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Des masques ou des parachutes…

24 avril 2020, 05:12

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Non, Air Mauritius n’est pas définitivement clouée au sol. En fait, ce coma artificiel qu’est la mise en administration volontaire décidée par le conseil d’administration de l’entreprise, est, paradoxalement, la meilleure occasion d’une renaissance de la compagnie nationale d’aviation. Mais à des conditions nouvelles qui seront douloureuses à bien des égards. 

D’abord clarifions l’enjeu : contrairement à ce que semble comprendre un grand nombre de Mauriciens, certains pour s’en réjouir, Air Mauritius n’a pas été mise en faillite. La mise en administration volontaire est en vérité un acte de foi du conseil d’administration qui signale ainsi qu’il estime toujours possible de sauver l’entreprise et d’éviter une liquidation. C’est le contraire de ce qui s’est passé, par exemple, pour la South African Airways. Tout le principe de l’administration volontaire repose sur l’objectif de sauver l’entreprise, en cherchant à la rentabiliser, sauvegardant ainsi au mieux l’intérêt des créanciers, des actionnaires, des employés. Pas tous ! Il y a ici ce risque potentiel de conflit d’intérêts, déjà souligné, puisque l’administrateur est aussi le président du State Bank of Mauritius Holdings Ltd, un des principaux créanciers d’Air Mauritius.

En tout état de cause, les administrateurs nommés sont maintenant investis de l’obligation de rechercher les moyens du redressement de la compagnie. C’est uniquement s’ils échouent dans le délai imparti de quelques semaines que se posera la question d’une liquidation. Elle interviendra si l’entreprise n’a pas pu obtenir de moyens financiers frais, qu’elle se trouve en cessation de paiement notamment parce que son actif ne couvre plus son passif.

C’est là le noeud du problème. Au vu de son bilan, avant même le déclenchement de la pandémie, Air Mauritius était en quasi-faillite. Elle n’a pas arrêté d’accumuler des pertes, ses revenus ne couvrant plus ses frais depuis de longs mois. Covid-19 n’a fait qu’amplifier, de manière gigantisme il est vrai, un déficit déjà exorbitant. 

Nous n’allons pas faire semblant de croire que les administrateurs nommés possèdent la science gestionnaire et les vertus éthiques qui ont fait défaut au management d’Air Mauritius. Chacun sait, en revanche, que l’administrateur en chef, M. Sattar Hajee Abdoula, a tout au moins l’oreille du gouvernement, le principal actionnaire d’Air Mauritius. Il est clair, dès lors, que ce qui est en train de se mettre en place est au fait un projet de renflouement, un bail out par l’État. L’administrateur le dit mais il est totalement silencieux sur les préconditions d’un éventuel redressement.

Car, la vraie question est celle de savoir qu’elles seront les conditions que le gouvernement se propose d’imposer, et avec le concours de quels partenaires, les mêmes ou de nouveaux ? Il est plus que probable que la plupart des actionnaires historiques ne seront pas de la nouvelle partie. Ainsi, à vrai dire, la crise peut être l’occasion d’une restructuration profonde de la compagnie, avec ou sans un partenaire stratégique, d’un dégraissage au karcher, surtout au niveau du management, d’une professionnalisation de sa gestion, d’une nouvelle stratégie de déploiement de sa maigre flotte, d’une renégociation des contrats hasardeux, type hedging ou même leasing, puisque tous les contrats, y compris ceux des emplois, sont devenus caducs avec la nomination des administrateurs. Ils peuvent parfaitement faire le tri de tous ces engagements pour ne retenir que ce qui sert véritablement l’intérêt de la compagnie dans sa nouvelle configuration.

En clair, cela veut dire que l’État devra mettre plus d’argent, une injection massive de capitaux tout en accordant une pleine autonomie de gestion au nouveau conseil d’administration. Cela veut dire plus d’État en termes financiers mais infiniment moins d’État en termes de gestion. Est-ce possible ? On peut en douter : la culture des gouvernements est celle du contrôle politique. Je vois mal le gouvernement de Pravind Jugnauth sauver la compagnie à coup de milliards de roupies et résister à la tentation de vouloir la contrôler. 

C’est pourtant ce qu’il conviendrait de faire. Il y a plusieurs causes au déclin d’Air Mauritius, certaines exogènes comme le Covid-19, mais il ne fait aucun doute que l’ingérence politique, qui pousse au copinage et à la médiocrité gestionnaire, qui a produit de l’instabilité, et les incongruités stratégiques coûteuses, imposées de l’extérieur, expliquent, pour une large part, ce dépérissement persistant. C’est cette dérive qu’il importe de stopper, faute de quoi tout l’or du monde ne sauvera pas Air Mauritius.

J’entends arguer, qu’après tout, on pourrait laisser Air Mauritius disparaître. Depuis quelques années, on a vu en effet un certain nombre d’États, et non des moindres, abandonner l’attachement à une flotte aérienne nationale au profit de la libéralisation du ciel. J’ai été, moi-même, longtemps un partisan de cette approche, obsédé par la nécessité d’améliorer la connectivité du pays, atout majeur du tourisme. Covid-19 bouleverse tout. On voit, en ces temps de crise, combien l’existence d’une compagnie aérienne nationale, quand bien même branlante, a été utile pour protéger nos intérêts et courir au secours des compatriotes abandonnés aux quatre coins du monde.

C’est pourquoi, il faut désormais voir au-delà d’Air Mauritius. L’industrie touristique mauricienne, pourvoyeur de milliers d’emplois directs et indirects, sera plus que jamais dépendante de la revitalisation de la compagnie aérienne nationale. L’aérien au plan mondial est en pleine désarticulation. De très nombreuses compagnies vont disparaître. C’est un sauve-qui-peut général. Ce désordre va durer plusieurs mois, peut-être même quelques années.

Pour nous reconnecter au monde, pour rebooster l’industrie touristique, pour soulager l’industrie textile, un Air Mauritius agile et autonome, professionnel et éthique, serait un atout majeur. Sinon, il vaudrait mieux commander des parachutes plutôt que des masques…

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