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Population mauricienne en baisse: de lourdes conséquences en vue

2 septembre 2021, 14:00

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Population mauricienne en baisse: de lourdes conséquences en vue

Comparée à juillet 2020, la population a décru de 0,01%, soit de 77 Mauriciens, pour l’île. C’est ce qu’indique le dernier rapport de Statistics Mauritius, publié ce lundi 30 août. Avec une telle tendance à la baisse, Maurice va aux devants de lourdes répercussions. Manque de main-d’œuvre et charges considérables pour la pension de vieillesse risquent de survenir d’ici entre les cinq et dix prochaines années.

1 221 844 Mauriciens composaient la population locale de l’île Maurice (pas la République) au 1er juillet 2021. Ceci équivaut à 626 177 hommes et 640 157 femmes, respectivement. Pour la même période l’an dernier, la population se chiffrait à 1 221 921, ce qui marque une baisse de 0,01%, et donc de 77 personnes. Est-ce une situation inédite et surtout alarmiste? Les recensements de la population réalisés par Statistics Mauritius de 1944 à 2011 démontrent toujours une croissance.

Cependant, un découpage plus récent des données illustre un fléchissement de la population après 2011. De 1 196 383 au dernier recensement, cette proportion est passée à 1 218 060 en 2013. Malgré un accroissement entre 2014 et 2017, une nouvelle baisse était notée à partir de 2018. Ainsi, de 1 222 208 Mauriciens cette année-là, le nombre a chuté à 1 221 663 en 2019, avant de remonter à 1 221 921 en juillet 2020.

Pourquoi un nouveau décroissement en 2021, à hauteur de 77 Mauriciens ? Selon Suttyhudeo Tengur, président de l’Association pour la protection de l’environnement et des consommateurs (APEC), depuis plusieurs années, les jeunes couples donnent naissance à un ou deux enfants au maximum. «La principale raison d’une telle pratique est essentiellement financière car ceci requiert un investissement à long terme depuis la naissance jusqu’à la fin des études supérieues des enfants.»

Selon le sociologue Rajen Suntoo, les femmes sont plus nombreuses à étudier, travailler et à préférer ne pas avoir d’enfant. Les mariages se font aussi plus tardivement, passant autour de la tranche d’âge de 29 à 30 ans, au lieu de 25 ans. Parallèlement, le président de l’APEC mentionne des changements dans les types d’emploi occupé. «Auparavant, beaucoup de femmes travaillaient comme employées de maison. Mais aujourd’hui, le nombre occupant ces postes a largement chuté. Elles ont migré vers d’autres professions.»

La migration des Mauriciens vers d’autres pays contribue également à la baisse de population, estime Suttyhudeo Tengur, qui évoque aussi le Covid-19.

De plus, le taux de fertilité de Maurice baisse. En 2010, celui-ci était de 1,54. Cinq ans plus tard, soit en 2015, cet indice était de 1,34 et de 1,35 en 2019 respectivement.

Un point renchéri par Vidya Charan, directrice exécutive de la Mauritius Family Planning and Welfare Association. «On a commencé à avoir une baisse au niveau de la naissance à partir de 1996. La tendance est maintenue avec un taux de fertilité à 1,34. Par conséquent, nous continuons à attirer l’attention des autorités, des familles et surtout les jeunes sur ce problème. La croissance de la population devient négative. Si la tendance est maintenue, il y aura des retombées sur la famille et la société», estime-t-elle.

Dépendance aux étrangers

Tout en affirmant qu’en 2021, la baisse de 0,01 % n’est pas colossale, le sociologue Rajen Suntoo évoque un taux de croissance de la population dans les années 1960. Or, 40 ans plus tard, donc en l’an 2000, cette variation oscillait entre 0,6 % et 0,8 %. «La chute actuelle est de 77 personnes, ce qui n’est pas un nombre élevé. En revanche, si cela dépasse les 300 personnes ou plus et si la baisse perdure, cela aura un impact sur la société.»

Quelles en sont les conséquences justement ? Principalement, notre maind’œuvre en pâtira, indiquent Rajen Suntoo et Suttyhudeo Tengur. L’ultime recours sera d’importer des travailleurs étrangers, ce qui créera une forte dépendance à ces recrues. D’ailleurs, poursuit le président de l’APEC, cette baisse pourrait entraîner une «generation gap» considérable. «Ceci implique, d’un côté, une population vieillissante et, de l’autre, une population trop jeune. Cette situation risque de créer un désordre social dans le monde socio-économique où le pays aura à importer de la main-d’œuvre pour assurer sa survie économique et être compétitif par rapport aux marchés d’exportation.»

Avec la rapidité à laquelle vieillit notre population, l’incidence se répercutera sur la pension de vieillesse. Ainsi, trop peu de Mauriciens seront capables de travailler pour financier énormément de bénéficiaires. «Les frais de pension et d’assurance-vie vie seront définitivement majorés», ajoute-t-il. Il perçoit un tel scénario catastrophe d’ici la prochaine décennie. Mais d’ici 2026, la cellule familiale en ressentira déjà des secousses, estime-t-il.

Comme l’affirme Vidya Charan, avec moins d’enfants, et plus de personnes âgées composant notre population, il n’y a pas un taux de remplacement. Aussi, la structure familiale connaîtra un profond changement. «L’impact se fera sentir sur la famille qui est une structure essentielle pour la survie de l’humanité et les valeurs humaines. L’économie souffrira aussi en termes de production et de consommation bien qu’on puisse se fier à la main-d’œuvre étrangère qui sera temporaire. Les secteurs de services en seront aussi impactés.»

Que faire pour inverser cette tendance à la décroissance du peuple mauricien ? Il faut pouvoir soutenir cette population vieillissante en termes de facilités et plans de pensions. «Les investisseurs préfèrent investir dans des pays où il y a plus une main-d’œuvre jeune, dotée de capacités et de savoir-faire», avance-t-elle. Quant à Suttyhudeo Tengur, il suggère l’augmentation des congés de maternité et de paternité face à l’absence d’autres proches pour la prise en charge des petits. Des crèches et instituts éducatifs mieux structurés doivent également être mis en place pour épauler les parents.

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