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Avec le budget, à apprendre et à jeter
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Avec le budget, à apprendre et à jeter
Oui, je sais, toute la semaine il a fallu s’en coltiner. Feignasses comme sont les journalistes – j’en sais quelque chose, j’en suis –, ils n’hésiteront pas à vous le recoller à toutes les sauces la semaine prochaine. Plongeons nous-même dans ce budget pour ne pas risquer la faute professionnelle.
«Alors, bon ou mauvais ?», c’est donc la question qui agite les esprits depuis vendredi. Elle en appelle aussitôt une autre : qu’est-ce qu’un bon budget ? Sur cette question, les âmes craintives comme vous et moi ont une position sans complexité : un bon budget, c’est un budget qui atteint ses objectifs. Un jour pour blablater, trois cent soixante-quatre jours pour faire. Généralement, c’est là où le bât blesse. Songez au nombre de promesses budgétaires égarées. Combien chaque année : la moitié, les trois quarts, plus ? Donc attendons, nous verrons. Mais non. Dès vendredi soir, des tas de gens ont réussi à déployer une énergie faramineuse pour nous expliquer le bon, le mauvais et le plus moche de ce budget. Même M. Soodhun s’y est mis, c’est dire la hauteur du débat.
Cela dit, il faut l’avouer, les mesures sont un peu décevantes. On cherche l’audace d’un budget marketé comme «totalement différent» des précédents. Un peu naïvement, nous avions cru possible de rembourser la dette publique en taxant la mauvaise foi d’Aurore Perraud. Nous imaginions pouvoir renflouer les caisses de l’État en obligeant les politiques à déclarer leurs pots-de-vin à la MRA. Nous espérions l’avènement d’une fiscalité créative, où le fumeur-buveur est reconnu à sa juste valeur. Lui, au moins, participe activement à l’effort national sur la réduction du déficit. Qu’est-ce qu’un alcoolique qui fume comme un pompier, au fond ? Un patriote.
On rigole, on rigole, mais on se rend bien compte que M. Jugnauth nous a bien baladés. Nombreux sont ceux à être tombés dans le panneau de déclarations laissant a priori peu de suspense sur de douloureuses réformes. Comme celle-ci, la veille même de son discours : «Une façon d’augmenter les revenus de l’État, là, dans l’immédiat, c’est la taxation». Des journaux s’en étaient fait une raison : vendredi soir, le Mauricien n’aura plus que l’impôt sur les os. Impôt ou intox ? Bah intox. Ce budget est finalement taxé… de «social» ! Ou l’art d’annoncer le pire pour faire apparaître le moins pire comme une avancée.
L’art de dire tout et son contraire, aussi. Des preuves ? Vendredi 15 juillet, «le défi de ramener la dette publique à 50 % du PIB en 2018 est énorme», pose le ministre des Finances. Deux semaines plus tard : «Ce seuil est impossible, nous n’y arriverons pas.» Le jour J : « Il faudra redoubler d’efforts pour atteindre cet objectif.» On est passé de difficile à impossible à jouable. On dit souvent d’un budget que c’est de la politique exprimée en chiffres. On comprend mieux, dès lors, le manque de lisibilité du cap suivi par l’exécutif.
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