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Ce que vous risquez
C?est un pincement léger. Ça vous prend un matin de marché, tenté par un verre d?alouda. Ça peut vous saisir au supermarché, au rayon des produits laitiers. Ou encore à la boutique devant une barre chocolatée. Soudain, un petit goût de doute. Sur le lait, les yaourts, les confiseries, les biscuits. Est-ce que je risque d?acheter des produits contaminés à la mélamine chinoise ?
A la question de savoir si l?on pourrait retrouver ce lait frelaté sur le marché local, Sylvio Tang, le ministre de la Protection des consommateurs, répond catégoriquement : « Non, dans la mesure où les deux dernières cargaisons de lait chinois n?ont pas été autorisées à entrer sur le marché. » Rassuré le consommateur mauricien ? Non plus. Car l?interdiction, naturellement, n?est intervenue qu?après l?apparition du scandale en Chine, il y a un mois tout juste.
Autrement dit, rien n?indique que du lait made in China (importé avant le 11 septembre et contaminé ou pas) ne se balade pas dans la nature. Une source officielle confirme : « Maurice a importé six marques de lait chinois au cours des vingt derniers mois. » Soit environ 700 tonnes de marchandise. Question : quelle quantité n?a pas été écoulée ? Et quels sont les résultats des analyses de laboratoire promises par le ministère de la Santé ? Personne ne semble ici en mesure de répondre. En plus, « il ne faut pas exclure d?éventuelles fraudes. Ça ne m?étonnerait pas que du lait interdit se retrouve chez des marchands de rue tentés de s?approvisionner au rabais », fait ressortir Mosadeq Sahebdin, porte-parole de l?Institut pour la protection des consommateurs. Au fond, ce qui le taraude, ce sont les « failles » du système de contrôle. « On pourrait l?améliorer avec une meilleure mise en commun des informations. »
Il n?y a pas matière à psychose
La semaine écoulée a en effet connu quelques couacs. Mercredi, les autorités sonnent le tocsin : le lait Happy Cow est contaminé. Sauf que ladite marque n?est plus commercialisée à Maurice depuis dix ans. Un peu penaud, le ministre de la Santé, Rajesh Jeetah, annonce le lendemain avoir remis une liste de produits suspects à la Consumer Protection Unit (CPU). « Ah bon, quelle liste ? », se demande-t-on toujours à la CPU. « C?est la pagaille », résume un officier excédé par la « communication désastreuse » autour de cette affaire. « Même la Chine est plus transparente que nous ! »
Des contrôles qui laissent à désirer, la présence plus que probable de lait chinois cherchant preneur, des analyses aux résultats confidentiels, une vraie-fausse liste de produits à risques? tout ça n?a rien de rassurant. Pour autant, il n?y a pas matière à psychose. D?abord, parce que Maurice n?importe pas de lait pour bébé d?origine chinoise ? le pays s?approvisionne en France et en Afrique du Sud. Certes, la mélamine a été détectée dans le lait classique de 22 compagnies laitières de Chine, mais seul le lait maternisé contenait une concentration de mélamine élevée.
Autre détail important : aucun cas de maladie associée à la consommation d?autres produits que le lait en poudre n?a été signalé. « Même si par mégarde des consommateurs ont mangé quelques bonbons White Rabbit, ils ne sont pas en danger », expliquent les médecins. Pourquoi ? Parce que la proportion de lait dans les produits dérivés (chocolat, confiseries, biscuits) n?excède généralement pas 10 %. Consé-quence : « La mélamine est éliminée sans dommage par l?organisme », selon les spécialistes.
Aussi, la « pêche » aux White Rabbit et autres M&M?s est une mesure de « super-précaution ». L?Autorité européenne de sécurité des aliments estime même que la contamination de produits dérivés ne pose pas de problèmes pour des adultes. Même conclusion pour les enfants ayant une consommation raisonnable (une barre chocolatée par jour ou quelques biscuits).
Mais dans le cas d?enfants dévorant ces produits en grande quantité tous les jours, le risque sanitaire existe (voir infographie). Reste qu?on ignore si le plus haut niveau de contamination constaté en Chine (2 563 mg de mélamine par kilogramme de poudre de lait) pourrait exister à Maurice.
Et attendant, aucun produit contaminé par la mélamine, officiellement, ne s?est frayé un chemin jusqu?à chez nous.
En théorie donc, il n?y a pas de raison de s?empoisonner la vie. En théorie?
L?EMPOISONNEMENT
Conséquences : défaillances rénales pouvant aller jusqu?à la mort.
Symptômes : difficultés à uriner, sang dans les urines, douleur dans le dos. Pleurs inexpliqués chez le nourrisson, en particulier au moment d?uriner.
Détection : l?analyse d?urines.
Traitement : par alcalinisation (diminution de l?acidité) de l?urine, onde de choc ou intervention chirurgicale.
Lovna, célibataire, 25 ans
« Même dans les M&Ms ? »
Cette mangeuse de chocolat en tout genre a été interloquée d?apprendre qu?il y avait des traces de mélamine dans ses bonbons chocolatés préférés. Elle avoue avoir été un peu insouciante sur le sujet. Toutefois, elle prend conscience de la situation et fera plus attention quand elle fera ses courses. « Mais je ne pense pas que nous devrions tomber dans une psychose ! »
Muslim, marié, trois enfants, 37 ans
Ce petit entrepreneur, qui prépare des puddings de maïs ou de manioc, a connu une baisse de son chiffre d?affaires. Ses clients lui demandent systématiquement quel lait il utilise pour les confectionner. Par ailleurs, il souligne : « Je ne donne plus d?argent à mes enfants, je préfère leur acheter leurs friandises moi-même. » Il est d?avis que c?est la santé qui devrait primer sur l?argent et que chaque citoyen devrait en être conscient ! Muslim, marié, trois enfants, 37 ans
Ce petit entrepreneur, qui prépare des puddings de maïs ou de manioc, a connu une baisse de son chiffre d?affaires. Ses clients lui demandent systématiquement quel lait il utilise pour les confectionner. Par ailleurs, il souligne : « Je ne donne plus d?argent à mes enfants, je préfère leur acheter leurs friandises moi-même. » Il est d?avis que c?est la santé qui devrait primer sur l?argent et que chaque citoyen devrait en être conscient !
Diren, fiancé, 27 ans
« Ma fiancée a arrêté de manger du chocolat ! » C?est purement par prudence, justifie ce jeune homme exerçant dans le domaine de la finance. Il trouve étonnant de constater que les autorités interviennent maintenant, alors que des e-mails circulaient depuis une année sur le sujet. « Il y a un vrai problème d?éducation, mais aussi de communication.
On fait des campagnes pour l?économie, pourquoi pas pour l?alimentaire ? »
Marie-Ange, mère de trois enfants, 57 ans
« Je n?achète plus ces briques de lait qui sont en promotion ! » Cette mère et grand-mère redouble de vigilance et lit toutes les étiquettes dans les supermarchés. Elle estime ne pas connaître tous les produits qui sont susceptibles d?être dangereux. D?où la précaution de ne consommer que des choses saines pour la santé. « Après tout, une bonne alimentation ne nous fera pas de mal. »
PETITS COMMERCES
Entre habitudes et précaution
Les Mauriciens semblent gagnés par une certaine psychose. Depuis qu?a éclaté le scandale du lait contaminé en provenance de Chine, ils boudent marchands de glace et autres vendeurs d?alouda, qui en cette période de forte chaleur, auraient normalement dû se frotter les mains. Précaution oblige, nombreux sont ceux à avoir renoncé, pour un temps seulement, à certains petits plaisirs.
Une situation qui ne fait pas forcément les affaires d?Alouda Pillay, point de ralliement quotidien de plusieurs centaines de passants à Port-Louis. Chez cette PME, appréciée et réputée pour ses boissons fraîches à base de lait, l?on confie avoir noté une baisse dans les ventes. « Nous expliquons aux gens que nous n?utilisons pas de lait chinois et qu?ils n?ont donc rien à craindre », nous assure-t-on.
Mais parmi les habitués, nombreux sont ceux à affirmer ne pas avoir changé leurs habitudes. « S?il y a un problème avec le lait chinois, je suis sûr que le marchand a dû en changer. Et d?ailleurs, cela fait des années que je viens ici à l?heure du déjeuner pour boire un verre d?alouda, je ne peux pas m?en passer », explique Clifford, sous l??il amusé de quelques clients en quête d?une boisson désaltérante.
En revanche, à Rose-Hill, les marchands d?alouda confient avoir remarqué une légère baisse de leur chiffre d?affaire depuis qu?a éclaté le scandale des produits laitiers chinois. « Les gens ont entendu parler du lait contaminé et préfèrent ne pas prendre de risque. Les habitués continuent de venir, mais ils me demandent quand même d?où vient le lait que j?utilise. Je leur explique alors que j?en ai changé et que je prends celui qui vient d?Australie », explique Saïd, qui compte une importante clientèle à Rose-Hill.
Les marchands de glace font également grise mine. En plus d?avoir été contraints de changer de fournisseur, ils voient leur clientèle fondre comme neige au soleil.
« Cette affaire de lait contaminé a créé comme une psychose, ce qui est compréhensible. Mais nous espérons que la situation reviendra à la normale au plus vite, car sinon, nous aurons un gros manque à gagner », confie un vendeur ambulant, qui peine à trouver des clients.
C?EST QUOI LA MELAMINE ?
Définition : composé chimique offrant une grande résistance à la chaleur, au feu et à la lumière.
Utilisation : dans la fabrication de colles, de plastique et d?engrais.
Toxicité : à faible dose, elle n?est pas considérée comme hautement toxique à l?ingestion. A dose élevée, elle peut provoquer des calculs rénaux (pierres), voire le blocage des fonctions rénales. Victimes : ajoutée dans du lait en poudre pour bébé, elle a tué quatre nourrissons en Chine et rendu malade plus de 94 000 autres. Les bébés sont morts de défaillance rénale.
L?intérêt d?en ajouter dans le lait : elle augmente artificiellement la teneur en protéines.
A Maurice : des produits laitiers importés de Chine sont sous scellés et des dérivés de lait chinois ont été retirés de la vente, comme les bonbons chinois White Rabbit. Des analyses doivent déterminer si ces produits sont contaminés à la mélamine.
A l?étranger : la mélamine chinoise a été décelée sur tous les continents dans les crèmes glacées,boissons lactées, biscuits, bonbons ou barres chocolatés. De grandes marques sont touchées comme Nestlé, Mars ou Cadbury.
Précédents : la mélamine avait déjà été, ces dernières années, au centre d?un scandale d?aliments pour animaux domestiques, produits en Chine et exportés aux Etats-Unis.
Mélamine et mélanine : strictement rien à voir.
Les mélanines sont notamment sécrétées par le corps. Elles sont responsables de la couleur de la peau, des cheveux et des yeux.
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