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#TêteCoeurOuf

Essaimer plutot que centraliser

28 octobre 2026, 09:30

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• Comment les États font circuler l’intelligence

«Le renseignement partagé peut parfois valoir bien plus que celui que l’on garde jalousement.»

Geoff Mulgan, «Knowledge Twins», UNESCO, 2026

Quatre continents, quatre expériences dessinent les contours d’une architecture décentralisée qui aide à répondre à la question que posait la première partie : comment exécuter Vision 2050 avec une administration qui n’exécute plus ? Le principe est simple : une coordination systémique. Les données restent là où elles naissent, dans chaque ministère, chaque agence.

L’intelligence circule entre elles. Ces pays ont choisi un modèle d’essaim qui prône la souveraineté numérique.

«Gouverner avec les données, ce n’est pas accumuler des chiffres ; c’est savoir les lire. Un pays qui sait les lire se protège des crises et des décisions prises à l’aveugle.» Enseignement du couplet 421 du «Thirukkural», recueil bimillénaire tamoul de sagesse

Une même logique : souveraineté sans centralisation

L’Estonie a ouvert la voie dès les années 2000. Chaque ministère garde ses données et X-Road assure un échange sécurisé en temps réel, sans base unique. Le résultat est net : les services publics en ligne, un temps administratif nettement réduit, une corruption en recul faute d’intermédiaires à corrompre. Singapour a poussé la logique plus loin avec son approche «whole-of-government» : les ministères et les agences sont reliés par une plateforme de partage sécurisé. Chacun garde ses données, mais la coordination devient systémique. Le Rwanda prouve que cette voie ne réclame ni richesse, ni délai : en moins d’une décennie, grâce à l’open source et aux partenariats public-privé, il a bâti Irembo, un portail offrant une gamme impressionnante de services en ligne. Le Brésil, enfin, montre ce que la donnée peut faire pour la planification sociale : la plateforme du FNDE optimise la distribution des repas scolaires à des millions d’élèves. Aucune de ces expériences n’a copié l’autre. Elles partagent néanmoins l’essentiel : des systèmes interopérables plutôt qu’une base unique, la fiabilité des données plutôt que leur volume, des projets pilotes plutôt qu’un big bang.

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Partager le renseignement, garder la souveraineté

À l’occasion du forum Management of Social Transformations (MOST) de l’UNESCO, fin septembre, sir Geoff Mulgan, ancien directeur de la Strategy Unit du gouvernement britannique et professeur à l’University College de Londres, a présenté un cadre qui rejoint cette logique. Chaque ministère, agence ou programme transversal entretiendrait un «jumeau de connaissance» (knowledge twin) : une cartographie vivante de ce que l’on sait des liens entre actions et effets, nourrie de données, de preuves et de savoirs tacites. Ouverte, elle pourrait être interrogée par les parlementaires. Les briques existent déjà, dit-il. En matière de souveraineté, il est explicite : les gouvernements devraient développer leurs propres modèles d’intelligence artificielle (IA), alimentés par leurs données administratives, plutôt que de dépendre d’outils contrôlés par d’autres pays. Dans le nouvel ordre géoéconomique, ce point pèse lourd pour un petit État. Pour démarrer, il conseille un domaine précis et un outil coproduit avec ses utilisateurs. Il suggère aussi de mesurer, par des panels d’experts, l’écart entre ambition et réalisation. Appliquée à Vision 2050, cette mesure donnerait un tableau de bord de l’exécution pour instaurer une culture du résultat.

Un bien commun

Le Cadre de partenariat stratégique Maurice–Royaume-Uni, établi en mai 2025, prévoit des partenariats formels entre institutions mauriciennes et britanniques, notamment pour la fonction publique. Le protocole d’accord en cours entre l’Institut Atal Bihari Vajpayee et le Civil Service College britannique envisage des formations en IA et en transformation numérique. Ensemble, ces deux instruments offrent à Maurice l’occasion de moderniser sa bureaucratie et d’y intégrer des innovations de type knowledge twin, pour améliorer sa capacité d’exécution.

Ces expériences et suggestions convergent sur un point : l’essaim ne s’achète pas clé en main. Il se construit ministère par ministère, avec des standards ouverts et des règles partagées. Maurice a ses ministères, ses silos, ses données éparpillées, mais bien réelles. Reste à savoir comment en faire un bien commun qui coordonne et qui fixe les règles. La troisième partie proposera une feuille de route.

Chanson

Écouter sur YouTube : Ensemble de Baobab.

«Ensemble on sera plus forts… Crois-moi, c’est la vérité.»

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Source : G Mulgan

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