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Le nostalgique

12 octobre 2008, 20:00

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Est-ce qu?on jette sa grand-mère sous prétexte qu?elle est vieille»? tonne Gilbert Desveaux. Le monsieur est président du club des voitures de la marque Morris Minor. Il se refuse obstinément à dire que ces voitures sont bonnes pour la casse. Désuètes, obsolètes ? Ces adjectifs l?offensent.

Pourtant, c?est le cas de le dire ; La production de ces véhicules a cessé en 1971. Mais, ces chiffres ne l?intéressent pas. «Toutes ces voitures ont une histoire. Quelque part, elles ont été partie prenante de la vie de tous les Mauriciens.» Gilbert Desveaux commente la liste de ses utilisateurs: prêtres, meter readers, fonctionnaires, médecins, merciers, taxis?

Quand on lui demande de parler de la relation qu?il entretient avec la vieille anglaise, d?emblée, il prévient «Eh bien là, vous en aurez pour deux jours !» Gilbert Desveaux a fait la connaissance de la Minor quand il avait quatre ans. C?était à l?époque où il habitait chez ses grands-parents à Beau-Bassin. Par la suite, il a beaucoup voyagé dans ces véhicules, puisque plusieurs étaient des taxis. Plus tard, il déposera ses enfants au collège dans la Minor. «Tous mes enfants ont appris à conduire dans cette voiture».

Sa passion l?a même poussé à créer un club l?année dernière. L?occasion s?est présentée un beau jour où il roulait bien calé dans sa Morris Minor dans les rues de Quatre-Bornes, quand il voit une autre Minor. Il fait de grands signes au chauffeur. Les deux s?échangent leur appréciation de la belle antiquité. De bouche à oreille, il rencontre un troisième propriétaire, puis un quatrième? Le 12 août 2007, lors de la première grande sortie des Minors à Shoprite, il réussit à rassembler 23 propriétaires. Aujourd?hui, son club compte 50 membres avec 35 voitures en état de rouler. «Si ce club n?avait pas été fondé, toutes ces voitures seraient passées à la ferraille,» raconte-t-il fièrement.

Depuis, il a recensé près de 80 véhicules de ce genre à travers l?île. Il en a roulé une trentaine. Mais n?en possède aucun lui-même. Ou plutôt, en possède un à moitié avec sa fille Coralie, 14 ans. «Je voudrais qu?elle puisse préserver cet héritage, de sorte qu?au centième anniversaire de la production de la Minor, elle puisse fêter cela dignement, ayant vu comment nous avons procédé pour les 60 ans.» Cette voiture, qui date de 1951, n?est pas en état de rouler pour le moment. «Elle devrait l?être l?année prochaine.»

Comment quelqu?un qui se dit autant passionné par la vieille anglaise n?en a pas une toute à lui? «Chaque fois que je retape une voiture, quelqu?un me demande de la lui vendre.» De toute façon, il ne s?attache pas. «Si je la roule une fois seulement, cela me suffit». C?est qu?il n?a pas encore trouvé la Minor «qui fera battre mon c?ur à la chamade. Et dont je dirais, celle-là je la garde.» Cette information devrait soulager l?épouse de Gilbert. «Ce qui la mécontente, c?est plutôt les carcasses de voitures laissées dans la cour. Mais quand elle voit le résultat final, sa colère passe.» dit-il, amusé. Contrairement à Gilbert pour qui le produit fini importe peu. «C?est le temps passé à retaper un véhicule qui me plaît le plus.»

Pour rencontrer les belles dames, Gilbert sillonne l?île. «Dès que j?entends que quelqu?un a une voiture dans le fin-fond de sa cour, je m?y rends tout de suite.» Si la voiture est réparable, Jean-Pierre entre en scène. «Il a 57 ans. Il a appris la mécanique dans la Minor.»

<I>« Si vous n?avez pas les moyens, pourquoi vous endetter ? Cette voiture
peut être utilisée de la même façon que les nouvelles voitures, elle offre les mêmes services. »</I>

Ce qui le plaît chez elle ? D?abord, la forme. «Regardez, quand vous êtes assis à l?intérieur, vous voyez qu?un seul aileron, à cause de son capot galbé. C?est fait exprès. Cela amortit le vent.» raconte-t-il avec admiration. En plus, la mécanique est selon lui, simple, la tôle robuste, la voiture très économique, nécessitant moins d?entretien que les véhicules actuels, prend peu de place au parking, est peu onéreuse. S?agissant du coût, justement, «on peut toujours en trouver à Rs 10 000. Il faut pouvoir investir Rs 25 000 de plus pour qu?elle puisse rouler.»

En plus, autour de la Minor, le rang social n?aurait pas d?importance. Aujourd?hui, les propriétaires sont directeurs de banque, marchands de gâteaux-piments, artisans, enseignants, policiers, chauffeurs de taxi, moniteur d?auto-école. Gilbert, lui est transport coordinator. «Tous les propriétaires parlent un seul langage. Celui de la Minor. Qui dit : qui est mon tôlier ? J?ai un problème de carburateur, qui dois-je voir ??» rigole-t-il.Et que dirait-il d?une voiture similaire, et de surcroît neuve ? «Ca ne m?intéresse pas. Le vieux reste le vieux? En plus, les nouveaux seront coûteux.»

Aujourd?hui, son objectif est de donner le volant à tous ceux qui ont été propriétaires d?une Minor, mais qui ne le sont plus. «Juste pour qu?ils aient ce feeling.» Il souhaiterait aussi qu?un plus grand nombre de personnes s?intéressent à la Minor. « Si vous n?avez pas les moyens, pourquoi vous endetter ? Cette voiture peut être utilisée de la même façon que les nouvelles voitures, elle offre les mêmes services. »

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