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Kevin Rangasami: «Les étrangers ont commencé à vendre massivement leurs titres bien avant l’affaire BAI»
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Kevin Rangasami: «Les étrangers ont commencé à vendre massivement leurs titres bien avant l’affaire BAI»
■ La vente massive de titres que les étrangers détenaient auprès du MCB Group (MCBG) et de la SBM Holdings Ltd (SBMH) est-elle une conséquence directe de l’affaire BAI sur la Bourse de Maurice ?
Fort heureusement, la réponse est non. Les investisseurs étrangers ont commencé à vendre massivement pour deux principales raisons et ce, bien avant l’éclatement de l’affaire BAI.
Tout a commencé en octobre 2014, soit quelques semaines avant que Moody’s ne rabaisse de deux crans la note des deux banques principales du pays listées en bourse. Du coup, ces titres sortent de certains fonds étrangers qui n’ont eu d’autres choix que de vendre ou de réduire leur exposition en termes de risques face au MCBG ou à la SBMH.
Ce qui a davantage accéléré cette sortie c’est l’appréciation du dollar américain face à la roupie mauricienne. À titre d’exemple, les étrangers qui ont converti leurs dollars en roupies en juillet 2014 pour investir sur le marché boursier de Maurice se retrouvent aujourd’hui avec une perte d’environ 20 %, rien qu’avec l’ascension du dollar par rapport à notre monnaie.
Depuis janvier dernier et ce, jusqu’au 27 avril, les investisseurs étrangers ont vendu pour plus de Rs 2,6 milliards de titres de la MCBG et de la SBMH, alors qu’ils n’en ont acheté que pour Rs 600 millions durant cette période. Ce qui correspond à un désinvestissement net de Rs 2 milliards en seulement quatre mois.
■ Voulez-vous dire qu’il s’agit là d’un déclin général de l’intérêt des investisseurs étrangers ?
Oui. Cela est principalement lié à la dépréciation de la roupie. Hormis ceux des banques, les étrangers ont aussi vendu, depuis le début de l’année, quelques titres de New Mauritius Hotels (autour de Rs 400 millions net) et ceux de CIEL (environ Rs 130 millions net).
■ Dans quelle mesure les déclarations intempestives du ministre des Finances – sur la volonté du gouvernement de faire le ménage dans le secteur des jeux de hasard – ont-elles contribué à la dégringolade des valeurs boursières de Lottotech et d’Automatic Systems Ltd ?
Le marché a réagi très rapidement, et même un peu trop brusquement selon moi. Trois éléments principaux ont changé pour ces entreprises depuis la présentation du dernier Budget : la publicité a été interdite, les charges annuelles ont été révisées drastiquement à la hausse et, dans le cas de Lottotech, les cartes à gratter ont été bannies.
Certes, les résultats seront inférieurs aux prévisions. Et je peux comprendre que le prix de ces actions accuse une baisse. Si je dis que cela a été trop brusque c’est parce qu’à ce jour, les investisseurs n’ont pas d’idée précise de l’impact de ces décisions sur les bénéfices.
Pour ce qui est de Lottotech, par exemple, il est vrai que 20 % des revenus de la société provenaient des instant games, c’est-à-dire, essentiellement des cartes à gratter. Mais l’effet sur les profits après impôts attribuables aux actionnaires ne sera pas forcément de -20 % car les instant games peinaient déjà à décoller et les marges étaient plus faibles.
Par ailleurs, vu qu’elle ne peut pas faire de publicité, Lottotech économisera près de Rs 60 millions à Rs 80 millions par an. Car j’estime que les coûts des billboards ainsi que des publicités à la radio et dans la presse étaient élevés. S’il est vrai que la vente des tickets peut baisser en conséquence (ce qui doit encore être démontré), il faut attendre les résultats du trimestre qui prend fin au 30 juin 2015 pour vraiment mesurer l’impact.
En revanche, il est vrai que la position du gouvernement a beaucoup changé les plans de Lottotech qui doit oublier son idée de proposer un deuxième tirage du Loto par semaine, par exemple.
Toujours est-il que si une firme ne peut pas influencer davantage ses ventes, il ne lui reste plus qu’à maîtriser ou à optimiser ses coûts variables. Je présume que ces deux sociétés ont déjà bien avancé dans leurs réflexions sur le sujet.
■ Vu que la Bourse de Maurice traverse une zone de turbulences, n’est-il pas souhaitable que la direction de la Stock Exchange of Mauritius intervienne pour rassurer les investisseurs ?
Pour qu’un marché fonctionne correctement, il faut que les forces de l’offre et de la demande puissent s’exercer librement. Il est aussi impérieux de rendre publique toute information susceptible d’influencer le prix d’une société et laisser le choix aux investisseurs d’interpréter ces informations et de dicter le cours des titres.
C’est un des rôles clés de la SEM. Et les listing rules obligent les sociétés à communiquer à la SEM et aux investisseurs les informations qui sont price-sensitive.
Vous serez sans doute d’accord avec moi pour dire que même si la SEM émettait un communiqué, tel que : «ne paniquez pas», cela ne servirait pas à grand-chose compte tenu du fait que les investisseurs ont leurs propres opinions et considérations.
■ Depuis quelques jours, les trois indices du marché officiel de la Bourse ont souvent été à la baisse simultanément. Quel impact cette évolution pourrait-elle avoir sur les étrangers qui souhaitent investir à Maurice ?
Cette situation peut être interprétée de diverses manières. Le pessimiste peut se dire : «Tout va mal, ce n’est pas le moment de regarder ce marché.» L’optimiste, en revanche, croit dans la devise «Buy low, sell high», et il trouvera une opportunité pour acheter à moins cher des titres qui ont connu un derating à la suite d’un marché en baisse. Et ce, indépendamment des fundamentals de certaines sociétés qui n’ont peut-être pas changé.
À titre d’exemple, ce sera peut-être plus profitable actuellement pour un étranger de vendre des dollars à plus de Rs 36 et d’acheter les actions des deux banques qui ont, aujourd’hui, un meilleur price earning ratio. En effet, les titres, comme ceux du MCBG, se vendent à 10,8 fois les bénéfices alors que ceux de la SBMH sont encore plus bas à 7,4 fois les bénéfices.
■ À deux ans d’intervalle, Maurice a dévoilé au monde entier qu’elle n’est pas à l’abri d’un montage financier – le dernier étant celui attribué au groupe BAI – réalisé par ses propres concitoyens. Qu’est-ce qui doit être fait pour que le pays redore le blason de son secteur des services financiers ?
Je pense qu’il faut commencer par une meilleure éducation des investisseurs. Ces derniers doivent bien comprendre qu’on ne peut pas avoir davantage de return sans prendre plus de risques. Si, par exemple, les grosses institutions solides et réputées vous proposent un retour sur investissement de 3,15 % par an alors qu’une autre institution vous offre le double, il faut se poser des questions et comprendre quels sont les risques additionnels que vous encourez.
Car il y a certainement une bonne (voire une mauvaise !) raison pour laquelle quelqu’un sera disposé à vous payer plus. Deuxièmement, et on en entend parler déjà, la réglementation sera appelée à devenir plus stricte. Il y aura certainement une surveillance accrue de la part des autorités régulatrices.
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