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Analyse: Dysfonctionnements

29 mars 2017, 09:39

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Analyse: Dysfonctionnements

Long de plus de 350 pages (dont 43 sur l’Assemblée régionale de Rodrigues) et agrémenté d’une multitude de tableaux, ce rapport sur les comptes de la Nation est une mine d’informations intéressantes. Mais il représente principalement un garde-fou important par rapport à l’usage judicieux de l’argent public. En effet, aucun service public ne souhaite être épinglé par ce rapport car ce n’est pas sans conséquences ! Rappelons aussi qu’il couvre, cette fois, la période de 18 mois, s’achevant au 30 juin 2016. Outre l’audit classique, le rapport présente aussi quatre Performance Audits assez sommaires qui établissent l’efficacité des systèmes et des opérations de divers départements.

Avant de couvrir le détail de divers ministères et départements, la direction de l’Audit étudie aussi l’état des comptes généraux.

Ainsi, pour la première fois depuis quatre ans, les dépenses de l’État ont dépassé les revenus, par Rs 554 millions sur les 18 mois, au 30 juin 2016. Rien à craindre pour le moment évidemment, sauf si cela devenait chronique, peut-on supposer ?

Par contre, la dette publique a augmenté de Rs 22,6 milliards pour atteindre Rs 274,4 milliards au 30 juin 2016. Elle atteint ainsi, selon la définition internationale, version Fonds monétaire, le pourcentage vertigineux de 65,1 % du PIB (60,7 % le 31 décembre 2014 et 56,8 % le 31 décembre 2012) ! Le service de la dette publique reste cependant stable à environ 46 % des dépenses totales, soit à Rs 83 milliards au 30 juin 2016 – dont Rs 10,1 milliards en intérêts. Une indication que le profil de la dette du pays est toujours trop court ?

Sur le plan de ses investissements, même s’il est vrai que le gouvernement n’investit pas nécessairement pour générer des revenus, il est tout de même plutôt surprenant de noter qu’au 30 juin 2016, 58 % des Rs 10,1 milliards d’investissements publics (le chiffre équivalent était de 42 % au 30 juin 2015) n’ont jamais RIEN rapporté depuis l’investissement d’origine. Ce constat est dominé en cela par Maubank et antécédents (Rs 3,2 milliards) Business Parks (Rs 1, 3 milliard), CWA (Rs 962 millions). À noter qu’au cours des 12 mois au 30 juin 2016, le gouvernement a investi Rs 2,6 milliards à nouveau, largement dû à l’investissement de Rs 1,6 milliard dans le capital de Maubank. Finalement, les dividendes attendus, selon le budget, se chiffraient à Rs 1,519 milliard – mais seulement Rs 319 millions se sont matérialisés (21 %). Par contre, l’État encaissait Rs 1,45 milliard de la State Trading Corporation et presque Rs 700 millions de la Financial Services Commission.

Les exemples de dysfonctionnement sont évidemment légion. On peut mentionner, sans ordre particulier, que les certificats d’actions de contrepartie pour l’investissement du gouvernement dans Airports of Mauritius (Rs 300 millions souscrits en décembre 2013 !) et New Development Bank of Mauritius (Rs 200 millions) ne sont toujours pas disponibles et qu’un prêt de Rs 4,3 milliards en faveur du SPV/Build Mauritius Fund, datant de 2013, n’est soutenu par aucun document légal. Les termes et conditions du prêt sont donc inconnus. Encore heureux que Rs 2,3 milliards aient été remboursées jusqu’ici !

Cela peut paraître anodin, mais des Rs 74,7 millions collectées à la Northern Division de la police entre 2009 et 2015, Rs 22,7 millions (30 %) n’ont jamais été déposées en banque ! Et comment réagit-on ? On confie une enquête… Au CCID. Rajoutons-y les salaires payés à des policiers suspendus de leurs fonctions (201 au 30 juin 2016) qui se montent à presque Rs 300 millions pour sept ans au 30 juin 2016 ainsi que les retards de paiements de loyers sur les baux divers se montant à Rs 490 millions, auxquels il faut rajouter encore Rs 559 millions pour les baux où l’option de 60 ans a été choisie… mais où les contrats n’ont pas été signés ! Provision massive à l’horizon…

Pas de doute, la gestion financière de l’argent public a encore du chemin à faire !

 

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