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Après une chirurgie cardiaque réussie en Israël: le petit Samaël Munogee peut grandir normalement

11 février 2023, 16:00

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Après une chirurgie cardiaque réussie en Israël: le petit Samaël Munogee peut grandir normalement

Certains bébés naissent avec un souffle au cœur. Si généralement, c’est sans gravité, cet état peut aussi indiquer une pathologie plus grave comme chez le petit Samaël Munogee, un an et demi, chez qui le Dr Sachin Ramdhany, spécialiste en cardiologie pédiatrique au SSR Cardiac Centre, a diagnostiqué une malformation nécessitant une chirurgie réparatrice complexe et impraticable par des chirurgiens mauriciens. Grâce à une collaboration entre le ministère des Affaires étrangères israélien et le ministère de la Santé mauricien, Samaël Munogee a pu se rendre avec sa mère à Save A Child’s Heart (SACH) International Pediatric Cardiac Centre en Israël où il a été opéré avec succès.

À voir Samaël déambuler avec vivacité sur la petite terrasse de la maison familiale, rien n’indique que cet enfant présentait une malformation cardiaque à la naissance, connue comme la tétralogie de Fallot, et qui sans une chirurgie cardiaque réparatrice, aurait pu lui être fatale à la longue. Il faut bien l’observer pour voir une cicatrice verticale sur son petit torse, visible en haut de son débardeur.

Après avoir accouché de lui, le 20 avril 2020, sa maman, Manuella Munogee, 36 ans, tombe des nues quand le pédiatre de l’hôpital SSRN lui annonce que son bébé présente un souffle au cœur, bruit anormal fait par cet organe vital lorsqu’il pompe le sang. «Il m’a dit que mon bébé a un petit trou dans le cœur», raconte-t-elle. Elle est d’autant plus surprise vu que ses quatre enfants précédents ne présentaient aucune pathologie congénitale. Le praticien la rassure en lui disant que ce «trou» pourrait se refermer par luimême. Mais 15 jours plus tard, il l’envoie à l’hôpital Victoria où une échographie du cœur est faite à Samaël.

Manuella et Christian Munogee, encore tout heureux de cette nouvelle naissance, déchantent quand le pédiatre confirme la présence d’un «trou assez large» dans le cœur de Samaël. Pendant cinq mois, ils font la navette entre leur maison et l’hôpital pour le suivi de l’enfant. Celui-ci est ensuite référé au SSR Cardiac Centre et suivi par le cardiologue Sachin Ramdhany, spécialisé en cardiologie pédiatrique. Celui-ci confirme le diagnostic et déclare aux parents que le bébé a besoin d’une chirurgie réparatrice complexe. L’enfant est mis sur liste d’attente des patients devant être opérés par des chirurgiens cardiaques étrangers attendus un mois plus tard. Sauf qu’en y réfléchissant bien, le Dr Ramdhany ne veut prendre aucun risque avec le bébé et consulte son directeur, le Dr Sunil Guness.

Les deux spécialistes estiment qu’il serait préférable que Samaël soit opéré rapidement et entament les procédures pour envoyer Samaël à l’étranger pour une chirurgie cardiaque réparatrice. Manuella Munogee est anxieuse car elle n’a jamais voyagé. Elle se dit qu’elle et son bébé seront sûrement envoyés en Inde. Or, elle est informée que c’est en Israël qu’ils iront, qu’ils y seront accueillis par Save A Child’s Heart (SACH) et que Samaël sera opéré par des experts en chirurgie cardiaque au SACH International Pediatric Cardiac Centre.

Les Munogee étant de condition modeste – Christian Munogee est maçon –, ils sont rassurés en apprenant que tous les frais - voyage, hébergement et chirurgie réparatrice cardiaque –, seront pris en charge par la SACH, organisation bénévole mise en place en 1995 par feu le chirurgien cardiaque Amram Cohen dans le but d’opérer les enfants souffrant de malformations cardiaques graves et venant de pays où leur système de santé ne peut leur offrir ce type de chirurgie de précision.

La collaboration bilatérale entre le ministère des Affaires étrangères israélien et le ministère de la Santé mauricien s’est mise en place lors de la visite à Maurice, en juillet dernier, d’Eli Belotsercovsky, ambassadeur d’Israël dans plusieurs pays de l’Afrique australe dont Maurice. Après avoir fait don d’équipements médicaux envoyés par Israël, l’ambassadeur, qui est basé à Pretoria en Afrique du Sud, propose que les patients inopérables à Maurice puissent être soignés en Israël. Tout comme est également évoquée entre les deux parties la possibilité que des médecins mauriciens soient envoyés en Israël pour être formés ou inversement qu’un spécialiste israélien vienne former ses pairs à Maurice.

Le cas de Samaël Munogee figurant dans la catégorie de patients inopérables par des chirurgiens mauriciens, le consul honoraire d’Israël à Maurice, Keeshor Gungah, agit comme intermédiaire entre le ministère de la Santé, le centre cardiaque et l’ambassadeur Eli Belotsercovsky. Après renseignement en Israël, l’ambassadeur Belotsercovsky est mis en contact avec la SACH dont l’hôpital reçoit et opère de nombreux enfants venus du monde entier. Mais ce centre de soins n’avait encore jamais accueilli et traité d’enfant mauricien.

Au cours d’une vidéoconférence avec Eli Belotsercovsky mercredi, l’ambassadeur israélien a expliqué à l’express que le SACH International Pediatric Cardiac Centre, bras médical de SACH et pour lequel les meilleurs cardiologues et chirurgiens cardiaques israéliens interviennent bénévolement, a opéré plus de 6 000 enfants dont près de la moitié ont été référés par l’autorité palestinienne, par Gaza, l’Irak et le Maroc et plus de 40 % par des pays africains, les 10 % restants venant de pays de l’Europe de l’Est et de l’Asie. D’où vient cette générosité ? «Dans la religion juive, il y a un principe qui est celui d’aider à réparer le monde. L’idée est d’essayer de rendre ce monde meilleur et c’est aussi la philosophie de SACH». SACH fait des levées de fonds régulières pour pouvoir assurer le déplacement, la prise en charge médicale et l’hébergement de ces enfants et d’un de leur parent.

«Les médecins et infirmières israéliens se sont relayés à son chevet toutes les cinq minutes.»
 

Avant que le départ de Manuella et Samaël Munogee ne soit fixé, le Dr Ramdhany a de nombreux échanges avec les responsables de SACH et les chirurgiens cardiaques du SACH International Pediatric Cardiac Centre, leur envoyant tout le dossier médical du petit et s’occupant même des démarches administratives de sa mère. Un rôle qu’il trouve normal vu les circonstances. «I go out of my way pour les enfants qui en ont besoin, ainsi que leurs parents», dit-il à l’express. Le 12 octobre dernier, Manuella et Samaël Munogee ont quitté Maurice et après une escale à Istanbul, ils sont arrivés à Tel Aviv où mère et fils ont été immédiatement pris en charge par un représentant de SACH et ils ont été conduits à la SACH House où la Mauricienne a côtoyé bon nombre de mamans africaines et leurs enfants, en attente eux-aussi de chirurgies cardiaques.

Au SACH International Pediatric Cardiac Centre, Manuella Munogee et son fils ont rencontré plusieurs spécialistes dont les Drs Anita et Alorna. Après les examens d’usage, le 20 octobre dernier, Samaël a été opéré. Pour rassurer les enfants, les chirurgiens cardiaques autorisent les mamans à accompagner leur enfant au bloc opératoire et à rester avec lui jusqu’à ce que l’anesthésie générale fasse son effet. Ils n’ont pas dérogé à la règle pour la Mauricienne. L’opération a duré plus de cinq heures pendant lesquelles Manuella Munogee n’a pas arrêté de prier. Au sortir du bloc opératoire, les praticiens sont venus lui dire que le cœur de son enfant avait été complètement réparé. À minuit, Samaël a commencé à reprendre conscience. «Les médecins et infirmières se sont relayées à son chevet toutes les cinq minutes. Ils ont été aux petits soins avec nous.» Cinq jours plus tard, l’enfant était à même de quitter l’hôpital pour retrouver la maison d’accueil.

Tout pendant le séjour, Manuella Munogee a gardé contact avec le Dr Ramdhany et avec ses proches. Ayant appris du Dr Ramdhany que le suivi opératoire peut se faire à Maurice, au lieu de garder la mère et l’enfant pendant deux mois supplémentaires – leur retour provisoire était pour le 11 janvier 2023 –, les chirurgiens cardiaques israéliens les ont autorisés à prendre l’avion et à regagner Maurice le 11 novembre dernier.

Depuis son retour, Manuella Munogee est apaisée. Une sérénité motivée par le fait que les spécialistes israéliens lui ont donné l’assurance que son petit n’aurait plus besoin de chirurgie cardiaque et parce que depuis son retour, l’enfant n’a jamais été aussi énergique. Mais elle suit à la lettre leurs recommandations, à savoir que Samaël ne soit pas exposé à la poussière, à la fumée, qu’il ne tête plus de sucettes, qu’il n’ait pas une alimentation épicée et qu’en grandissant, il évite les sports d’endurance.

Le Dr Ramdhany, qui a revu le petit garçon en novembre, est très satisfait de l’état de celui-ci. «La malformation a été corrigée et l’enfant se porte bien. Nous ferons son suivi jusqu’à l’âge adulte.» Manuella Munogee conseille aux mamans dont les enfants ont des complications de santé graves et inopérables à Maurice de ne pas hésiter à accepter si le ministère de la Santé leur propose de se rendre en Israël pour des soins. «Sa qualité pran kont zot finn pran nou kont là extra ça. Je ne finirai jamais de remercier Dieu pour la chance que j’ai eue..»

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