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Enfants traumatisés: quand le chien devient thérapie
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Enfants traumatisés: quand le chien devient thérapie
Cela fait un peu plus d’un an que la directrice de Safe Haven a adopté Annie, chienne de la race des Golden Retrievers, qui n’avait à l’époque que trois mois. Au fur et à mesure qu’Annie grandissait, Anushka Virahsawmy s’est rendu compte que cette chienne était non seulement intelligente, joueuse et taquine mais qu’elle débordait aussi d’affection.
Cela lui a rappelé l’époque où elle vivait à Cardiff en Grande-Bretagne et pratiquait l’art thérapie avec des enfants autistes, souffrant du syndrome d’Asperger et de stress post-traumatique. «Un jour, ma collègue psychologue a emmené un chien de race dans la salle où se trouvaient les enfants et l’a mis au milieu de la pièce. La réaction était incroyable. Les autistes surtout, qui vivent pourtant dans leur monde, se sont levés chacun à leur tour pour venir le caresser et serrer l’animal contre eux. La connexion était très forte. La présence du chien arrivait à susciter une réaction même chez les enfants qui n’aiment pas qu’on les touche. Au lieu d’être prostrés, ils avaient les yeux fixés sur le chien et riaient. En voyant le potentiel d’Annie, je me suis dit que j’aurais pu essayer de l’emmener à Safe Haven et voir la réaction des bénéficiaires.»
Si cette maison de transition accueillait, à ses débuts, les jeunes filles qui étaient éjectées des centres de réhabilitation à leur majorité et qui avaient besoin de se retrouver avant de reprendre le cours de leur vie, la pandémie du Covid-19 et le confinement ont fait qu’Anushka Virahsawmy soit confrontée à des besoins d’un autre ordre, soit recueillir les femmes et les enfants victimes de violence domestique et d’abus. C’est ainsi qu’à Safe Haven aujourd’hui, il y a 13 enfants âgés entre un et 14 ans.
Entraîneur
Pour pouvoir transformer Annie en chien de thérapie, la directrice de Safe Haven avait besoin d’un entraîneur. Mais n’est pas formateur canin qui veut. «J’ai rencontré une ou deux personnes se disant entraîneurs et j’ai été surprise par leurs réactions. L’un m’a dit qu’il fallait mettre Annie en cage pour l’entraîner. L’autre qu’il fallait l’asticoter. L’élément de confiance n’y était pas.» Jusqu’à ce qu’une âme bien intentionnée lui mette la puce à l’oreille en lui parlant d’Alvin Sohun, propriétaire de la Dog Training and Rehabilitation Unit.
La carte de visite de cet entraîneur canin est éloquente. Cela fait dix ans qu’il suit des cours avec Tg Gobin, un Mauricien établi en Grande-Bretagne, qui retrouve son île natale deux fois l’an pour entraîner les futurs formateurs canins, qui se comptent sur les doigts d’une main.
Alvin Sohun, après trois cycles de formation, aurait déjà dû avoir obtenu son diplôme final d’entraîneur canin, MQA Approved, n’était-ce la pandémie du Covid-19, qui a perturbé tous les déplacements aériens.
Au cours des dix dernières années, Alvin Sohun a recyclé, aux côtés de La Meute de Zion, plus de 1 500 chiens errants qu’il a ensuite réussi à faire adopter à travers les réseaux sociaux.
Entre Anushka Virahsawmy et lui, le courant est immédiatement passé, de même qu’avec Annie, qu’il a d’abord évaluée. «C’est une chienne de race équilibrée, positive et en même temps indifférente dans la mesure où lorsqu’on l’emmène faire une marche et qu’il y a des gens autour, elle ne saute pas sur tout ce qui bouge. C’est une chienne capable d’intégrer un plan de travail systématique.»
Langage corporel
Le jeudi, Alvin Sohun se rend chez Anushka Virahsawmy et entraîne aussi bien Annie que sa propriétaire car cette dernière doit se familiariser au langage corporel compris par tout chien, fut-il de race ou pas, précise le formateur canin. «Un chien sent l’énergie qui émane de son propriétaire et réagit en conséquence. Tout comme il réagit au langage corporel. Donc, le propriétaire doit être stable, équilibré et le récompenser lorsqu’on lui donne un ordre et qu’il obéit.»
En sus de ces sessions de formation en individuel, le dimanche, Anushka Virahsawmy et Annie rejoignent le formateur canin et le groupe de personnes qu’il entraîne dans un champ de canne spécialement aménagé à cet effet. «Il faut encore faire Annie travailler l’obéissance et la socialisation car c’est encore un bébé», dit le formateur canin.
Les premières fois où la directrice de Safe Haven a essayé de mettre Annie en voiture, celle-ci s’est rebiffée. Et lorsque la chienne s’est laissé convaincre, elle a souffert du mal de l’automobile. Depuis qu’Annie est encadrée par Alvin Sohun, elle ne craint plus les trajets en voiture.
Si bien qu’Anushka Virahsawmy a pu l’emmener à Safe Haven et ce, à quatre reprises. «La première fois que je l’ai emmenée à Safe Haven, je n’ai rien dit aux enfants. J’ai mis Annie en laisse et je lui ai fait visiter la maison où je lui avais aménagé un coin confortable avec son coussin, ses jouets, ses bols de repas. Lorsque j’ai signalé aux enfants qu’Annie était là, ils ont fait un tapage fou tandis que je tenais ma chienne bien en main. Lorsque les enfants se sont calmés, plusieurs se sont approchés d’elle et l’ont caressée».
Une enfant se met à parler
Parmi eux, une enfant de 4 ans, agressée sexuellement et qui depuis, ne disait plus un mot. Son développement était même en régression car elle avait recommencé à téter son pouce. «Au début, elle a eu peur de s’approcher. Et puis, lorsque j’ai ramené Annie au centre, elle a commencé à la caresser. Après la quatrième visite, la gamine s’est mise à parler. Elle a demandé où était Annie et quand est-ce qu’elle reviendrait à Safe Haven.»
Chez les autres résidentes aussi, le contact avec Annie semble avoir amorcé des changements à venir, Anushka Virahsawmy dit l’avoir noté. «Il y a une jeune fille de 18 ans, qui est extrêmement traumatisée. Je vois qu’elle a commencé à s’intéresser à Annie. Je pense qu’à son contact, elle va réussir à canaliser son énergie.»
Tout comme elle est confiante que son Golden Retriever saura faire une jeune de 20 ans, qui a été maltraitée par ses proches au point de perdre toute confiance en elle et d’avoir peur de sortir de la maison, s’ouvrir progressivement aux autres.
Le chien suscite l’émotion
Alvin Sohun est confiant qu’il saura transformer Annie en chien de thérapie. «Vous mettrez un homme, une femme, un psychologue, un expert devant un enfant ou un jeune traumatisé, si ce dernier ne veut pas communiquer, personne n’arrivera à gagner sa confiance. Par contre, un chien va s’approcher en douce, lui mettre une patte sur la jambe, le taquiner. L’enfant va réagir, soit en le regardant, soit en le caressant, soit en criant et en le repoussant. Le chien réussira à susciter une véritable émotion. Ce qui est un bon début.»
Tous les chiens peuvent-ils devenir des chiens de thérapie ? Oui, réplique le formateur canin. «Tout dépend de l’entraînement qu’on lui donne.»
Il explique que tous les chiens de race ont été créés pour effectuer un travail spécifique. «Il y a plusieurs types d’entraînement et tout dépend de ce que veulent les propriétaires. Généralement, ces derniers veulent d’un chien docile, qui leur obéit. Mais certains veulent des chiens de travail, soit des bêtes qui sont entraînées pour surveiller des troupeaux, pour tirer des charriots. D’autres veulent des chiens de chasse. Il y a ceux qui veulent des chiens de protection, entraînés pour guider les aveugles ou les personnes handicapées. D’autres encore veulent des chiens de thérapie.»
Ces entraînements peuvent prendre entre huit mois et un an et demi. Mais avant toute chose, le formateur canin doit s’assurer que le chien qu’on lui propose d’entraîner a les caractéristiques qu’il faut pour assumer le rôle que l’on va lui assigner. «C’était le cas pour Annie. Elle est faite pour la thérapie. Je n’ai eu qu’à lui montrer les bases. Mais Anushka Virahsawmy aura à développer cette relation particulière à vie avec son chien.» Et si Annie n’avait pas été jugée apte à assumer ce rôle de chien de thérapie ? «J’aurais demandé à sa propriétaire de changer de chien.»
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