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Nikhil Treebhoohun, économiste : «Si on cède sur tous les plans, cela pourrait s’apparenter à de la capitulation»

23 mai 2016, 06:05

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Nikhil Treebhoohun, économiste : «Si on cède sur tous les plans, cela pourrait s’apparenter à de la capitulation»

Vous aimez dire qu’un Budget n’est qu’un exercice comptable. Qu’est-ce qui se cache derrière cette remarque un peu lapidaire ?

C’est la lecture du discours budgétaire au fil des ans qui a conféré à cet exercice un attrait médiatique à tel point que certains diront, avec raison, que c’est devenu un cirque médiatique. La forme l’emporte sur la substance. L’exercice devrait indiquer comment atteindre les objectifs fixés par un gouvernement en début de mandat.

Théoriquement, la stratégie ne devrait pas changer chaque année et un Budget aurait dû refléter le programme gouvernemental tout au long de son déploiement au cours du mandat. Un Budget comporte deux aspects : économique et politique.

Sur le plan économique, il s’agit de présenter un état des lieux des finances du gouvernement, du montant des recettes et des dépenses. Ou encore des dépenses supplémentaires qui vont nécessiter le recours à l’Assemblée nationale pour son approbation. Un Budget est un outil dont le gouvernement se sert pour mettre en place ses objectifs.

Le prochain Budget sera présenté alors que la confiance et la visibilité sur l’avenir ne sont pas tout à fait au rendez-vous. Quels sont les ingrédients indispensables pour inciter les secteurs économiques à focaliser sur les opportunités porteuses de valeurs ajoutées ?

La situation est difficile et compliquée. Les projets d’investissement susceptibles de donner un coup d’accélérateur à l’économie tardent à se manifester. Même l’élan suscité après l’intervention du Premier ministre dans le cadre de la présentation de son programme pour la période partant de 2020 à 2030 n’a pas été suivi des effets escomptés.

Plusieurs facteurs en sont à l’origine. Il n’y a pas de visibilité sur les moyen et long termes, un élément indispensable pour susciter la confiance des investisseurs potentiels. Les conflits à peine voilés opposant l’ex-ministre des Finances et celui chargé des secteurs financiers n’ont certainement pas contribué à renforcer la confiance des investisseurs.

La situation internationale ne s’améliore guère. La croissance ne repart pas en Europe. Les problèmes associés au maintien ou à la sortie de la Grande-Bretagne de la zone euro, les risques d’attentats terroristes, les effets de la crise migratoire ne sont pas pour améliorer la situation qui prévaut en Europe. Il faut ajouter à tout cela le phénomène d’attente d’une population qui estime qu’après un an et demi au pouvoir rien n’a été fait. C’est un défi de taille à relever.

Il y a quand même le projet Heritage City…

Mais il sera difficile de prouver que ce projet est porteur d’une croissance créatrice d’emploi durable et qui est susceptible de durer.

 

Sur quoi l’absence de projets d’investissement créateurs d’emplois pourra-t-elle déboucher ?

Quand il n’y a pas d’investissement, la possibilité de créer de l’emploi est compromise. S’il n’y a pas d’emploi, il y aura moins de consommation. Réduction de la consommation veut dire baisse de revenus car le Budget dépend beaucoup de la taxe sur la valeur ajoutée.

Maintenant que vous n’êtes plus professionnellement lié aux services financiers, accepteriez-vous de dire la vérité sur le traité avec l’Inde ?

J’ai toujours été fidèle à moi-même. J’ai toujours dit ce que je pense et pense ce que je dis. Mon affectation à un poste à responsabilité au sein d’une organisation m’impose, de facto, un droit de réserve. En aucun cas cette posture ne doit être interprétée comme une prédisposition à manipuler les faits. Loin de là.

Les opérateurs des services financiers sont confrontés à l’accusation, ou perception, que Maurice est un paradis fiscal, où il est très facile de blanchir de l’argent. Aucun centre financier n’est imperméable à 100 % à des risques ou à des tentatives de blanchiment d’argent.

Je ne dispose pas de preuves pour soutenir la thèse que Maurice est un paradis fiscal. Par contre, je peux affirmer que les mesures imposées par l’organisme régulateur des services financiers, à savoir la Financial Services Commission (FSC), sont parmi les plus rigoureuses et contraignantes, selon une étude réalisée par le secrétariat du Commonwealth. Mais il arrive qu’à des points d’inflexion, l’intérêt des entreprises, de l’industrie et celui de la nation ne convergent pas.

Comment expliquez-vous alors qu’en dépit de ces garanties et les bonnes notes obtenues par l’Organisation pour le développement économique (l’OCDE), des courants dans certains pays, notamment en Inde, persistent à qualifier le secteur des services financiers de Maurice de paradis fiscal ?

C’est une perception. Les perceptions ont la peau dure. Elles persisteront aussi longtemps que le pays qui subit les effets d’une accusation de paradis fiscal n’investira pas dans une vaste campagne de communication, de promotion et de marketing afin que le vrai visage du secteur financier soit connu. C’est ce que nous avons essayé de faire dans le passé avec des moyens limités.

Quelles ont été les véritables motivations de l’Inde en amenant Maurice à la table des négociations pour revoir le traité ?

Le souhait exprimé par l’Inde pour la révision du traité de non double imposition avec Maurice se situe dans la mouvance d’une tendance internationale. Ce serait une grosse erreur d’ignorer une telle réalité. Certains pays riches ont estimé que l’émigration de certains de leurs ressortissants vers des juridictions qui offrent un système de taxation plus avantageux constitue une perte d’argent et ont voulu prendre les mesures appropriées pour remédier à cette situation.

Le recours à l’OCDE et le G20 au projet de lutte contre l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices, communément appelé le Base Erosion and Profit Shifting, est la parfaite illustration de cette tendance. Le changement était inévitable. La question était de savoir comment, dans le cadre de ce changement inévitable, l’intérêt de la nation allait être préservé.

Avez-vous l’impression que le mode de négociation adopté n’a pas permis à Maurice de préserver l’avantage qui lui a permis de tirer le maximum du traité de non double imposition?

Ce qui est fait est fait, cela ne sert à rien de revenir sur le passé. Cependant, je me per- mets de faire une observation sur la posture à adopter dans le processus d’une né- gociation. Elle doit s’articuler sur deux aspects spécifiques. D’abord, c'est l'aspect sur lequel on ne souhaite pas lâcher du lest. Ensuite,  sur celui où on est disposé à faire des concessions.

Un pays devrait préalablement savoir s’il est disposé à faire la moitié ou les trois quarts du chemin en termes de concession. Si on cède sur tous les plans, cela pourrait potentiellement s’apparenter à de la capitulation. Puisque le morceau a été joué, il faut regarder l’avenir. On demande au pays de faire la démonstration de sa volonté à manifester plus de substance de la part des sociétés incorporées sur son territoire.

C’est une excellente opportunité pour créer de l’emploi et mettre en place un programme de transfert de savoir-faire qui ne pourra qu’être bénéfique aux Mauriciens.

Vous êtes partisan de cette école qui estime que le don de Rs 12,6 milliards est une compensation pour les concessions qualifiées par certains de généreuses à l’égard de l’Inde ?

Je n’ai pas de preuves pour soutenir l’argument que les deux aspects sont liés.

Quelle devrait être la marche à suivre par rapport à l’Inde et les autres juridictions susceptibles d’opter pour une révision des accords bilatéraux ?

Il faut revoir notre stratégie en termes de formation, de marketing et de promotion. Il nous faut exploiter toutes les possibilités susceptibles de repérer des partenaires de développement potentiels. L’intérêt de l’industrie et celui de la nation doivent primer sur tous les autres intérêts.

La voie à suivre a été tracée dans le cadre d’une initiative lancée en 2012 par la FSC et qui avait pour objectif de doter Maurice d’un secteur des services financiers hautement compétitif. Les pistes ont été compilées dans un document intitulé A Roadmap for the Mauritian Financial Services Industry. Il s’agit de passer à l’acte.

Il faut cesser de pleurnicher sur le passé. Nous avons les instruments devant nous permettre de relever les défis qui ont émergé avec la révision du traité avec l’Inde. Retroussons nos manches et mettons-nous au travail.

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