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Hervé Lassémillante: «Le RYC Girls est une pestilence qu’il faut éradiquer»

18 mars 2016, 21:00

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Hervé Lassémillante: «Le RYC Girls est une pestilence qu’il faut éradiquer»

Avocat et vice-président de la National Preventive Mechanism Division de la Human Rights Commission, Hervé Lassémillante visite, en compagnie de ses collègues, les prisons et autres institutions réformatrices. Il ne mâche pas ses mots par rapport au Rehabilitation Youth Centre (RYC) des filles, estimant que celui-ci doit être démantelé.

Avez-vous visité le RYC des filles depuis les deux dernières mutineries et estimez-vous que le bâtiment est approprié aux filles dites «incontrôlables»?

Oui, dès que j’ai pris mon poste et y compris après les deux dernières révoltes et pas plus tard que ce matin (NdlR : mardi 15 mars), j’y suis allé avec mes collègues. Le RYC Girls est une pestilence dans le panorama social et légal mauricien. Il faut l’éradiquer. Je frissonne rien qu’à l’idée des réactions de la société onusienne pour la protection contre la torture et les traitements dégradants si elle visitait ces lieux.

Le bâtiment est choquant. Je l’ai visité dans le passé et j’ai fait des recommandations. En retournant sur les lieux la semaine dernière après la révolte, j’ai vu qu’il était toujours dans un état déplorable, que la peinture s’écaillait, que les vitres étaient brisées, que les toilettes y étaient délabrées. Le lieu en lui-même n’est pas un lieu de réhabilitation. C’est un lieu répressif et punitif.

Qu’avez-vous fait après votre premier constat en 2014 ?

Après ma première visite en 2014, mes collègues et moi étions choqués et nous avons fait des recommandations. Nous avons contacté plusieurs organisations non gouvernementales (ONG) dédiées aux droits de l’Homme et, après concertations, elles ont préparé un questionnaire à être distribué aux jeunes et à leurs parents. Lorsque j’ai présenté officiellement mon rapport, on m’a dit que cette affaire relevait de l’Ombudsperson for Children et, ensuite, plus personne ne s’y est intéressé. J’étais déçu. Ce rapport aurait remis en question le système du RYC.

Ces révoltes auraient-elles pu être évitées si vos recommandations avaient été appliquées?

 Cela ne veut pas dire que tous les problèmes auraient été résolus avec notre rapport mais je crois qu’il y aurait eu une réflexion profonde et des esprits auraient été avertis. Mais à la place, ce fut le sommeil. Mes collègues et moi avons continué notre chemin seuls, sans finances, et les ONG se sont éparpillées chacune de leur côté.

Selon une source interne au RYC, les filles se révoltent parce qu’elles sont provoquées par des gardiennes. Avez-vous des informations similaires?

 Les filles se sont plaintes à nous et le personnel aussi. Mais le staff a un ministre et un syndicat pour l’écouter et le défendre. Moi, je pense à ces jeunes. Elles se sont plaintes de certaines gardiennes. Elles ont parlé d’insultes, de grossièretés, de coups, d’humiliations, entre autres. Le problème ne vient pas que de certaines gardiennes. Il vient du Mauricien en général… Le Mauricien a oublié ce qu’est son humanité.

Donc, diriez-vous que ces filles se révoltent parce qu’elles sont provoquées par des gardiennes?

Sans enquête approfondie, je ne peux dire s’il y a maltraitance de la part des gardiennes. Mais ce qui est clair, c’est que ces dernières n’ont pas l’éducation et la formation voulues pour faire face à des filles à problème, issues de familles dysfonctionnelles. On doit s’attendre à ce que ces filles s’expriment en hurlant, qu’elles soient violentes car leur sens des valeurs est déséquilibré. Certaines gardiennes sont capables de faire face à ces filles mais elles sont rares.

On ne peut pas dire qu’on va repeindre, arranger çà et là et que la situation s’améliorera. Le mal est plus profond. Il est dans les familles, dans l’institution, dans les lois. Lorsqu’elles sont traduites devant le magistrat, ces filles sont seules face à une cohorte d’avocats, de fonctionnaires. Et il n’y a pas un psychologue, un anthropologue, un sociologue pour encadrer le magistrat.

Qu’avez-vous fait depuis la révolte du 10 mars ?

Mes collègues et moi avons rédigé des rapports et le dernier est parti le 16 mars. Il y a la réunion vendredi (NdlR : le 18 mars), organisée par l’Ombudsperson for Children, Rita Venkatasawmy. Elle a réuni les parties concernées pour une journée de réflexion justement sur l’approche humaine. C’est la première Ombudsperson for Children que je rencontre, qui avance avec une telle volonté et une telle sincérité. J’ai beaucoup d’espoir en elle.

Jusqu’ici, on n’a fait que réfléchir et faire des rapports. N’est-ce pas du temps gaspillé ?

Réfléchir et faire des rapports n’est pas un gaspillage de temps car c’est faire notre devoir. Nos recommandations étaient bonnes mais il faut des études plus approfondies avec plus de substance. Il faut une volonté politique et administrative.

Qui n’existe pas ?

Le Premier ministre a une volonté politique de revoir les choses en général. Nous avons également eu des Commissaires de prison très à l’écoute ces derniers temps, que ce soit Jean Bruneau ou l’actuel Acting Commissioner of Prisons. Par rapport aux autres prisons visitées, à chaque fois que j’ai appelé, des mesures correctives ont été prises.

Et pourquoi pas au RYC des filles ?

 La machinerie gouvernementale est lourde et lente. Heureusement qu’il y a les ONG. Les fonctionnaires qui rentrent dans cette mélasse sont au bas de l’échelle et leurs rapports prennent du temps à arriver en haut. Tout cela prend du temps et c’est regrettable. Mais comme je l’ai dit, il faut de la volonté politique et administrative, que je ne sens pas dans le domaine du RYC Girls.

Ce RYC devrait-il être transféré dans une autre structure ?

Je ne suis pas en faveur d’un bâtiment mais de plusieurs petites maisons avec des familles d’accueil et un encadrement adéquat qui permettrait aux filles de devenir des femmes responsables. Il faut des mesures transitoires. Il faut voir ce qui se fait ailleurs comme en Australie, à La Réunion ou aux Seychelles où des jeunes comme ces filles sont placées dans des espèces de Half-Way Homes. Il y a toutes sortes de formules que l’on pourrait appliquer. De notre côté, même si après tout ce que j’ai dit, le statu quo persiste, je continuerai à élever la voix. 

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