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Commémoration du naufrage du Sir Gaëtan - La mère du capitaine Bheenick: «Rod enn garson zot donn mwa»
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Commémoration du naufrage du Sir Gaëtan - La mère du capitaine Bheenick: «Rod enn garson zot donn mwa»
Mercredi, le temps semble s’être arrêté à Poudre-d’Or. La mer semble plus calme et reposante comme pour marquer l’événement solennel du jour. Les regards sont braqués sur l’horizon, lieu où le Sir Gaëtan, remorqueur de la Mauritius Ports Authority (MPA), a sombré dans une mer déchaînée, le 31 août 2020, entraînant avec lui quatre membres de l’équipage. Affligées par le deuil, les familles des victimes, Lindsay Plassan, Sylvain Addison, Sujit Seewoo et le capitaine Moswadeck Bheenick, étaient conviées organisé par le syndicat MPA-MAOSU à un recueillement et au dévoilement d’une stèle en hommage à ces hommes de la mer, qui ont péri alors dans l’exercice de leurs fonctions.
Une vieille dame toute menue attire l’attention sous un kiosque. Elle est drapée d’un salwar khameez rose à motif fleuris, un horni rose recouvrant sa tête. Une paire de savates mauve complète son look sobre. Elle, c’est Azizah Bheenick, 84 ans, mère du capitaine Bheenick, dont le corps n’a jamais été retrouvé. Les houles de cette fameuse nuit l’ont englouti à tout jamais. Les yeux larmoyants, elle se tourne vers les députés rouge Fabrice David et Mahend Gungapersad, assis à ses côtés. Ce dernier est un élu de la circonscription no 6 (Grand-Baie/ Poudre-d’Or). «Rod enn garson zot donn mwa. Rod enn garson», ne cesse-t-elle de se lamenter. Elle fond en larmes.
Debout à sa droite, son gendre essaie de la réconforter. Mais la douleur de cette mère toute frêle, qui essaie de se cramponner au souvenir de son fils disparu, prend le dessus. Son énorme chagrin se transforme en colère. La tristesse s’éclipse pour laisser la place à la révolte. La mère du capitaine accuse les hauts cadres de la MPA de lui avoir enlevé son fils. «Ki sannla inn zet mo garson ? Zordi inn koul mo garson.» Elle sanglote, lève les bras au ciel. Son gendre essaie de la calmer.
«La mer qui prend l’homme»
La cérémonie commence. Les familles des victimes sont assises à l’avant. À la fin de la prière dite par un Maulana, une voix déchirante s’élève. «Apel mo garson. Dir mo garson vini», pleure Azizah Bheenick. Elle ne cesse de réclamer son unique fils. Le poids de la douleur semble trop lourd à porter pour la vieille dame, écrasée par l’âge. Elle accepte de se confier. «Boukou mo pe senti beti. Mo vinn fol. (…) Mo al rod mo garson a swar dan simé. (…) Zot pa ti bisin avoy li fer sa travay la», se lamente-t-elle. Son ton change. “Sa bato inn pran dife la vit vit zot in tire. (NdlR : Un incendie a éclaté sur le Ruey Chien Tsai 112 le 24 août dans la zone portuaire).»
Azizah Bheenick trouve du réconfort auprès d’une de ses deux filles, qui se trouve à Maurice. «Seki inn fer mo garson pa bon. Mo mem kone kouma mo pe viv, kouma mo pe manze. Dan konesans mo zanfan in ale», poursuit la vieille dame. Pour elle, le plus dur, c’est qu’elle n’a pas pu dire un dernier adieu à son fils. «Mo pann trouv so figir», sanglote-t-elle. Moswadeck Bheenick, dit-elle avait l’habitude de l’appeler tous les jours quand il se rendait à son travail. Il lui disait : «Ma mo pe al travay». En une journée, il venait lui rendre deux fois visite.
À la capitainerie au Quay D, c’était au tour de la Maritime Transport and Port Employees Union (MTPEU), la Sailors’ Home Society et Stella Maris/Apostolat de la Mer de rendre hommage aux marins disparus. L’émotion est palpable et l’atmosphère pesante. Sur la stèle, figurent les portraits des disparus et cette phrase d’une chanson de Renaud, «Ce n’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend l’homme.» Après que chaque famille a déposé un bouquet de fleurs en hommage aux disparus, la mère du capitaine Bheenick s’approche. Elle n’arrive pas à contenir ses émotions. Elle se penche vers le portrait de son fils, lui caresse le visage. Le président de la MTPEU, Tirth Prayag, la tient par le bras. Elle est accablée, dévastée. Entre les cris, les sanglots, elle réclame à nouveau son fils, Moswadeck, parti à tout jamais, laissant derrière lui une veuve éplorée, un fils et une fille, dont la vie s’est éteinte avec lui.
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