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Journée des monuments et sites

Patrimoine national : grand temps de faire plus que d’enfoncer les portes ouvertes

18 avril 2025, 16:00

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Patrimoine national : grand temps de faire plus que d’enfoncer les portes ouvertes

■ Le musée de la Banque de Maurice ne figure pas sur la liste des lieux ouverts ce week-end.

C’est un beau rendez-vous. L’occasion pour petits et grands de visiter des lieux chargés d’histoire et d’en apprendre davantage sur ces éléments qui ont contribué à construire la nation. Aujourd’hui, c’est la journée internationale des monuments et sites. Ce week-end, le samedi 19 et le dimanche 20 avril, une série de sites classés patrimoine ainsi que des musées seront ouverts au public (voir hors-texte).

Mais l’opération portes ouvertes annuelle du National Heritage Fund impose d’emblée plusieurs constats. D’abord, la comparaison inévitable avec l’année dernière. En 2024, la liste des lieux «ouverts» était plus longue. Le public pouvait en sus de ce qui sera disponible ce week-end se rendre à La Citadelle, au parc national de Bras-d’Eau ou encore dans des châteaux privés. Un lieu, un peu oublié, qui avait suscité beaucoup d’intérêt à son ouverture en 2017 : le musée de la monnaie de la Banque de Maurice.

«C’est bien que ces journées portes ouvertes soient organisées», souligne Arrmaan Shamachurn, président de l’association SOS Patrimoine en péril. Mais il ne faut pas se limiter tous les ans à la même chose, maintient-il. En rappelant qu’un thème, décidé par le Conseil international des monuments et des sites (ICOMOS) accompagne la journée du 18 avril. En 2025, le thème, est «Patrimoine en péril face aux catastrophes et aux conflits: préparation aux risques et leçons tirées de 60 ans d’action de l’ICOMOS».

Pour Arrmaan Shamachurn, «Maurice a le devoir d’organiser des réflexions autour de ce thème et non pas seulement continuer des initiatives stéréotypées». Il estime que le thème de 2025 nous concerne à double titre. D’une part, les catastrophes naturelles liées aux changements climatiques. Le 25 mars, dans une réponse parlementaire, le ministre des Arts et de la culture a reconnu qu’«il n’y a pas de politique nationale pour la protection des sites classés patrimoine national en cas de catastrophes naturelles ni contre l’impact des changements climatiques». «C’est bien que le ministre ait reconnu cela, souligne Arrmaan Shamachurn, what next ?»

Dans la foulée, le ministre a annoncé qu’un projet de loi, le National Heritage Authority Bill est en préparation. Il devrait inclure les plans d’urgence et l’utilisation des nouvelles technologies – dont l’intelligence artificielle – pour protéger le patrimoine.

Mahen Gondeea a ajouté que s’il y a bien un Disaster Risk Management Plan pour l’Aapravasi Ghat, qui est patrimoine mondial, le plan pour Le Morne, autre patrimoine mondial est en préparation. Plus près de nous, on se souvient du musée d’histoire naturelle de Port-Louis inondé deux fois en six mois, en 2024.

«Trouver des solutions signifie reprendre depuis le début avec un inventaire national. Une étude scientifique qui détaille les matériaux de chaque site, l’état du site, l’intervention que demande chaque site et les risques associés à chaque bâtiment», explique Arrmaan Shamachurn. Un document crucial pour dessiner une feuille de route des rénovations du patrimoine national les plus urgentes.

Dans le cas des conflits, si Maurice est une terre de paix, Arrmaan Shamachurn rappelle notre souveraineté sur l’archipel des Chagos et la base militaire de Diego Garcia. «Qu’en est-il des structures anciennes qui sont aux Chagos ? Est-ce que la protection de ces sites fait partie de l’accord négocié avec les Britanniques ? Ou est-ce que l’on se concentre sur le loyer que les Britanniques devraient payer ?»

Autre piste de réflexion : dans le cadre des consultations pré-budgétaires, SOS Patrimoine en péril a proposé que le 18 avril soit décrété jour férié pour donner toute son importance au patrimoine. «L’Afrique du Sud a son Heritage Day», souligne Arrmaan Shamachurn. Il est observé le 24 septembre.

Les sites ouverts ce week-end, sont-ils l’arbre qui cache la forêt du patrimoine à l’abandon, non convenable à la visite ? Parmi les monuments en mauvais état, citons Clarisse House.

Christophe Leroux, vice-président de SOS Patrimoine en péril, ne mâche pas ses mots. «On a l’impression que les journées de portes ouvertes sont faites seulement parce qu’il faut le faire.» Il reconnaît cependant que les nouveaux dirigeants viennent d’arriver. La nomination de Ricardo Lalande comme nouveau président à temps partiel du National Heritage Fund a été avalisée le 21 février dernier. «Durant les 12 mois à venir, il faudra des innovations». Christophe Leroux souligne un point clé : «Au quotidien, en dehors de l’Hôtel du gouvernement et de la State House, la majorité des lieux sont déjà ouverts, mais peu de gens y vont. Pourquoi les gens iraient-ils dans ces endroits ce weekend ?» Le défenseur du patrimoine estime que pour cette occasion spéciale : «On aurait pu concentrer les efforts sur des lieux qui ne sont pas ouverts au public habituellement, y placer plus d’hôtesses, de guides et créer des animations.» Pourquoi ne pas retrouver des images d’antan, «avec des policiers revêtant l’ancien uniforme kaki de l’époque». Le vice-président de SOS Patrimoine rappelle qu’à Buckingham Palace par exemple, des millions de touristes se prennent en photo avec les officiers de la garde et leur uniforme si reconnaissable.

Dans le cas de partenaires privés, à l’occasion des journées portes ouvertes, certains proposent un tarif réduit. «Pour un jour dans l’année, ils auraient pu proposer la gratuité. Cela aurait incité les gens à revenir», conclut Christophe Leroux.

20h1.jpg ■ À vous les couloirs de l’Hôtel du gouvernement, habituellement fréquentés par les élus.

20h2.jpg ■ Le faste de la State House sera visible de près.

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