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Entretien Exclusif pour Lekip du Manager d'Everton - Roberto Martinez : « C’est la Premier League la plus compétitive depuis qu’elle existe »

14 septembre 2014, 04:23

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Entretien Exclusif pour Lekip du Manager d'Everton - Roberto Martinez : « C’est la Premier League la plus compétitive depuis qu’elle existe »
A l’occasion du lancement de la nouvelle saison de Premier League, Philippe Auclair, spécialiste du football anglais à France Football et chroniqueur de l’Express Dimanche, a rencontré le manager d’Everton, Roberto Martinez, à Londres. Nous reproduisons cette semaine cette interview, en exclusivité pour la presse francophone.
 
 
Vous avez été un témoin assidu de la Coupe du monde. Quelles leçons en avez-vous retenues ?
Le football fonctionne de manière cyclique. Il y a eu une période pendant laquelle les équipes visaient la perfection en termes d’organisation défensive et donnaient tout pour ne pas concéder de but. C’était leur base pour gagner. Puis l’Espagne est arrivée, qui insistait sur la possession et le contrôle du ballon. Et maintenant, au Brésil, nous avons vu des équipes qui s’étaient posé la question : ‘comment battre l’Espagne ?’ Leur réponse a été de presser haut, d’empêcher l’adversaire d’exploiter le ballon – un football dynamique, de contres. Ce changement d’approche a dynamisé les matchs, les a rendus plus ouverts, et je crois que c’est pour ça que nous avons vécu une Coupe du monde fascinante. Elle va avoir un impact sur le football international, elle l’aura également sur les championnats nationaux.
 
De quelle manière?
Le 3-5-2 va devenir plus populaire. J’avais utilisé ce système [avec Wigan], et nous avions fait une fin de saison incroyable [en 2011-12], quand nous avions gagné sept de nos neuf derniers matchs. Nous avions battu toutes les grosses équipes. Avoir un avantage tactique est toujours utile, mais s’imaginer que le système lui-même vous le donne est faux : vous avez besoin des joueurs pour le mettre en pratique. Je pense que van Gaal était parvenu à un équilibre parfait avec les Pays-Bas, parce que ce système lui permettait de tirer le maximum de van Persie et de Robben, deux des meilleurs joueurs du monde dans une situation de contre-attaque. Les Hollandais étaient toujours bien équilibrés, avec des joueurs derrière le ballon. J’ai le sentiment que les joueurs et les techniciens sont plus souples et plus disposés à changer les choses qu’il y a quelques années, moins ‘structurés’, moins rigides.
 
Everton, pour une fois, a conservé tous ses joueurs les plus importants. Comment cela va-t-il changer ce qu’on attend de vous, et votre façon de travailler?
Cette attente est ce que nous désirions. Ce club a une histoire incroyable, nous devons nous y conformer. Nous avons travaillé d’arrache-pied pour être en Europe. Cette attente est réaliste. Nous voulions établir une continuité. Avoir conclu des contrats permanents avec Gareth Barry et Romelu Lukaku nous permet de continuer à travailler comme nous le faisions l’an dernier.  Des joueurs comme John Stones, Seamus Coleman, Ross Barkley, et même Tony Hibbert ont signé de nouveaux contrats : ça vous procure une vraie continuité. Posez la question aux fans : ils voulaient que nous parvenions à des accords pour des joueurs comme Barry et ‘Rom’. Nous l’avons fait. Le soutien du président [Bill Kenwright] et du directoire a été magnifique. Ca montre qu’il existe une stratégie claire pour que les choses se passent comme nous le désirons.
 
Se qualifier pour la Champions League est-il vraiment un objectif pour vous, quand vous devrez aussi participer à la Ligue Europa ? Et jouerez-vous cette compétition à fond ?
Si vous prenez du recul et que vous évaluez où nous en étions la saison passée, la chose à éviter était de repartir de zéro, de perdre quatre ou cinq joueurs. A partir de maintenant, l’ambition sera de prendre chaque match comme il vient et de voir jusqu’où nous pouvons aller. En ce qui concerne la [qualification] pour la Ligue des Champions, pour moi, il s’agit de la Premier League la plus compétitive depuis qu’elle existe. Je ne me souviens pas d’une autre saison au début de laquelle quatre ou cinq clubs avaient pour objectif de gagner le titre, six ou sept pouvaient espérer se qualifier pour la C1, et toutes les autres s’inquiétaient d’être obligées à se battre pour éviter la relégation. Les marges sont tellement minimes ! Il n’existe pas de championnat plus compétitif dans le reste du monde. En ce qui nous concerne, il va falloir participer à la Ligue Europa sans que cela nous affecte en Angleterre… C’est un défi, mais que nous pouvons relever dans ces circonstances. Notre cible l’an passé était d’arriver à 72 points – suffisamment pour accéder à la C1 sept fois lors des dix dernières années. En cela, nous n’avons pas manqué le bon wagon. Notre saison était digne d’un club qualifié pour la Ligue des Champions, et c’est notre base de travail. Honnêtement, aller en Ligue Europa est, probablement, ce dont nous avons besoin [maintenant], plutôt que d’aller directement en C1 sans y être vraiment prêt. Je crois que notre expérience de la Ligue Europa nous en dira beaucoup sur ce que nous sommes, sur notre capacité de pouvoir jouer la Ligue des Champions, qui demeure notre objectif ultime. Nous prendrons la Ligue Europa au sérieux. Nous nous sommes battus pendant dix mois pour y participer, et ce serait stupide de faire autrement. Nous voulons être des challengers [au titre], et découvrir comment cela affectera notre niveau de performance. Il est clair que nous serons affectés, l’histoire le montre, mais nous avons besoin de voir comment nous le serons, et si nous sommes capables de mener une compétition européenne et le championnat de front.
 
Avec un effectif qui sera quasiment le même que l’an dernier ? N’avez-vous pas peur de stagner ? 
Non, au contraire ! Nous avons équilibré les dépenses et les rentrées. Oui, nous avons les mêmes joueurs que l’an dernier, ou presque, mais riches d’une année d’expérience en plus. Le talent que nous avons [à notre disposition] est incroyable. Nous avons aussi acheté Mo Besic et obtenu Christian Atsu en prêt. Et nous avons deux-trois joueurs dans notre équipe de jeunes que nous pensons prêts à intégrer l’équipe première. Nous voulions la continuité, nous l’avons.
 
Avez-vous eu peur de perdre Lukaku ?
Bien sûr ! A la fin de la saison passée, il n’était pas clair que nous puissions le conserver. Selon moi, Lukaku est l’un des meilleurs joueurs de sa catégorie d’âge [21 ans]dans le football mondial. Ne croyez pas que je sois aveuglé par un parti-pris. Regardez les statistiques, regardez le nombre de buts qu’il a marqués à un âge aussi jeune ! Il nous propose tout ce que voulions d’un avant-centre à long terme. Parfois, vous dépensez beaucoup d’argent pour acquérir un joueur, et ça lui met une pression énorme sur les épaules, parce qu’il doit trouver ses marques et répondre à une attente. Avec ‘Rom’, c’est presque l’inverse. Du coup, le voilà plus confiant, plus heureux, parce que nous avons démontré que nous avions foi en lui. Tous les fans d’Everton voulaient qu’il reste de manière permanente. 
 
Mais José Mourinho a été plutôt dur quand on lui a demandé son avis sur Lukaku, non ?
Chaque manager connaît son effectif à fond. Le football, c’est être au bon endroit au bon moment, et créer une harmonie avec les joueurs qui vous entourent. Ce n’est pas seulement une question de qui vous êtes, et de qui est le joueur. ‘Rom’ convient à Everton. Pourquoi ? Il n’y a pas de réponse absolue. Vous pouvez voir qu’il prend du plaisir à son football, et que la foule en est consciente. Nous avons une grande tradition de numéros 9 ici, et il n’est pas facile de trouver un numéro 9 qui satisfera le public de Goodison. Mais il y a de l’affection pour lui et pour le type de joueur qu’il est. C’est parfois nécessaire pour qu’un footballeur prenne plaisir à son football et soit à son meilleur niveau.
 
Ross Barkley est hélas blessé. Mais jusqu’où pensez-vous qu’il puisse aller, et que doit-il faire pour s’améliorer ? 
Il doit jouer. Parfois, on se braque sur le potentiel, et on met une énorme pression sur un jeune. Ross a un tempérament incroyable. Je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi équilibré. Participer à la Coupe du monde n’a pas changé son attitude vis-à-vis de l’entraînement. Ce serait plutôt le contraire. Il veut se concentrer encore davantage sur son travail, rester humble. Je crois qu’il est un talent à part. Je ne pense pas que le football anglais ait eu quelqu’un comme lui depuis bien des générations – pas seulement des années -, parce qu’il est très rare de trouver quelqu’un qui soit aussi aussi doué techniquement et aie le physique qui aille avec, et la personnalité aussi : quelqu’un qui soit aussi aussi solide sur le plan émotionnel. Je crois qu’il a tout pour devenir un grand joueur pour l’équipe d’Angleterre. Mais nous devons lui permettre de faire des erreurs, de mûrir, de se battre pour sa place. Et c’est ce qu’il a à Everton. Il n’a pas de place garantie dans le onze de départ. Il doit se concentrer sur ce qu’il doit faire pour jouer le samedi. Et ça simplifie les choses. Il arrive que nous allions trop vite et que nous ne jugions les joueurs que sur leur potentiel, pas sur ce qu’ils montrent sur le terrain. Ross a besoin de temps.
 
Propos recueillis par Philippe Auclair
Article paru dans Lékip du vendredi 12 Septembre.

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