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Swadicq Nuthay, CEO, AfrAsia Capital Management: «Notre agenda africain sera fortement compromis si la croissance africaine chute avec la crise chinoise

2 septembre 2015, 07:21

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Swadicq Nuthay, CEO, AfrAsia Capital Management: «Notre agenda africain sera fortement compromis si la croissance africaine chute avec la crise chinoise

Swadicq Nuthay, économiste et CEO d’AfrAsia Capital Management, cerne les effets du ralentissement économique chinois à l’échelle internationale.

 

On parle désormais d’un «hard landing» chinois à la place d’un «soft landing ». Quelles en seront les conséquences pour Maurice ?

Sur le plan macroéconomique, un hard landing impacterait très massivement l’essentiel des pays émergents, notamment les exportateurs des pays émergents et asiatiques qui connaissent déjà des difficultés.

 

Or, le monde émergent est économiquement plus important aujourd’hui que durant la crise asiatique de 1997-1998. Le poids est de presque 40 % du produit intérieur brut (PIB) mondial contre 20 % en 1997. La Chine, à elle seule, représente 13 % du PIB mondial. Ceci dit, l’économie mondiale sera impactée. Avec des conditions externes défavorables ainsi que la dépréciation de monnaies émergentes et fort probablement de l’euro vis-à-vis du dollar (on parle d’un euro à 1,05 contre le dollar dans un proche avenir), il coule de source que les conditions dans lesquelles nous évoluerons ne nous seront pas favorables, sauf la chute des prix de matières premières. Dans la foulée, cela va influer sur l’appétit des investisseurs par rapport aux pays émergents, incluant Maurice.

 

La Chine avait déjà connu un «soft landing»…

La Chine a déjà connu effectivement un soft landing sortant d’une croissance à deux chiffres, soit de 14 % en 2007, à 7 % l’année dernière. Cependant les fragilités macro financières internes de la Chine caractérisées par les bulles immobilière et boursière, le niveau de la dette, la dégradation du bilan des banques ainsi que le shadow banking, rendent l’hypothèse d’un hard landing plus plausible aujourd’hui.

 

Selon les économistes, le potentiel de croissance de la Chine est inférieur à 6 % contre 10 % il y a dix ans de cela. Ce ralentissement  de l’économie peut être partiellement expliqué par le fait que la population active est en baisse depuis 2014 et l’exode rural est déjà bien entamé. Cela signifie que la main-d’oeuvre bon marché est chose du passé.

 

Il semblerait aussi que les autorités chinoises aient plus de mal à diriger l’économie et les marchés. À titre d’exemple, la récente chute du marché boursier.

 

En effet, la croissance devrait reposer principalement sur les gains de productivité et les réformes structurelles. Il faut dire que la situation ressemble à l’économie mauricienne dans les années 80 et post-90.

 

Les marchés ont connu une semaine folle avec un «black Monday» ou même un krach boursier le 24 août. Quelles sont les causes de cette débandade ?

Disons que c’est la suite logique d’une crainte généralisée liée aux effets du ralentissement de la deuxième puissance économique mondiale sur les principales places financières.

 

Déjà au début du mois dernier, la bourse de Shanghai a plongé de 12,4 % en raison de la dévaluation du yuan, entraînant dans son sillage un sentiment de panique chez les investisseurs institutionnels qui ont déserté les marchés des actions momentanément au profit des marchés obligataires et des valeurs refuges comme l’or.

 

Par ailleurs, après les interventions massives du gouvernement chinois depuis fin juin pour stabiliser les Bourses locales, beaucoup d’investisseurs redoutent désormais un retrait prématuré de ces mesures de soutien.

 

Pour rappel, avant de s’effondrer mi-juin, la Bourse de Shanghai s’était envolée de 150 % en l’espace d’un an, dopée par l’endettement et de façon totalement déconnectée de l’économie réelle. La chute du marché chinois a entraîné dans sa foulée une chute dramatique des marchés asiatiques, émergents et développés indistinctement.

 

La dévaluation du yuan chinois a pris tout le monde de court. Quelles sont les implications de cette décision monétaire sur le marché des changes ?

Après des années d’appréciation du yuan contre le dollar américain, les autorités avaient maintenu le taux de change de référence à 6,1. Ils ont donc surpris les marchés en réduisant ce taux à 6,4, une dépréciation de plus de 5 % par rapport au dollar. Toutefois, il faut dire que cette dépréciation reste quand même modérée après une appréciation de presque 30 % du yuan face au dollar depuis 2005, une surévaluation de 10 %-15 % du yuan contre le dollar entre 2005 et 2013. De plus, depuis 2014, le dollar s’est nettement apprécié par rapport aux autres devises.

 

À titre de comparaison, le dollar effectif réel est 10 % au-dessus de sa moyenne depuis 10 ans, l’euro 10 % et le yen japonais 22 % au-dessus de leur moyenne depuis 10 ans. Donc aujourd’hui, le yuan reste nettement surévalué face au dollar pour ces deux raisons.

 

Le principal objectif est d’affaiblir le yuan pour redonner un peu de compétitivité à son industrie et contribuer ainsi à relancer une activité en déclin. Toutefois, je persiste à croire que la dépréciation du yuan devrait rester modérée, les autorités chinoises ne souhaitant pas une accélération des sorties de capital.

 

Justement, on parle de nouveau d’une «currency war». Comment analysez-vous ce phénomène ?

En fait, la Chine, àtravers la dévaluation duyuan, répond subtilementà la Banque du Japon, à laBCE et à la dépréciationrapide de plusieurs monnaiesémergentes. On relève,entre autres, le ringgitmalaisien qui a chuté à soncours le plus bas depuis17 ans ; du baht thaïlandaisqui est tombé à son coursle plus bas depuis six ans ;du won sud-coréen (plusbas depuis quatre ans) alorsque la roupie indienne estdescendue aussi bas que66,48 et le rand sud-africainà 13,30 face au dollar.

 

Pour les investisseurs, ils sont, du reste, prévenus : si la situation ne s’améliore pas, la Banque centrale chinoise pourra toujours «ajuster» à nouveau le niveau du yuan. Car cette dernière dévaluation ne règle pas la question du fort taux de change réel du pays. Le marché va sans doute anticiper cette volonté chinoise d’avoir une monnaie plus compétitive, ce qui est précisément le but de la manoeuvre. Par ailleurs, ça va entraîner dans son cours un impact sur les monnaies des pays émergents ainsi que leur économie respective.

 

On dit que le malheur  des uns fait le bonheur des autres. Est-ce que cet adage peut s’appliquer à l’Inde suivant le ralentissement économique chinois ?

Certainement et cela à plusieurs niveaux. D’abord par rapport à la volatilité du marché financier. Il est évident que l’Inde est en meilleure position pour faire face à cette volatilité en raison, notamment, de ses fondamentaux économiques solides tels son faible niveau de déficit commercial ; son taux d’inflation modéré ; et sa base de réserves en devises étrangères.

 

En effet, l’Inde bénéficie directement de la chute de prix des commodités. Partant de ce postulat, on peut avancer que le ralentissement de l’économie chinoise constitue une planche de salut pour l’Inde dans la mesure où cette démarche inciterait davantage les investisseurs à se tourner vers un modèle alternatif de croissance plutôt que de privilégier une croissance tirée par le crédit.

 

Et quid de l’impact sur les prix des matières premières à l’échelle mondiale ?

Sans aucun doute, le ralentissement de l’économie chinoise, ajouté à la surcapacité de production des matières premières, continue à avoir un impact sur les prix de ces dernières. Il va de soi que les économies qui dépendent de ces matières premières vont subir le choc de manière frontale. Ce sera majoritairement le cas de pays émergents tels que le Brésil, la Russie et particulièrement les pays africains.

 

Effectivement les prix de la plupart des matière sont lourdement chuté,avec le pétrole, le cuivre et l’aluminium chutant respectivement à 63 %, 33 % et 27 % depuis leurs niveaux record de l’année dernière. Comme la Chine était la plus grosse consommatrice de produits pétroliers ces dernières décennies et vu que les pays du Moyen-Orient continuent d’en augmenter leur production, tout porte à croire que le prix du pétrole ne décollera pas de sitôt.

 

Et l’axe Afrique-Maurice ?

Les conséquences seront économiquement défavorables pour l’Afrique et par ricochet auront un impact sur Maurice. Il ne faut pas oublier que la réduction de la demande domestique chinoise, en termes de produits de base comme le pétrole et les minéraux, entraînerait un manque important pour l’Afrique. Par exemple, le taux d’exportation et le flux d’investissement vont subir de plein fouet la chute des prix des matières premières.

 

Cela aura définitivement un impact sur notre agenda africain qui pourrait être plus difficile à mettre en place si la croissance du continent noir chute suivant la crise chinoise.

 

N’oublions pas aussi que la deuxième puissance économique mondiale est très impliquée dans l’économie de certains pays africains sans compter son influence géopolitique qu’elle souhaite étendre sur l’ensemble de ce continent.

 

De manière générale, on peut dire que la Chine a eu un rôle catalyseur à jouer dans la croissance économique africaine. Or, l’Afrique doit aujourd’hui revoir son ambition par rapport au ralentissement de l’économie chinoise. L’impact sera visible à la fois au niveau des exportations et le flux d’investissement entrant.

 

 

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