Publicité

La gestion capitaliste libérale portuaire ne fait plus l?unanimité

12 octobre 2008, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Nous avons évoqué, vendredi dernier, la mise au pilori des compagnies portuaires capitalistes, pendant l?année de braise 1971, l?année des grèves sauvages, tournantes, planifiées, réglées comme du papier à musique, pour paralyser l?économie mauricienne et mettre à genoux le pays. Ce martyre patronal est pour beaucoup dans l?acceptation tacite du secteur privé d?un contrôle étatique sinon gouvernemental des activités portuaires, dont la manutention des marchandises, symbolisée par la création de la Cargo Handling Corporation et le démarrage de ses activités, en octobre 1983.

Le secteur privé se laisse donc dépouiller d?une activité vitale mais qui ne lui procure que des déboires humiliants et injustes, pendant les années 1970. Plusieurs raisons expliquent la lassitude de ce patronat déposant les armes aux pieds de la CHC. Pour commencer, il ne fait pas l?unanimité au sein du secteur privé et il s?en trouve des pairs pour critiquer sa gestion de la crise qui secoue son secteur. La gestion capitaliste portuaire est loin d?être irréprochable, en effet. Les accusations de manque d?humanisme à l?égard des employés pleuvent contre elle. Certains cadres passent pour faire preuve d?une grossièreté inacceptable à l?égard de travailleurs, dont la tâche est parmi les plus pénibles mais aussi les plus périlleuses (ils sont aux premières loges en cas d?infection virale car manipulant des marchandises provenant, souvent, de zones contaminées). Il se trouve donc des patrons pour condamner une gestion qualifiée parfois de féodale, pour ne pas dire esclavagiste ou colonialiste. Difficile dans ce cas de résister quand on se sait incompris, sinon trahi, par des pairs.

L?opinion publique est globalement hostile à ce patronat portuaire, n?ayant jamais fait de la transparence et de la démocratie industrielle ses principes de gestion prioritaires. Dans les années 1970, les journaux les plus crédibles, les plus lus, les plus influents, sont globalement pro-Bérenger, pro-MMM, pro-GWF et pro-syndicats que cette dernière fédère. La presse anti-Bérenger et anti-MMM, patronale et travailliste, ne fait pas le poids. L?express fait certes la part des choses mais entre les états d?âme d?un patronat portuaire croulant, dépassé, et les enjeux d?une île Maurice plurielle, en voie d?industrialisation, il n?y a pas d?hésitation éditoriale possible, d?autant plus qu?il en va de la sécurité intérieure nationale, au même titre que les autres services publics (eau, électricité, eaux usées, voirie, télécommunications extérieures, police).

Ce patronat portuaire traîne en sus un boulet des plus paralysants. Il passe pour être inféodé à un PTr plus dépassé et plus sénile que jamais et à un Gaëtan Duval s?enorgueillissant, entre autres, d?être un play-boy et pas seulement international. Il passe, en tout cas, pour être viscéralement anti-Bérenger.

Quoi faire d?autre pour l?opinion publique de 1983 sinon de se résigner à s?aligner du côté des rares connaisseurs de la chose portuaire, s?efforçant de faire bon c?ur (mauve) contre la possible mauvaise fortune de la mainmise bleu-blanc-rouge de la manutention portuaire par la CHC. Un quart de siècle s?est écoulé (écroulé ?) depuis et ce jubilé d?argent (célébré ou non ?) est, pour sûr, le moment propice pour faire le bilan de cette passation de pouvoir administratif et gestionnaire dans le port.

Ne rêvons pas pour autant. Qui, dans notre île Maurice plus léthargique que jamais, pourrait être susceptible de s?intéresser à un quelconque bilan de 25 ans de gestion portuaire par la CHC à la place d?un patronat capitaliste, comprenant plus particulièrement les United Docks, Taylor Smith, Desmarais Brothers, D?Hotman and Sons. Voyez-vous le Sucre s?intéresser encore aux activités portuaires à l?heure où l?on parle sérieusement de la démolition d?un Vrac pouvant devenir obsolète et inutile ? La Chambre de commerce et d?industrie a d?autres chats à fouetter, notamment dans la formation des cadres dont aura peut-être besoin dans les lustres à venir le Tigron de l?océan Indien. L?Université, le Conseil de la recherche, le conseil économique et social, la JCI disposent-ils des ressources humaines pour s?intéresser au bilan d?un quart de siècle d?activités portuaires ? Le MMM sait-il que sa GWF existe toujours et que sa dernière grève signifiante doit remonter sans doute à 1979 ? La presse de gauche qui porte aux nues la CHC, en octobre 1983, est-elle encore aussi élogieuse à son sujet ?

Il n?y aura pas de bilan de 25 ans de présence active de la CHC dans le port car pour le faire nous devrions du même coup procéder à notre examen de conscience, pardon ! à notre autocritique professionnelle, et cela est aussi agréable qu?un rendez-vous de dentiste.

Publicité