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[Fil Rouge] «Ne partez pas!»: quand l'Europe exhorte les Britanniques à rester
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[Fil Rouge] «Ne partez pas!»: quand l'Europe exhorte les Britanniques à rester
Reconnaître un but anglais de 1966, oublier les oreilles du Prince Charles ou encore parer ses monuments des couleurs l'Union Jack: en Europe, les idées fusent pour convaincre les Britanniques de rester dans l'UE.
En voici un florilège.
But de 1966 et crème solaire
Le journal allemand Bild est prêt à tout pour que les Britanniques restent dans l'UE... y compris « cesser les blagues sur les oreilles du Prince Charles » et « reconnaître le but de Wembley », allusion au Mondial de football de 1966.
« Chers Britanniques, si vous restez dans l'UE, nous reconnaîtrons le but de Wembley », titre le quotidien allemand, montrant la photo du tir controversé de Geoffrey Hurst, qui avait donné l'avantage aux Anglais pendant la finale de 1966, remportée 4-2 après prolongations.
Les Allemands, à grand renfort d'analyse des images de l'époque, continuent de considérer que ce tir n'est jamais rentré, devenant le symbole de la rivalité sportive germano-britannique.
Et Bild de promettre aussi aux Britanniques: « Par solidarité avec vos coups de soleil, nous n'utiliserons plus de crème solaire », « nous nous passerons de gardien pour la prochaine séance de tirs au but pour préserver le suspense » et « nous vous fournirons un méchant pour tous les prochains James Bond ».
Nous détestons l'UE aussi mais...
« Please stay » (S'il vous plait restez), exhorte le quotidien national danois Berlingske, qui orne sa Une d'une caricature d'Anglais très chic, moustache fine, tête couverte d'un chapeau melon et parapluie noir en main, vetu d'un costume aux couleurs de l'Union Jack. Le seul problème est, qu'en claquant la porte de l'UE derrière lui, il laisse dans l’entrebâillement une partie de ses vêtements, et se retrouve le postérieur au vent...
« Nous, au Danemark, nous comprenons votre scepticisme à l'égard de l'UE peut-être mieux que n'importe quel autre pays », écrit le quotidien de droite.
Et de poursuivre, implorant: « Nous avons voté +non+ trois fois, en 1992, 2000, et 2015 -- mais jamais ‘dehors’ ».
« Opération Croissant »
Une poignée de Français, fervents partisans du maintien du Royaume-Uni dans l'UE, avaient décidé mercredi de distribuer, dans la gare londonienne de King's Cross, des croissants fabriqués le matin même à Paris et transportés par Eurostar.
Mais l'audacieuse « Opération Croissant » a été contrecarrée par l'intervention de la police britannique, arguant de lois interdisant la distribution de nourriture aux électeurs avant un scrutin qui serait considérée comme de la corruption.
A la place, les 15 jeunes volontaires français ont donc distribué des cartes postales avec des messages rédigés de la main de citoyens d'outre-manche.
« La seule grève que nous ne faisons pas en France, c'est celle de l'amour », a écrit Marie, un Parisienne de 15 ans.
'Bitte geht nicht!'
Clair, précis et sans équivoque: le magazine allemand Der Spiegel a lui choisi un Union Jack en Une et ces mots: "Bitte Geht Nicht!". Et pour les Britanniques qui ne parlent pas la langue de Goethe, la traduction: « Please don't go! » (S’il vous plait, ne partez pas!).
Le tabloïd polonais Fakt fait de même, avec un énorme "Britanniques! Restez avec nous" en Une.
Recto, verso
Le quotidien de gauche français Libération propose lui jeudi une édition recto/verso, avec en Une un « Qui est in? » qui barre le visage d'un homme dont le visage est entièrement peint: d'un côté, le drapeau britannique, de l'autre le drapeau européen. En retournant le journal, et le commençant par la fin, le lecteur tombe sur une Une identique mais cette fois avec « Qui est out? ».
La partie « In » du journal publie un éditorial du journal The Observer, « cinq raisons pour que Londres reste », un portrait de David Cameron et un reportage de Leicester, décrite comme la ville la plus cosmopolite d'Angleterre.
La partie « out », elle, propose un portrait du Pro-Brexit Boris Johnson, détaille les « cinq raisons pour Londres parte » et un reportage au Pays de Galles, ancienne terre minière.
Les couleurs de l'Union Jack
Le drapeau du Royaume-Uni a été projeté sur plusieurs monuments à travers l'Europe, comme à Vienne mercredi soir ou sur l'imposant et soviétique Palais de la Culture à Varsovie mardi.
La mairie de Madrid a été elle illuminée aux couleurs de l'Union Jack, rouge, blanc et bleu.
La réplique du David de Michel-Ange à Florence (Italie) a aussi été vu drapée dans le fameux drapeau.
GB : un nouveau sondage donne le maintien dans l’UE en tête à 52%.
Le maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne était en tête des intentions de vote à 52%, contre 48% pour le Brexit, a indiqué un sondage publié jeudi en plein référendum, mais réalisé avant le début du vote.
La publication de ce sondage, effectué par l'institut Ipsos Mori pour le quotidien The Evening Standard, a accentué la hausse de la livre sterling face au dollar et à l'euro, signe que les marchés envisagent une victoire du camp du maintien dans l'UE.
Rester ou partir: le Royaume-Uni décide de son avenir et de celui de l'Europe
A l'issue d'une campagne passionnée, axée sur l'immigration et la prospérité économique, les électeurs se pressaient dès le début de la matinée à Londres, malgré la pluie, pour déposer leur bulletin avant d'aller travailler.
Les bureaux ont ouvert à 07H00 (06H00 GMT) et devaient fermer à 22H00. Le résultat final devrait être annoncé vendredi au petit matin et le Royaume-Uni pourrait alors devenir le premier pays à choisir de quitter l'UE après 60 ans de construction européenne.
«Bravez la pluie et votez pour rester», invitait sur Twitter la campagne officielle pour le maintien dans l'UE. Celle pour le Brexit priait les électeurs de «ne pas manquer la chance de voter pour sortir» du giron européen.
Selon les analystes, le niveau de la participation aura un impact décisif: plus elle sera importante, plus le «Remain» (Rester) aura ses chances.
Dans les bureaux de vote, les électeurs étaient partagés, leurs témoignages traduisant les inquiétudes sur les conséquences d'un Brexit ou à l'inverse l'enthousiasme à l'idée de quitter l'UE.
«Ce serait un désastre pour l'économie si nous partions», estimait Peter Davies, 55 ans, employé dans le secteur informatique, devant un bureau de vote installé dans une bibliothèque municipale de Romford, à l'est de Londres.
Joan, la cinquantaine, regrettait elle l'époque où l'Europe comptait moins de pays membres, et espérait une victoire du Brexit.
«Nous serons les premiers à quitter (l'UE) et je pense que d'autres pays européens partiront après. Je crois que les électeurs français le veulent secrètement», a déclaré à l'AFP cette femme qui préfèrait taire son nom de famille.
Dans le nord-ouest du pays, à Glasgow, dans l'europhile Ecosse, nombre d'électeurs se disaient en faveur d'un «remain» («maintien» dans l'UE). «Ce serait idiot de quitter» l'union, assurait Gemma Rosaria, 24 ans. «Etre dans l'UE est un avantage pour l'Ecosse».
Le Premier ministre conservateur David Cameron, qui a mené campagne pour le statu quo et risque gros, a voté dans la matinée à Londres, accompagné de sa femme Samantha.
'Jour du jugement dernier'
Deux sondages parus mercredi donnaient une légère avance à une sortie de l'Union, ou Brexit (British Exit), mais un troisième plaçait le maintien en tête, laissant le suspense entier.
Les électeurs doivent répondre à la question: «Le Royaume-Uni doit-il rester un membre de l'Union européenne ou quitter l'Union européenne?».
Jeudi matin, les journaux britanniques ne manquaient pas de souligner le caractère historique du vote: «Le jour de l'indépendance», titre le tabloïd The Sun (pro-Brexit). The Times (pro-UE) parle du «Jour du jugement dernier».
Dans l'attente du résultat, les Bourses européennes étaient en légère hausse jeudi, traduisant un sentiment de confiance mêlé de prudence des marchés quant à une victoire du camp du maintien.
L'enjeu est de taille et tous les dirigeants européens sont intervenus pour retenir les Britanniques, conscients que leur départ ferait peser une menace de désintégration du club des pays membres de l'UE.
Outre les conséquences économiques immédiates pour le pays - forts remous sur les marchés et chute probable de la livre -, un Brexit serait dommageable à plus long terme, ont prévenu toutes les grandes institutions financières internationales, du FMI à l'OCDE.
Il ouvrirait aussi une période de turbulences politiques, avec un probable départ de David Cameron, qui a lancé ce référendum. Il pourrait aussi entraîner un éclatement du Royaume-Uni si les nationalistes écossais, europhiles, mettaient à exécution leur projet d'organiser un nouveau référendum sur leur indépendance.
Boîte de Pandore
David Cameron, qui joue sa carrière et sa place dans l'Histoire, a plaidé jusqu'au dernier jour pour convaincre ses concitoyens de rester dans l'UE, martelant que le pays y serait «plus prospère, plus sûr et plus fort».
Le Parti travailliste (opposition) et les nationalistes écossais du SNP se sont rangés dans le camp du «In», avec la City de Londres, coeur financier du pays, qui veut conserver son rôle de point d'entrée dans l'UE pour les firmes étrangères.
Côté Brexit, l'ex-maire de Londres, Boris Johnson, a pris la tête des conservateurs eurosceptiques et prédit des lendemains radieux aux Britanniques s'ils retrouvent leur «indépendance».
Le parti europhobe Ukip, dirigé par Nigel Farage, a axé toute sa campagne sur le contrôle de l'immigration et a fini par choquer jusqu'à son camp avec une affiche coup de poing montrant une colonne de réfugiés barrée du commentaire: "Point de rupture".
Voulant mettre un frein aux divisions qui rongent son Parti conservateur sur l'UE, M. Cameron avait annoncé en janvier 2013 qu'il tiendrait ce référendum s'il était réélu, ce qui fut le cas en 2015.
Mais il a ouvert la boîte de Pandore et déchaîné les passions, attisées par les redoutables tabloïds britanniques, toujours prompts à vilipender l'UE.
Dans cette atmosphère toxique, le meurtre de la députée pro-UE Jo Cox une semaine avant le scrutin, par un homme invoquant la «liberté pour le Royaume-Uni», a sidéré le pays, sans que l'impact sur le vote ne puisse être mesuré.
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