Publicité

Drames passionnels: sommes-nous de plus en plus intolérants ?

6 mai 2017, 22:33

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Drames passionnels: sommes-nous de plus en plus intolérants ?

De simples discussions qui finissent en drames, voire en meurtre… Durant le mois d’avril, l’on recense pas moins de quatre cas de violence qui ont choqué plus d’un. Une femme ébouillantée par son mari, une autre agressée à la hache par son époux à Rodrigues, à Petite- Rivière, un concubin qui assassine sa moitié avant de se donner lui-même la mort ou encore un jeune agressé à coups de gourdin à cause… d’une paire de savates

Comment expliquer de tels comportements ? «Il y a beaucoup d’agressions commises avec atrocité. Avant, les femmes mariées étaient dépendantes du mari et acceptaient les violences de toutes formes. Aujourd’hui, on n’accepte plus et on dénonce les cas d’abus. Néanmoins, à voir le barème, les gens deviennent plus violents et intolérants dans certains cas», affirme un policier, membre de la Crime Prevention Unit (CPU). Ce dernier remarque d’ailleurs qu’il y a beaucoup plus d’agressions de ce type sur les femmes et plus de disputes au sein des couples. Ce qui peut occasionner ces drames passionnels violents. 

Pour le sociologue Ibrahim Koodoruth, la faute revient au fait que les gens sont désormais beaucoup plus impulsifs. «On vit dans une société où on appuie sur une touche pour avoir ce qu’on veut. En cela, des fois on n’arrive pas à contrôler la colère et la frustration. Face aux paroles blessantes, on finit par enlever une vie.» 

Rima Ramsaran, ancienne chargée de cours en criminologie, évoque davantage un «problème d’énormes pressions sociales, qui fait qu’à un moment donné, on ne peut plus se contenir». Elle est d’avis que désormais, tout le monde est si stressé que, parfois, un petit incident, une petite étincelle, dégénère en réaction extrême. 

Parallèlement, précise-t-elle, il existe une certaine banalisation de la violence, à travers les médias, qui ne choque plus autant. «Les gens finissent par assimiler le comportement à travers l’imitation.» Ces comportements extrêmes, soutient-elle, indiquent un mal profond dans notre société: «Notre société crée des gens qui n’ont plus de repères, de role models, et en même temps, ils sont tellement pris dans l’engrenage de la vie quotidienne, tellement stressés et pressés que ces comportements extrêmes deviennent réalité.» Rima Ramsaran fait deux distinctions : les personnes saines d’esprit qui éclatent lorsqu’elles sont dépassées par leurs difficultés de tous les jours et celles souffrant de troubles psychologiques et qui ont du mal à différencier le comportement correct de l’asocial. 

Selon le membre de la CPU, la consommation d’alcool et de drogue peut également constituer des éléments déclencheurs. «Il y a aussi les fausses rumeurs. Nous avons vu plusieurs cas au sein des couples. Certains n’arrivent pas à gérer cela. Il y aussi un manque de communication en cas de désaccord. Et lorsque cela se multiplie à la fin, l’auteur en vient à commettre des actes graves.» 

Pour sa part, Dana Chengan, président du Mauritius Council of Social Service, dit constater que les auteurs de ces atrocités souffrent d’un manque d’éducation et d’encadrement. Et ce, indépendamment du milieu social. Il souligne que la violence peut se développer au fil des circonstances de vie et se traduire notamment par un manque d’attention, une certaine agitation qui va se matérialiser dans cet acte. «Ce n’est pas juste une question d’enfance malheureuse. Cela peut aussi se produire au sein du couple», ajoute le sociologue Ibrahim Koodoruth. Autant de situations qui font que les critiques émises finissent par se transformer en ressentiment et des formes de vengeance. Entraînant des actes violents.

Comment gérer cette violence ?

<p>Tout commence par la gestion de l&rsquo;émotion, indique un membre de la <em>Crime Prevention Unit. &laquo;Dans les relations humaines, on n&rsquo;accepte pas toujours l&rsquo;autre tel qu&rsquo;il est. Il ne faut pas non plus sauter aux conclusions quand, par exemple, il y a des rumeurs. La violence ne mène nulle part. Il faut gérer ce sentiment&raquo;</em>, confie-t-il. Ne pas hésiter à suivre des thérapies de couple et familiales, ajoute le policier. Il faut, selon notre interlocuteur, inciter à la culture de la non-violence, surtout vis-à-vis de la personne aimée.&nbsp;</p>

<p>De son côté, Dana Chengan préconise les rencontres culturelles pour promouvoir les valeurs humaines qui s&rsquo;érodent ostensiblement. <em>&laquo;Il y va du rôle de la société civile, des corps religieux, des clubs et associations des parents-professeurs, des ONG et organisations spécifiques. Il se peut que l&rsquo;on n&rsquo;arrive pas à four nir l&rsquo;encadrement nécessaire. Il n&rsquo;y a pas assez d&rsquo;ONG qui travaillent sur ces valeurs familiales. Cela doit toucher les gens à tous les niveaux&raquo;</em>, est-il d&rsquo;avis. Pour le sociologue Ibrahim Koodoruth,tout passe par l&rsquo;éducation des enfants. Et cette sensibilisation devrait commencer le plus tôt, recommande notre interlocuteur.</p>

 

En un mois : retour sur ces récentes agressions choquantes

<p>Le 2 avril : Zidane Purmessur, 18 ans, a perdu la vie après avoir été agressé au gourdin. Cette attaque découlait d&rsquo;une dispute avec son ami. Motif : une paire de savates !<br />
	Le 8 avril : Patrick Jhurry a assassiné sa compagne, Estrella Rioux, après une dispute conjugale, avant de s&rsquo;infliger la mort à Petite-Rivière<br />
	Le 22 avril : à Rodrigues, Rosemay Casimir, une femme de 44 ans, a été mortellement agressée par son époux avec une hache de charpentier.<br />
	Le 23 avril : Vaneshree Vencamah, 42 ans, aurait été ébouillantée à la soupe chaude par son mari, impatient de dîner.</p>

 

 

Publicité