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Droit d’asile: Avi obtient son feu vert au bout de quatre ans

21 décembre 2020, 17:18

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Droit d’asile: Avi obtient son feu vert au bout de quatre ans

Question pour un champion : quel est ce pays dit démocratique où ses ressortissants, qui ont une orientation sexuelle autre qu’hétérosexuelle – élément relevant somme toute de leur vie privée –, sont pourtant ostracisés, persécutés, que ce soit dans leur milieu familial, scolaire ou professionnel, au point de leur rendre l’existence invivable et leur faire demander un droit d’asile dans un pays européen ?

Non, ce n’est ni le Chili à l’époque de Pinochet, ni dans aucune autre dictature où les gens disparaissent sans crier gare. Vous donnez votre langue au chat ? C’est Maurice dont il s’agit, dont l’image de paradis et de carte postale a été une fois de plus écornée au cours de la semaine écoulée par le rapport sur le droit d’asile des personnes LGBTQI mauriciennes en Europe, commandité par la Young Queer Alliance à l’association Avocats Sans Frontières de France.

Si ce rapport est très fouillé et très technique d’un point de vue légal, il lui manque des témoignages de ces personnes de la communauté LGBTQI qui ont dû s’exiler. Avi, la trentaine, est de ceux-là. Il n’est pourtant pas né dans un milieu très conservateur ni analphabète. Ses parents sont des personnes éduquées, qui étaient des commerçants aujourd’hui à la retraite. C’est vers l’âge de 11 ans qu’il réalise qu’il est homosexuel. S’il accepte cette condition qu’il n’a pas choisie, comme le rappelait au cours de la présentation du rapport mardi l’avocat mauricien Sandy Christ Bhaganooa, son entourage pas. «Mes parents ont eu du mal à se faire à cette réalité et la pilule passe toujours mal pour eux», raconte-t-il sur Whatsapp.

Sa différence finit par se savoir et il est sujet aux railleries de ses pairs à l’école et même d’enseignants qui se moquent ouvertement de lui. Il est insulté et traité de tous les noms. «Oui, j’ai été bullied à l’école par les enfants de ma classe, par les enseignants. La pire des humiliations a été quand j’ai découvert que quelqu’un s’était masturbé et avait éjaculé sur mes affaires dans mon pupitre.»

À l’époque, il n’a aucun soutien, pas même d’organisation de défense de la communauté LGBTQI car celles-ci n’existent pas encore. Il souffre en silence et se jette dans les études dans l’espoir de pouvoir aller étudier à l’étranger.

Ses résultats étant excellents, il obtient une admission universitaire dans une capitale européenne. Dans l’avion qui l’emmène loin de cette île qu’il aime tant mais qui lui a fait tant souffrir, il ressent un sentiment de soulagement et de liberté. Il pense, à tort, que ses persécutions sont derrière lui. Or, Avi déchante car si les étrangers qu’il côtoie dans ses cours universitaires sont très gentils, ses compatriotes ont conservé leur esprit étroit et chagrin et leur mentalité étriquée. Et il fait l’objet de discrimination et de rejet. «En termes de logement, j’ai dû déménager à deux reprises tant j’étais harcelé par des Mauriciens.»

Lorsqu’il termine ses études, Avi ne se voit pas rentrer à Maurice. Sur la base des droits humains, il fait une demande pour rester dans ce pays. Sa demande est refusée. Il doit alors faire une demande d’appel en cours et réclamer un droit d’asile. La procédure prend quatre ans avant d’aboutir par une acceptation. Une attente qui a été dure pour lui. Heureusement qu’il a pu bénéficier du soutien du Collectif Arc-en-ciel et de la Young Queer Alliance, qui s’étaient entretemps constitués.

S’il est aujourd’hui bien dans sa peau et apprécie son travail, son île natale lui manque. «Votre terre natale restera toujours gravée dans votre cœur.» Bien qu’il n’ait pas oublié les mauvais traitements dont il a fait l’objet à Maurice, il souhaiterait y retourner pour des vacances et même y être enterré un jour.

S’il a un conseil à donner aux membres de la communauté LGBTQI à Maurice, c’est «de rester forts. Il y a énormément de soutiens à l’étranger. Tendez la main et restez concentrés sur vos objectifs. Votre santé mentale est importante. Ne culpabilisez surtout pas et ne vous blamez pas. Soyez indulgent envers vous-mêmes».

Le rapport en bref

Que dit ce rapport sur le droit d’asile des personnes LGBTQI mauriciennes en Europe ? Que malgré des instruments juridiques allant dans le sens de la protection de la vie privée de tout un chacun, droit garanti par la Constitution de Maurice, et malgré toutes les chartes, conventions et protocoles en faveur de la protection et du respect des droits humains, signés et ratifiés, l’État mauricien n’offre pas une protection adéquate aux personnes LGTBQI. Et les demandes de la communauté internationale en ce sens ne sont pas écoutées. Les couples homosexuels risquent l’emprisonnement car la sodomie, même si pratiquée entre adultes consentants, est un délit passible de cinq ans d’emprisonnement. Et il en sera ainsi tant que l’article 250 du Code pénal ne sera pas amendé ou abrogé. Un couple homosexuel comprenant un Mauricien et un étranger, qui s’est marié à l’étranger, n’a pas les mêmes droits qu’un couple marié hétérosexuel. Le conjoint de même sexe étranger ne bénéficiera pas de facto d’un permis de résidence à Maurice. Il y a une absence de reconnaissance juridique par rapport aux couples du même sexe et l’époux survivant qui vit à Maurice ne pourra pas bénéficier de la succession ni de l’usufruit. Il ne bénéficiera pas d’abattements fiscaux non plus. Le changement de sexe est impossible tant d’un point de vie médical qu’administratif. En l’absence de dispositions pénales spécifiques contre l’homophobie et la transphobie, les individus commettant ces crimes restent impunis. Il n’existe aucune loi interdisant le discours haineux sur la base de l’orientation sexuelle ou de l’identité du genre. Donc, les membres de la communauté LGBTQI en sont perpétuellement exposés. Vous avez dit : Maurice, c’est un plaisir ?

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