plus qu’aujourd’hui, à… un obus ! (***) Explosif !

À moins d’une guerre nucléaire ou de quelques pandémies…

On va se réveiller à temps ?

(*) Kronik KC Ranzé : Chiffrer les conséquences

(**) The New York Times l Opinion : You Are Contaminated

(***) Population Pyramids of the World from 1950 to 2100

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