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Nabiil Kaufid: un leader (politique ?) en devenir

14 octobre 2018, 08:29

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Nabiil Kaufid: un leader (politique ?) en devenir

«Challenge life to challenge you.» C’est le titre du livre qu’a écrit, à 17 ans, Nabiil Kaufid. C’est aussi cette devise qui lui a permis de réaliser son rêve : devenir avocat. Portrait d’un jeune de 26 ans, qui veut être présent sur tous les fronts.

Que de chemin parcouru avant que Nabiil Kaufid ne soit called to the Bar par la Honorable Society of Middle Temple le 27 juillet 2017. Et malgré les difficultés pour y arriver, cet habitant de Plaine-Verte a foncé. Il est le cadet de Rozeeda, femme au foyer, et d’Abdul Katib Kaufid, connu comme Pécho, qui a exercé comme receveur à l’United Bus Service pendant 33 ans, avant de se reconvertir en chauffeur de taxi. Chez les Kaufid, on n’est pas riche d’argent mais de valeurs. Ils enseignent à leurs enfants l’importance de l’éducation comme outil le plus puissant qui soit dans la vie. Le jeune Nabiil écoute et retient les leçons, en particulier celles de son grand-père paternel qui dit à qui veut l’entendre que son petit-fils sera avocat un jour.

Nabiil, qu’il inspire, le prend au mot. Ses résultats de cycle primaire lui ouvrent les portes du collège Royal de Curepipe (RCC), où il désire ardemment entrer car cette institution est considérée comme un collège d’élite. Loin de le fatiguer, c’est avec «contentement» qu’il fait cinq jours sur sept le trajet en autobus de Port-Louis à Curepipe et vice versa. Au RCC, il découvre aussi les littératures anglaise et française et se passionne pour elles car il y «apprend ce qu’est la vie». Il prend aussi comme matière principale à l’étude les Islamic Studies, car la religion apporte «la paix spirituelle et un sens de direction».

La littérature lui inspire aussi l’écriture. C’est ainsi qu’il écrit un livre sur le développement personnel intitulé Challenge life to challenge you. Il le fait alors qu’il est en 2e année de Form VI.

Il y exprime sa conviction profonde que l’on peut résumer par «la vie est un challenge et il ne faut jamais baisser les bras et toujours avancer sans relâche avec rigueur et détermination». Pour l’encourager, ses parents font éditer 1 000 copies de son livre, qui sont placées en librairie. L’ouvrage se vend bien car il n’en reste que «quelques copies».

Lorsque les résultats de HSC tombent, Nabiil se classe 10e après les lauréats dans la catégorie Arts et 7e pour Maurice en Islamic Studies. Il sent qu’il peut presque toucher du doigt son rêve de devenir avocat, «un métier noble». Mais ses parents ne peuvent envisager de le financer pour des études de droit. Une personne va croire en lui et l’aider. C’est Geneviève de Souza, ancienne employée d’IBL, qui gère à l’époque la Fondation Joseph Lagesse. De cette fondation, Nabiil obtient une bourse partielle pour étudier le droit. Il opte pour la Middlesex University, située à l’époque à Vacoas. «Mme de Souza est une personne incroyable, with such a big heart.»

Le directeur du campus, le Pr Anthony Edison, à qui il remet une copie de son livre, est impressionné. «Il m’a dit : At 17, some people are still struggling to write an essay but you have written a book.» Le Pr Edison plaide sa cause auprès du doyen de la faculté de droit et celui-ci accepte de financer le reste de la bourse pour que Nabiil puisse faire ses trois ans de LLB.

À peine débarqué sur le campus, Nabiil crée une Law Society à l’université, qu’il préside durant la 1e année afin d’être «le porte-parole des étudiants de LLB vis-à-vis de la direction de l’université et pour que les étudiants puissent bénéficier de facilités». Il est soutenu dans cette démarche par ses pairs ainsi que par les «top-guns» de la direction. Il a aussi l’occasion de faire un stage au bureau de l’Union européenne à Port-Louis. À la fin de ses trois ans d’études, sur sept modules, le jeune homme décroche six First Class Honours et rate le 7e de quelques points.

En 2014, l’Union africaine (UA) institue le premier Model African Union Summit en collaboration avec le ministère mauricien de l’Éducation. Sommet calqué sur le Model United Nations. Nabiil est choisi comme président de cette manifestation. Si l’événement dure deux jours, sa préparation prend six à sept mois et il se jette à fond dedans. Au final, il envoie son rapport avec des recommandations à la présidente de la commission de l’UA de l’époque, Nkosazana Dlamini Zuma.

En 2016, il soumet sa candidature à la Young African Leaders Initiative, basée en Afrique du Sud, et il figure parmi les Mauriciens choisis pour suivre un cours de quatre semaines à Johannesburg. Il opte pour celui de Public Management. Les chargés de cours sont de l’université de Pretoria et de l’University of South Africa.

En discutant avec le président du Panafrican Parliament, il tente sa chance et demande que tous ceux qui suivent la formation puissent visiter le Parlement panafricain. Son culot est payant. Durant son cours séjour, il cofonde un réseau de Young Leaders et participe à une conférence sur les sciences et technologies, organisée par l’ambassade américaine à Pretoria avec le concours de l’USAID.

À son retour à Maurice, il veut toujours aller au bout de son rêve d’être avocat. Il frappe à nouveau à la porte de la Fondation Joseph Lagesse et obtient cette fois une bourse complète pour aller faire son barreau à la West England University, en Grande-Bretagne. Il est emballé par ses études, surtout que le barreau est moins académique et repose davantage sur la pratique que le LLB. Il ne met pas longtemps à devenir le Student ambassador de la faculté de droit.

Il décroche une autre bourse sur place pour suivre, en parallèle à ses études, un Career Development Programme, animé par l’Institute of Leadership and Management. La West England University lui offre aussi la possibilité de suivre le cours de médiateur civil et commercial proposé par l’Alternative Dispute Resolution UK. Nabiil saute sur l’occasion et réussit l’examen. Il devient médiateur accrédité de cette instance. Le couronnement de ses efforts a lieu le 27 juillet 2017 quand il est called to the Bar.

Nabiil a prêté serment comme avocat le 21 septembre dernier. Il a un petit bureau au rezde- chaussée de St James Court. Depuis, il a eu quelques cas, surtout des affaires civiles. Mais comment se faire un nom parmi les ténors qui occupent la place avant lui ? «C’est vrai que je dois faire mes preuves, mais je suis déterminé et patient. Et je crois qu’il y a a lot of scope.» Il suit actuellement un cours en ligne sur l’Employment Law dispensé par l’université de Nottingham-Trent. Il a participé à la conférence du Youth Pravasi Bharatiya Divas à Bangalore. «Cela m’a donné une ouverture sur l’international.»

Appelé à prédire où il se voit dans une trentaine d’années, Nabiil déclare se voir en «leader» de son pays «et pourquoi pas leader de l’UA car j’ai les compétences voulues». Et en leader politique ? «Possiblement. Je suis intéressé par la politique car c’est quand on est au pouvoir qu’on a la possibilité d’apporter des changements dans la vie des gens. Et c’est ce que je veux…»

Pour la petite histoire, sachez que Nabiil signifie «noble». L’avenir dira s’il sera à la hauteur des attentes de celui qui a choisi son prénom.

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