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Démissions au gouvernement : l’exemple britannique impossible à émuler à Maurice
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Démissions au gouvernement : l’exemple britannique impossible à émuler à Maurice
Hémorragie au sein du gouvernement du Premier ministre britannique, Boris Johnson. Plus de 50 ministres et collaborateurs ont quitté son gouvernement. La nouvelle secrétaire à l'Éducation Michelle Donelan et le secrétaire à l'Irlande du Nord Brandon Lewis sont venus s'ajouter à la longue liste de démissionnaires. Hier, Will Quince, secrétaire d’État à l’Enfance et la Famille, a jeté l’éponge. Tout comme Laura Trott qui a quitté son poste de secrétaire d’État aux Transports. La veille, le ministre des Finances, Rishi Sunak, a annoncé sa démission. Cela, quelques minutes après la démission du ministre de la Santé, Sajid Javid. Et à Maurice ? Pareilles démissions de ministres et députés lassés par les scandales, est-ce imaginable ?
Penny Hack, avocat d’affaires: «Dilo lor bred sonz»
Maurice a beau avoir hérité du système westministérien, une «autre mentalité et une autre culture politique» nous séparent, estime l’avocat Penny Hack. Peut-on imaginer un sursaut des ministres et députés de l’actuel gouvernement, qu’ils décident de quitter le centre du pouvoir ? «À Maurice, ils avalent des couleuvres tous les jours et cela ne leur fait rien. Ils ont perdu leur dignité et leur intégrité. Il n’y a plus de valeurs». Une «indifférence» à la fois aux critiques ainsi qu’aux scandales résumée, selon Penny Hack, par l’expression, «dilo lor bred sonz». Pour lui, une situation équivalente à la nôtre en Angleterre aurait été synonyme de démissions du gouvernement et d’élections.
Quel recours pour faire évoluer les choses ? Penny Hack ironise : «Prières, bougies… On a tout vu et cela n’a rien changé. L’indifférence est totale. Nous faisons face à un trou noir en termes de moralité politique.» Pendant que la bougie brûle la main, reste plus qu’à «espérer que ce trou noir avale ces gens-là. Il faut tenir ». Jusqu’à quand ? Jusqu’aux prochaines élections prévues pour 2024 ? «Le pire serait d’attendre les prochaines élections.» L’avocat d’affaires confie qu’il avait espoir que certains proches du gouvernement auraient incité des démissions. «Au moins cinq à six personnes. Cela aurait eu un effet. Mais elles semblent attachées à leur poste.» Quand Nando Bodha a démissionné comme ministre des Affaires étrangères, le 6 février 2021, d’autres membres du gouvernement ne l’ont pas suivi.
Penny Hack ne regarde pas qu’en direction des élus. Mais braque les projecteurs sur les fonctionnaires, qui peuvent «protester d’une façon ou d’une autre s’ils ne sont pas d’accord avec les agissements de ce gouvernement». Ainsi que sur le secteur privé, «qui peut inciter à des actions de désobéissance en toute légalité, pour qu’on donne au peuple la possibilité de régler la situation en toute démocratie. Il n’y a pas lieu de descendre dans les rues. Il y a d’autres façons de faire. Personne d’autre ne peut régler la situation en dehors du peuple».
En contrepoint : les actions en cour dans le cas des députés expulsés du Parlement. Le «manque de célérité» a rendu des affaires caduques. Finalement, la posture, c’est «allez voir la police, la justice, qui vous voulez. Dilo lor bred sonz».
Vijay Makhan: C’est aux citoyens de se réveiller
«Aret révé kamarad.» Réaction spontanée de Vijay Makhan, ancien ambassadeur et ancien Secretary for Foreign Affairs, quand on lui demande si des démissions comme celle des ministres britanniques sont envisageables à Maurice.
Il n’en démord pas. «Alors que le temple du peuple est cadenassé, que la parole des représentants du peuple est confisquée par un speaker qui n’est pas un élu, c’est aux citoyens d’agir.» Comment ? En profitant des jours où les élus se rendent dans leur circonscription pour faire du «political surgery». Selon Vijay Makhan, il faut profiter de ces occasions où les élus écoutent les doléances de leurs mandants pour leur mettre la pression. Notamment dans les Citizens Advice Bureaux, surtout que les «restrictions sanitaires sont levées. Dans un système comme le nôtre c’est au citoyen de leur demander des comptes, alors que des députés n’arrivent pas à poser des questions en son nom». Est-ce qu’à Maurice, le citoyen se mobilise en dehors des périodes électorales ? «Toute chose a un commencement», affirme Vijay Makhan. «Si le peuple aime tout ce qu’il voit, ce qu’il entend, ce qu’il vit, nek al lor radio plégné.» Ou «res lakaz». Mais s’il veut en savoir plus, il doit poser des questions, vu que c’est le peuple qui «donn zot larzan». Il précise toutefois : «Je n’incite pas au tamtam, cela n’apporte rien.»
Jocelyn Chan Low Démissions: une logique à géométrie variable
Que nous enseigne l’histoire contemporaine sur les démissions du gouvernement à Maurice ? Jocelyn Chan Low, historien, rappelle les cas des ministres du gouvernement de sir Seewoosagar Ramgoolam, Lutchmeeparsad Badry (Sécurité sociale) et Giandeo Daby (Coopératives). En 1979, ces ministres ont été poursuivis pour corruption, trouvés coupable, et ont dû démissionner.
L’historien cite aussi le cas des ministres (Anil Gayan, Kailash Purryag, Kader Bhayat et Kadress Pillay) qui ont démissionné le 4 janvier 1986 dans le sillage de l’affaire Amsterdam. Affaire où, le 31 décembre 1985, quatre parlementaires mauriciens, députés de la majorité sont arrêtés avec de la drogue à l’aéroport Schiphol, à Amsterdam, aux Pays-Bas. Sans oublier le cas de Pravind Jugnauth lui-même, qui a démissionné dans le sillage de l’affaire MedPoint, pour revenir, une fois l’appel «dismissed» par le Privy Council.
Démission au moment de l’allégation ou à la mise en examen ? «Cela a évolué avec le temps», souligne Jocelyn Chan Low. Exemple, dans le cas d’Ivan Collendavelloo, alors Deputy Prime Minister et ministre de l’Énergie, est révoqué, «alors qu’il y a une allégation dans un rapport».
Dans le cas des allégations de Sherry Singh, ex-CEO de MT, par rapport à une tentative de donner accès au trafic d’Internet de Maurice à un pays tiers, il n’y a pas encore d’éléments de preuves, pour un «prima facie case».
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