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Pravesh Panchoo: celui qui se bat contre les discriminations
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Pravesh Panchoo: celui qui se bat contre les discriminations
Pravesh Panchoo a tout du jeune branché : T-shirt tendance, jeans bleus moulants, baskets légères aux pieds, lunettes de soleil relevées sur la tête, coupe à la brosse. C’est avec aisance qu’il pousse son chariot et passe le hall d’arrivée à l’aéroport SSR, tout en conversant avec Pooja Gopee, celle qui a agi comme sa support person lors de son séjour de cinq jours à New Delhi.
Personne dans l’entourage familial de ce jeune de 28 ans, habitant New- Grove, ne l’aurait cru un jour capable de prendre l’avion, de s’orienter dans la capitale indienne et surtout de se lever et de prendre la parole pour évoquer les discriminations toujours subies par les déficients intellectuels mauriciens. Et ce, devant un parterre de handicapés physiques, sensoriels et intellectuels de 65 pays.
Or, c’est l’accompagnement dispensé par l’APEIM, qu’il a intégrée alors qu’il n’avait que 13 ans, qui lui a permis de s’épanouir, de progresser à son rythme au point d’y être embauché comme attendant, à plein-temps, et standardiste à temps partiel. Les modules de formation qu’il a suivis au sein du groupe Self Advocate Inclusion Mauritius (SAIM) pour devenir auto-représentant ont fait le reste
Aujourd’hui, Pravesh est non seulement auto-représentant au sein de la SAIM, mais il est également membre du comité IM, siège sur celui de DPI Mauritius, présidé par Danièle Wong mais également sur un comité mis sur pied par le ministère des Infrastructures publiques pour revoir l’accessibilité pour les déficients physiques, sensoriels et intellectuels. C’est dire tout le chemin que Pravesh a parcouru.
Samedi dernier, c’était la première fois qu’il prenait l’avion. Il avoue avoir ressenti de l’appréhension au décollage et à l’atterrissage. Mais une fois à New Delhi, il était comme un poisson dans l’eau en compagnie de Pooja Gopee. «Ma participation à cette assemblée générale a été vraiment géniale», dit-il. Il avoue avoir été impressionné par autant de délégués et se dit ravi d’avoir fait connaissance avec les représentants de plusieurs pays.
Ki bizin fer pou gagn pansion? Bizin met bann linz désiré, enn sort trwa kar ek enn savat kasé ?
Lorsque ce fut son tour d’intervenir, Pravesh n’a pas manqué de délivrer le message qu’il avait mémorisé et qui a trait aux discriminations que subissent toujours les déficients intellectuels. Par exemple, pour pouvoir obtenir une pension d’invalidité auprès du ministère de la Sécurité sociale, le déficient intellectuel doit passer devant un panel comprenant un médecin qui déterminera son pourcentage d’invalidité, qui doit être au moins de 60 %. «S’il arrive à répondre aux questions, le médecin dira qu’il est ‘normal’ et cela en sera fini de sa pension. Ki bizin fer pou gagn pansion? Bizin met bann linz désiré, enn sort trwa kar ek enn savat kasé ? Ek ler dokter dimann ou ou laz, ou bizin deklar ou pa konpran. Nous détestons mentir mais nous sommes obligés de le faire car autrement, on nous retire notre pension et ce n’est pas normal.»
Pravesh a expliqué comment en matière de formation professionnelle, les dé- ficients intellectuels étaient laissés pour compte puisque l’Industrial and Vocational Training Board (IVTB) n’accepte que les jeunes ayant échoué le CPE à deux reprises. «Or, souvent, le déficient intellectuel n’est pas dans le courant éducatif dominant et ne prend pas part aux examens du CPE. Les portes de l’IVTB lui sont donc fermées et c’est injuste.»
Il a aussi mis en exergue la cruauté de certains chauffeurs d’autobus individuels qui refusent de prendre un déficient intellectuel à bord sous prétexte qu’il ne paie pas le trajet. «Zot dir transpor gratis alé, desann ! Cette scène s’est déroulée sous mes yeux à plusieurs reprises.» Autre problème abordé, c’est celui des difficultés d’accès dans des bâtiments et autres lieux comme des supermarchés, en raison de l’absence de pictogrammes. «J’ai aussi parlé du tunnel reliant Sodnac à Shoprite où une fille a déjà été abusée. C’était un endroit délabré, pas du tout éclairé mais emprunté par des déficients intellectuels se rendant à l’APEIM.»
Ayant soulevé cette question sur le comité mis sur pied par le ministère des Infrastructures publiques, Pravesh a été content d’apprendre que ledit ministère a fait repeindre le tunnel, l’a éclairé et qu’un vigile y est présent à certaines heures.
Il a pris conscience des réalités des déficients intellectuels d’autres pays, notamment le nombre élevé de viols d’enfants déficients intellectuels en Inde. Il a aussi été beaucoup question d’égalité du genre, de développement durable,de solidarité et de leadership. «De nombreux déficients intellectuels sont capables de devenir leur propre chef et d’être autonomes. Mo dakor ar sa. J’ai représenté Maurice et je sais que je peux être un bon leader…»
L’employabilité des déficients intellectuels, une réalité
La SAIM est une émanation d’Inclusion Mauritius (IM), fédération regroupant 12 organisations non gouvernementales s’occupant des déficients intellectuels et de leurs familles. L’objectif d’IM, dont la coordonnatrice nationale est Jocelyne Beesoon, est de faire en sorte que les décideurs tiennent en compte les besoins des déficients intellectuels dans tous les programmes élaborés. IM est affiliée à Inclusion Afrique et à Inclusion International.
La constitution de la SAIM est la troisième action d’IM, les premières ayant mené une campagne de sensibilisation monstre ayant débouché sur un carnaval au Caudan et une formation pour 80 éducateurs et chefs de service en pédagogie de l’enseignement aux déficients intellectuels, avec le concours du Centre international d’enseignement pédagogique de la Réunion.
La SAIM a démarré ses activités en 2014 avec pour objectif de former des auto-représentants porte-parole de leurs pairs en communication assertive, en lecture et écriture faciles et à les familiariser aux articles de la Convention sur les droits de la personne déficiente intellectuelle. La SAIM y a ajouté un module sur l’employabilité, qui est un gros succès puisque quatre auto- représentants ont été embauchés l’an dernier par Winner’s.
L’un d’eux, Christophe, affecté au rayon légumes et fruits de Winner’s, à Flacq, a été désigné employé du mois de décembre 2015 tant il sait convaincre par son bagout. D’autre part, Jocelyne Beesoon a embauché Pooja Gopee comme coordonnatrice du projet employabilité. Celle-ci suit régulièrement le parcours de ces quatre employés avec le management de Winner’s. Le dernier combat de la SAIM est centré sur l’accessibilité, avec notamment une demande pour l’installation de pictogrammes dans les supermarchés afin que les déficients intellectuels puissent mieux s’orienter.
Autre pas vers l’autonomie : l’obtention du permis de conduire. Depuis septembre 2015, 26 déficients intellectuels, qui ont exprimé le désir d’apprendre à manier le volant, suivent des cours théoriques avec des visuels clairs et animés par deux moniteurs bénévoles. Ne seront-ils pas un danger pour eux et les autres sur la route? «Ces personnes à qui nous demandons d’être acteurs de leur vie ont exprimé le rêve d’apprendre à conduire. De quel droit pouvons-nous refuser ?» lâche Jocelyne Beesoon.
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