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Le relais de l’existence

27 février 2020, 05:30

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Dans un relais, le bâton ne doit jamais cesser de courir, répétait inlassablement feu Jacques Dudal, Directeur technique national d’athlétisme à Maurice dans les années 90. Le travail en amont permet en effet de régler comme du papier à musique la transmission du témoin, de telle sorte qu’il n’arrête jamais de «courir» et conduise le seul effort collectif de ce sport individuel jusqu’à la ligne d’arrivée. 

Celui qui suit le déroulement de cette épreuve n’y voit que la fluidité d’un passage réussi ou le cafouillage d’une transmission ratée. Ce sont en fait des heures de travail à l’entraînement pour apprivoiser la zone d’accélération, la zone de transmission, le placement de la marque de déclenchement grâce à la mesure exacte en nombre de pieds, la coordination entre la main qui transmet et la main qui reçoit, le choix de la prise en main, à l’américaine ou à la française, le placement dans le couloir. L’objectif est d’éviter le tampon, le ralentissement du témoin dans la main du donneur qui serait obligé d’adapter sa vitesse à celle moins élevée du receveur, et une sortie de zone.

Symboliquement, la vie ressemble à un relais. Elle est passage de témoin entre les générations depuis la nuit des temps, elle est passage de témoin au niveau individuel entre les cinq périodes de l’existence humaine : la naissance, la prime enfance, l’enfance, l’adolescence et l’âge adulte. La transmission ne s’arrête jamais, qu’il s’agisse des valeurs ou de l’expérience, qu’il s’agisse de la connaissance ou de la quête du Beau. Et malheureusement aussi parfois de la bêtise et des faux buts, de la violence et de la monstruosité.

Et quand on sait combien de difficultés il faut surmonter au cours d’une vie, combien d’obstacles il faut franchir, la sagesse voudrait que chaque étape soit préparée. Que «la fuite utile des jours» chère à Victor Hugo ne soit pas prisonnière de l’improvisation la plus totale. Que soient pensés les choix et les actes et que le travail sur soi, comparable à ce travail en amont dans une course de relais, ne s’arrête jamais, afin que la facilité apparente soit le résultat de la difficulté maîtrisée avec le passage des ans. Le temps nous permet d’affiner nos sens, nos techniques, nos pensées, un peu comme l’eau d’une rivière polit les galets jusqu’à en faire des œuvres d’art.

Au bout de chacune des périodes qui rythment l’existence est une ligne d’arrivée que l’on atteint. Elle est victoire ou défaite pour soi et victoire et défaite aussi pour le «collectif» dont on fait partie. D’où l’importance capitale d’impacter la vie des autres de la meilleure façon qui soit. Personne n’avance seul. Personne ne stagne seul. Nous faisons partie d’un tout, du même tout. Il faut en prendre conscience et agir en conséquence. Pour remporter le relais de la vie.

 

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