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Le Traité de Paris, Madagascar et le gouverneur Farquhar
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Le Traité de Paris, Madagascar et le gouverneur Farquhar
● Le Traité qui nous intéresse
Mais le Traité de Paris de ce jour, le traité de cet entretien, est celui de 1814, ou, si vous voulez, ceux de 1814-1815, qui devaient mettre un terme aux guerres napoléoniennes.
Le premier, celui du 30 mai 1814, qui nous intéresse plus particulièrement, fut conclu entre, d?une part, la France et, d?autre part, les Alliés que furent l?Autriche, la Grande-Bretagne, la Prusse, la Russie, la Suède et le Portugal. L?Espagne devait signer le même traité avec la France, mais en juillet 1814.
● Un second traité, le 20 novembre 1815
Un second traité de Paris sera signé le 20 novembre 1815, entre la France et les Alliés, mais à des conditions différentes de celles du premier Traité de Paris.
Les Français ayant restauré la monarchie, le vieux roi Louis XVIII se montra prêt à tous les arrangements et instaura un gouvernement institutionnel. Les Alliés se montrèrent moins conciliants dans la négociation de ce nouveau traité avec la France, qui allait perdre des terres qui étaient siennes depuis longtemps.
● En quoi le premier Traité nous intéresse
Donnons la raison de notre intérêt au traité du 30 mai 1814 qui, dans l?essentiel, sans compter les articles additionnels et secrets, contenait trente-trois articles.
Après l?abdication de l?empereur Napoléon en avril 1814, les Alliés permettaient à la France de retenir ses frontières du 1er janvier 1792, et de garder ses enclaves annexées dans les premières années de la Révolution française. Il fut rendu à la France la plupart de ses colonies étrangères, à part Tobago et Sainte-Lucie, dans les Antilles, et l?Ile-de-France, maintenant Maurice, qui furent cédées à la Grande-Bretagne. Mais citons plutôt l?article 8, qui nous intéresse particulièrement, de ces trente-trois articles :
ARTICLE 8. Sa Majesté Britannique, stipulant pour elle et ses Alliés, s?engage à restituer à Sa Majesté Très-Chrétienne, dans les délais qui seront ci-après fixés, les colonies, pêcheries, comptoirs et établissements de tout genre que la France possédait au 1er janvier 1792, dans les mers et sur les continents de l?Amérique, de l?Afrique et de l?Asie, à l?exception toutefois des îles de Tobago et de Sainte-Lucie, et de l?île de France et de ses dépendances, nommément Rodrigue et les Seychelles, lesquelles Sa Majesté Très-Chrétienne cède en toute propriété et souveraineté à Sa Majesté Britannique, comme aussi de la partie de Saint-Domingue, cédée à la France par la paix de Bâle, et que Sa Majesté Très Chrétienne rétrocède à Sa Majesté Catholique en toute propriété et souveraineté.
● L?arrivée de Farquhar
Vous aurez remarqué que Madagascar n?est pas mentionnée dans ce traité comme devant être cédée à la Grande-Bretagne, au même titre que Rodrigues, les Seychelles et l?Ile de France, appelée officiellement Maurice depuis 1810, quand va arriver sir Robert Townsend Farquhar. Ce qui nous permet de nous mettre de loin en loin sur la voie d?un autre volet de cette rencontre.
● Le point de vue de Julien-Désiré Schmaltz
Tout le monde était-il heureux de la tournure des choses, concernant ce traité du 30 mai 1814 ? Non, mais on le sait pas beaucoup, je pense. Mais peu de jours seulement après la signature de ce traité, plus précisément le 2 juin 1814, le ministère français de la Marine fut mis en présence d?un Mémoire sur Madagascar d?un lieutenant-colonel du génie, du nom de Julien-Désiré Schmaltz, né à Lorient le 5 février 1771, mort le 26 juin 1827, un des rescapés du naufrage de La Méduse.
Se décrivant comme ancien officier des forces indo-hollandaises aux îles de la Sonde, il était persuadé, en considérant ce que les Hollandais avaient réussi à Java, que les Français pourraient encore mieux faire dans cette ligne à Madagascar.
Mais citons un extrait de son Mémoire sur Madagascar :
Indépendamment des produits précieux et considérables qu?on pourrait retirer de cette isle en encourageant et dirigeant bien l?agriculture et l?industrie de ses habitants, sa position offre encore les plus grands avantages au gouvernement qui voudrait y former des établissements. Placée à l?entrée des mers de l?Inde, à portée de tous les vaisseaux qui reviennent d?Asie en Europe, elle semble formée pour être le centre et l?entrepôt d?un grand commerce.
Revenons sur la dernière phrase de cette citation, car elle est importante: Placée à l?entrée des mers de l?Inde, à portée de tous les vaisseaux qui reviennent d?Asie en Europe, elle semble formée pour être le centre et l?entrepôt d?un grand commerce.
Mais les enjeux, comme perçus par Schmaltz, n?étaient pas ceux du gouvernement français. Il n?était d?ailleurs pas dans l?intention des bureaux de la Marine française de s?occuper, à ce moment-là du moins, de Madagascar, et le colonel Julien-Désiré Schmaltz jugea plus revigorant d?aller mettre ses compétences d?administrateur colonial et d?économiste au service du Sénégal à partir de 1816, mais malheureusement sans grand succès.
Rappelons cependant que Julien-Désiré Schmaltz eut un rôle à jouer dans l?histoire de Maurice. Le 3 mars 1797, il épousa, au Port Nord-Ouest, à Maurice, Reine Renée Marais, native de Lorient. Sa femme mourut aux Cassis le 28 octobre 1864. Voyez ce que Noël Regnard dit de lui dans le Dictionnaire de Biographie mauricienne en 1964, mais il ne mentionne pas son Mémoire sur Madagascar ! Ce point est tout à fait nouveau.
● Tout autrement de l?Angleterre et de Farquhar
La France n?était donc pas intéressée. Il en fut tout autrement de l?Angleterre, du point de vue de Farquhar. En effet, le gouverneur avait, lui, bien compris les nouvelles possibilités offertes par la Grande île en matière coloniale. Il lui importait peu que le traité de Paris de 1814 eût omis de mentionner Madagascar, autrement plus importante que Rodrigues ou les Seychelles, et ne l?eût pas nommément désignée parmi les dépendances de l?île Maurice, l?excluant donc formellement de la Couronne britannique !
Or, dès septembre 1813, avant même la signature du Traité de Paris du 30 mai 1814, Farquhar révélait ses ambitions par rapport à ce pays. Dans des recommandations par l?intermédiaire de Charles Telfair, secrétaire en chef par intérim du gouvernement, à un certain M. Chochot, Farquhar ne cachait pas ses prétentions.
A suivre
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