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Questions à…
Girish Ramjuttun : «Les tickets, c’est un système de récompense pour avoir travaillé pour les élections générales»
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Girish Ramjuttun : «Les tickets, c’est un système de récompense pour avoir travaillé pour les élections générales»
Girish Ramjuttun, candidat indépendant, Ward 2, Vacoas–Phoenix
Vous déplorez l’«état d’abandon» de Vacoas. Quelle est l’urgence absolue qui attend la nouvelle administration municipale ?
Vacoas est tellement grande qu’il y a des priorités en concurrence. Dans le Ward 2, le problème énorme, c’est la congestion routière. C’est devenu un calvaire. Les gens vont au travail avec colère ; ils rentrent à la maison avec colère, après avoir affronté un trafic monstre. C’est l’une des priorités les plus pressantes. Les embouteillages se sont aggravés après l’entrée en service du métro. Il faut séparer Vacoas de Phoenix, même si elles sont dirigées par une même administration. Phoenix, avec sa proximité avec l’autoroute, a des problèmes différents de Vacoas. À Vacoas, le secteur des affaires est laissé-pour-compte.
La «ville morte» manque de clients ?
Ena klian. Si Port-Louis est la capitale, Vacoas–Phoenix est la plus grande des villes. Un exemple simple : un ami me propose de prendre un café et me demande où est-ce qu’on peut se voir. On a eu le choix entre un centre commercial à Phoenix ou un autre à Floréal parce qu’à Vacoas, il n’y a rien dans ce sens. La demande est là, l’offre ne suit pas. Les commerces de la ville sont vieillissants et manquent de relève. Récemment, une boulangerie fréquentée, Pain des Îles, qui était là depuis au moins 25 ans, a fermé ses portes. C’est pour cela que je plaide en faveur d’une chambre de commerce à Vacoas–Phoenix, pour trouver des solutions pour les commerçants. Il faudrait aussi un incubateur pour soutenir les entrepreneurs, qui souhaitent, soit se lancer, soit s’agrandir. Beaucoup de citadins veulent démarrer un business mais ne savent pas comment s’y prendre et finissent par abandonner. C’est un manque à gagner pour la ville et pour le pays.
«Ce que j’entends dans la rue, c’est que les résultats des élections générales ont été pris pour acquis.»
Selon vous, il y a un manque de transparence dans les affaires de la mairie. À quel niveau ?
Il y a deux volets à cela. Le conseil municipal se réunit tous les 15 jours, mais le public n’est admis aux réunions du conseil qu’une fois par trimestre. Il ne sait pas ce qui a été décidé durant huit à dix réunions du conseil municipal. Les décisions ne sont pas publiées sur le site web de la mairie.
Cela sent l’expérience vécue.
Exactement. J’ai vécu en Australie pendant 22 ans avant de rentrer à Maurice (NdlR, il était dans l’alimentation avec La Caze Mama). Dans la ville où j’étais, le conseil municipal siégeait trois fois par mois. On pouvait soit y assister de la galerie publique ou en live sur Facebook et YouTube. Nous avons besoin de ce type de transparence ; cela transforme la gestion. Cette transparence encourage aussi l’engagement citoyen dans les affaires de la ville.
Comment encourager les citadins à participer davantage à toutes les décisions municipales ?
Lors d’une réunion chez moi, avec 20 personnes, une fois qu’une première personne a posé une question, toutes les 20 personnes ont eu envie d’en poser. Ce n’est pas que le citoyen n’a pas envie de s’engager, mais il n’a pas eu la chance de pouvoir le faire. S’il y avait eu une structure de proximité, une réunion mensuelle dans le centre communautaire, diffusée en live sur les réseaux sociaux, on aurait vu de l’intérêt. Pendant la campagne, j’ai constaté qu’il y a de l’intérêt, mais les citadins n’ont pas l’assurance que l’on va trouver des solutions à leurs doléances.
Dans la liste des candidats, on retrouve deux anciens maires de Vacoas–Phoenix. Vous affirmez qu’obtenir un ticket aux municipales, c’est un «système de récompenses» . Expliquez-nous.
J’ai fait une demande de ticket au Parti travailliste (PTr) pour les élections municipales. Mon grand-père a été adjoint-maire de Vacoas–Phoenix en 1971. Historiquement, la famille a un lien avec le PTr. Pourquoi je n’ai pas eu de ticket ? J’ai souffert d’une maladie assez grave, qui m’a empêché de participer physiquement à la campagne pour les élections générales en octobrenovembre 2024. Je l’ai fait avec mes moyens, en ligne.
Quand j’ai envoyé mon CV et ma vision pour la ville, je n’ai pas eu l’approbation du PTr, parce que je n’avais pas travaillé pendant la précédente campagne. Ce qui veut dire qu’il y a un système de récompense, où la priorité est à ceux qui ont travaillé pour les élections générales. C’est important d’avoir un cœur social, mais s’il n’y a pas les compétences pour administrer la ville, c’est ce qui explique le recul extraordinaire, non seulement de Vacoas–Phoenix, mais de toutes les villes au cours de ces derniers 20-30 ans. C’est parce que l’on n’a pas privilégié la compétence mais la loyauté. Si les partis ne proposent pas des profils variés, le choix du citadin est limité. C’est un problème de fond que les partis politiques doivent régler.
Dans le camp travailliste, on met en garde contre l’abstention aux municipales. Sera-t-elle forte ?
Oui, elle le sera. Par contre, j’ai aussi rencontré des électeurs qui disent vouloir envoyer un message fort pour dire qu’ils n’aiment pas le style de gouvernance actuel. Ils ont fortement élevé la voix le 10 novembre dernier, mais leur voix n’a pas été entendue. Ce que j’entends dans la rue, c’est que les résultats des élections générales ont été pris pour acquis. Ces personnes, comme moi, aspirent à un vrai changement. Cela pourrait faire grimper le taux de participation.
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