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L?enfer en bus
Trop vieux, mauvais entretien, l?état des autobus inquiète les employés des compagnies et les usagers. « Lorsque je pars travailler le matin, je ne sais pas ce qui va m?arriver », déclare un chauffeur de la Corporation nationale de transport (CNT). C?est un homme peu rassuré que nous rencontrons à la gare de Port-Louis. Le bus qu?on lui a attribué et qui doit effectuer plusieurs trajets fait peine à voir. « Regardez le bus que l?on m?a donné pour la journée. Il y a plein de choses qui ne fonctionnent pas. Le rétroviseur ne tient pas, je l?ai coincé avec une bouteille en plastique 0.5l. C?est la même chose avec la poignée de ma portière : elle est cassée ! Pour sortir, je dois passer du côté passager ! »
Des conditions de travail dangereuses pour notre chauffeur. Si ce jour-là, il n?a eu aucune panne ou accident à déplorer, ce n?est pas toujours le cas. Il y a quelques mois, il a perdu une des roues, se souvient-il. « Je conduisais tranquillement lorsqu'à mi-chemin j?ai entendu un bruit étrange. J?ai ralenti et je me suis rangé sur le bas-côté de la route. Une des roues du bus s?était détachée. » Heureusement que c?était sans gravité pour ses passagers et lui.
Mais la chance ne sourit pas toujours. Le lundi 29 septembre, un accident implique un bus et une dizaine de voitures. Il est 9 h 30, quand un bus de la CNT accroche plusieurs véhicules sur l?autoroute, à Sorrèze. Une victime raconte : « Parmi la dizaine de véhicules percutés, j?étais en troisième position. L?enquête esten cours, on ne sait pas encore ce qui s?est passé officiellement, mais les freins auraient lâché. Il s?agissait d?un bus de la CNT immatriculé ?2007?. »
Pour la CNT, l?accident n?est pas dû à un problème technique, mais à une erreur humaine : « Cinq bus à boîte de vitesses automatique ont été transférés sur cette ligne. Le jour de l?accident, le chauffeur conduisait un de ces bus pour la première fois, il n?a pas su freiner », explique le directeur de la CNT, Raj Daliah. Une version un peu trop simpliste de la situation. « Le chauffeur sait très bien conduire ces véhicules automatiques. Il a voulu freiner mais les freins n?ont pas répondu », raconte un chauffeur de la compagnie. Sa version est appuyée par un membre de l?administration de la CNT : « Ce sont les freins qui ont lâché ce jour-là. Par ailleurs, le manque de visibilité ne l?a pas aidé. »
« Problème au niveau de la maintenance »En effet ces bus sont sujets à polémique depuis leur mise en circulation en juin 2007. De la marque Tata et importés par Swaley Ramjane, directeur de la United Bus Service (UBS), ces bus immatriculés « 07 » ne permettraient pas aux chauffeurs d?avoir une bonne visibilité de la route.
« Ces bus sont dangereux. Lorsqu?on s?y assoit, on ne voit pas la route », raconte un conducteur. Le problème signalé, la direction a dans un premier temps fait installer un rétroviseur supplémentaire mais ce serait insuffisant : « Le miroir est trop petit, la visibilité est toujours aussi mauvaise », ajoute le membre de l?administration. De son côté, Raj Daliah déclare que des nouveaux systèmes de freinage ont été commandés : « Nous allons changer les freins des véhicules. Nous attendons de recevoir l'autorisation de la douane pour récupérer le matériel. » En attendant une autre solution, ces bus continuent de circuler sur nos routes.
Des dysfonctionnements et des accidents qui auraient pu être évités selon un conducteur de la compagnie : « Il y a un problème au niveau de la maintenance des bus. Lorsque l?on signale que telle ou telle chose ne fonctionne pas, rien n?est réparé. » Un fait dénoncé également par des membres de l?Union of Bus Industry Workers (UBIW), l?un des syndicats de la CNT : « Il y a un problème, c?est que les bus ne sont pas réparés immédiatement. Même lorsque le chauffeur mentionne une défaillance sur le rapport après son shift, le véhicule ne passe pas au garage. On écrit qu?il y est allé mais c?est faux. On préfère attendre le contrôle technique pour voir où est la faille. »
Du côté de la direction, on reconnaît les défaillances mais on accuse les chauffeurs, qui ne seraient pas assez responsables. Raj Daliah explique :« La difficulté provient du fait que le bus change de chauffeur trop souvent. Un autobus passe entre les mains de cinq conducteurs par semaine. Ils travaillent sur un systèmede shift. Lorsque le chauffeur a fini de travailler, il n?a qu?une envie : rentrer chez lui. Il ne prend pas le temps de signaler dans le rapport que l?autobus a eu tel ou tel problème. » A ce propos notre chauffeur rétorque.« Il y a toutes sortes de pannes. Pour la direction l?unique responsable, c?est le chauffeur. Mais est-ce de notre faute si une boîte de vitesses tombe en plein milieu de la route ou si un moteur nous lâche pendant un trajet ? Je ne le pense pas. »
Des dysfonctionnements, il y en a aussi dans d?autres compagnies. Ainsi des chauffeurs de la UBS reconnaissent des défaillances dans leur flotte mais ils relativisent face à la situation. « Il arrive que nos bus tombent en panne. Ils sont vieux c?est normal ! », déclare l?un d?eux. Un autre ajoute : « Ces pannes sont souvent les mêmes. Ça peut concerner la batterie, le démarreur, le moteur ou encore des pneus à plat ! Il est vrai que les bus Tata sont mauvais, les marques japonaises sont plus solides. »
Les compagnies se partagent des modèles différents : japonais et indiens. Ces derniers sont soumis à des contrôles de la National Transport Authority (NTA).
« Il y a plusieurs sortes de vérifications. Si toutes les conditions sont bonnes, on autorise le bus à rouler. On vérifie le système de freinage, les clignotants et beaucoup de choses encore », explique un membre de cette instance. Ainsi lorsqu?un véhicule est neuf, il obtient une autorisation de circulation de dix-huit mois, puis un renouvellement de douze mois ou six mois selon son état. En attendant les pannes et les dysfonctionnements de certains bus sont une réalité : « Nous reconnaissons que les pannes ne sont pas normales et qu?il n?en faudrait pas », mentionne Raj Daliah. Mais c?est un fait récurrent dont l?une des principales victimes est le passager. « Nous sommes censés offrir un service aux usagers, mais dans ces conditions ce n?est pas possible », conclut un chauffeur.
BUS INDIVIDUELS : RIEN A SIGNALER
« Il est clair que les bus individuels sont en meilleur état que les bus des compagnies », souligne une passagère à la gare de Curepipe.
Si les passagers ont tendance à dénoncer les mauvaises conditions des autobus des compagnies, ils sont beaucoup plus indulgents envers la flotte des individuels. Pour les propriétaires, ces bus sont leurs principaux outils de travail, les laisser à l?abandon serait une grave erreur.
« Le chauffeur fait attention à son véhicule. Le temps qu?il consacre à l?entretien de son bus est plus important que celui des compagnies », souligne Sunil Jeewoonarain, secrétaire général de la Mauritius Bus Owners Cooperative Federation Ltd. En effet, plus susceptibles d?être contrôlés sur les routes par les autorités, il est primordial pour ces propriétaires de mettre l?accent sur la maintenance de leur flotte.
« Les contraventions coûtent cher. Il est dans notre intérêt de nous protéger de ce côté. Un bus en mauvais état, c?est une perte d?argent. C?est aussi pour cela que nous avons une préférence pour les marques japonaises. Plus chères certes, mais plus sûres. » Outre un meilleur entretien, les bus appartenant à ces associations ont un kilométrage moins élevé que celui des compagnies. Ainsi lorsqu?une ligne nécessite dix bus, les « privés » en mettent le double. « Les opérateurs individuels ont un quota. Un autobus peut avoir à effectuer quatre voyages par jour, ce qui va correspondre à six heures de route. Tandis que les compagnies ont un nombre de voyages plus élevé et utilisent leur flotte pendant douze heures d?affilée », explique Sunil Jeewoonarain.
Pour le secrétaire de la fédération, ce n?est pas en termes « d?âge » mais beaucoup plus en termes de kilométrage que l?on peut jauger du bon état d?un autobus.
« Comparons le kilométrage de deux bus qui circulent depuis dix ans, un premier issu d?une compagnie et un second individuel. Le premier aura effectué trois ou quatre fois plus de kilomètres que le second. L?usure des autobus ?privés? est beaucoup plus lente », conclut-il.
J?utilise les transports en commun tous les jours.
Je prends le bus de Port-Louis à Geoffroy. Premièrement, il est difficile d?obtenir des bus à des horaires réguliers, et lorsqu?on en a un on a peur d'y monter. Certains autobus sont dans un piteux état. Personnellement j?ai peur de la panne et de l?accident. Il m?est arrivé de tomber en panne plusieurs fois dans un bus sans en connaître la cause. Tout d?un coup il s?immobilise, on nous fait descendre et on attend qu?un autre daigne nous récupérer. Ça ne m?arrive pas tous les jours, mais c?est frustrant de savoir que ça peut arriver à n?importe quel moment.
Arnaud, 23 ans
L?état des bus à Maurice? Ils sont déplorables !
Ils tombent constamment en panne. Il suffit de regarder autour de vous à la gare. Vous trouvez qu?ils sont en bon état tous ces bus ? Moi je trouve qu?ils font surtout peur. Je ne comprends pas pourquoi on n?investit pas plus dans de nouveaux véhicules. J?effectue un trajet de 20 minutes chaque jour, et je me retrouve régulièrement dans des bus qui tombent en panne.
Ce sont constamment les mêmes types de panne, comme le radiateur qui chauffe ou une roue à plat.
C?est vraiment contraignant.
Surita, 38 ans
Les bus sont souvent en mauvais état. Lorsqu?il pleut, il arrive que de l?eau coule sur les passagers.
Ce sont toujours les mêmes compagnies qui ont des véhicules qui fonctionnent mal. En revanche, du côté des compagnies privées, je remarque que les bus sont mieux entretenus.
On a moins souvent des problèmes avec ceux-là. Les compagnies devraient mettre plus d?accent sur le service client, assurer une meilleure qualité, être sûres d?arriver à destination sans problèmes.
Le service client est primordial parce qu?au final c?est lui le roi !
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